Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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1.Posté par Michel THYS le 10/01/2013

Bonjour Monsieur FRESAFOND,.
Depuis TEILHARD de CHARDIN, la psychologie religieuse a beaucoup évolué. En témoignent notamment les travaux du psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, professeur émérite (toujours vivant) à l'Université catholique de Louvain, et ceux de son successeur Vassilis SAROGLOU.

En témoignent aussi les travaux de neurophysiologistes (par exemple le Québecqois croyant Mario BEAUREGARD, sans doute à son grand dam !) qui, financé par la très chrétienne Fondation TEMPLETON pour tenter de démonter « scientifiquement » l'existence de « Dieu », a sérieusement cherché dans le lobe temporal l' « antenne » que « Dieu » y aurait mise pour recevoir « Sa Révélation ». En vain, bien évidemment, puisque tout le cerveau est concerné dans l'expérience religieuse (cf. SAVER & RABIN), même si, en l'occurrence, le cerveau émotionnel prédomine.

Aux yeux de l'athée que je suis, les observations des psychologues, des sociologues et des neuroscientifiques, par IRM fonctionnelle (notamment sur des religieuses en extase mystique ou sur des moines bouddhistes en méditation), tendent à confirmer l'origine exclusivement psychologique, éducative et culturelle de la foi (N.B. en l'absence d'éducation religieuse, la foi n'apparaît pas, sauf influences ultérieures). Elles tendent aussi à expliquer par la plasticité neuronale sa fréquente persistance, au fur et à mesure de la répétition des expériences religieuses, a fortiori en l'absence d'alternatives philosophiques.

Dans cette optique, eu égard à l'absence persistance du moindre indice de l'existence réelle, objective et indiscutable de l'existence réelle de « Dieu », il me semble logique et légitime de conclure à son existence subjective, imaginaire et donc illusoire. Mais il va de soi que la foi, conséquence de la composante irrationnelle et atavique de l'être humain, restera toujours légitime et d'autant plus respectable qu'elle aura été choisie en ayant eu connaissance des alternatives philosophiques non confessionnelles, occultées par les religions (cf. les USA par exemple).

Dans la plupart des pays européens, la religiosité est (heureusement) en chute libre (sauf l'islam et l'évangélisme protestant), mais le catholicisme réagit en tentant de reconfessionnaliser les consciences, de réinvestir l'espace public, surtout médiatique, et de recléricaliser la politique, notamment au niveau européen.
Il me semble au contraire que l'avènement d'une société interculturelle et d'un vivre ensemble harmonieux devrait mettre en place un enseignement pluraliste, seul capable de préparer à l'ouverture et à l'acceptation de la différence de l'autre, sur base de valeurs humanistes communes, "universalisables" car bénéfiques à tous et partout, telles que l'égalité homme-femme, la liberté de conscience et de religion (effective et non plus seulement symbolique), la liberté de conscience, etc..
Merci pour vos commentaires.
Cordialement,
Michel THYS à Ittre, en Belgique.

2.Posté par Marcel Comby le 10/01/2013

Bonjour Monsieur Thys,
Un neurobiologiste français d’esprit matérialiste vient d’écrire un livre traitant du « vivant » et il consacre la moitié de l’ouvrage à des considérations épistémologiques ! C’est que son inconscient doit tout de même être travaillé et bousculé par le « pourquoi » des choses…sinon il se contenterait, en toute honnêteté, de délivrer un savoir rigoureusement scientifique, ce qu’il ne fait pas. Il termine son livre par ces mots énigmatiques : « Evidemment, si on n’a pas le bonheur d’être singe, on peut se rabattre sur les consolations de la religion, mais c’est là une option qui n’est pas donnée à tout le monde ».
Les religions ne sont pas des espaces de consolations (tout au moins en principe) mais des espaces de relations. En tant que scientifique, vous devez savoir combien se trouve ébranlé le savoir de Laplace avec son cortège de déterminismes et ce, grâce aux découvertes en mécanique quantique où la notion de relation est fondamentale. Or il me semble que vos propos se fondent justement sur un déterminisme obsolète : déduire l’inexistence de Dieu d’un ensemble d’analyses sur le cerveau humain. L’existence d’un Dieu, chrétien ou autre, ne peut être démontré et sa non existence non plus. En outre, la science et la foi ne sont pas deux domaines complémentaires (du moins pour moi) ; la science ne fait que rendre le monde intelligible : la foi établit une communication entre la personne humaine et une réalité supérieure située hors de l’espace-temps. Le cerveau humain est infiniment plus complexe que ce qui est découvert à ce jour. Les expériences sur les religieuses en extase ne prouvent rien car les appareils de mesure ne sauraient quantifier l’amour, l’imagination, la créativité, l’intelligence, l’intuition, etc…Il est donc tout à fait permis et même normal de douter de l’existence divine mais il est déraisonnable et enfantin de bloquer toute recherche de sens au sein d’un monde dont on découvre chaque jour les parts de mystère et de merveilleux que ce monde révèle à nos yeux. Avouez qu’il existe une toute autre perspective que le simple bonheur d’être singe !
Marcel Comby

3.Posté par Michel THYS le 10/01/2013

Bonjour Monsieur COMBY,

J'ai survolé avec un vif intérêt le site lyonnais consacré à Teilhard de Chardin, mais il me faudra quelque temps pour l'approfondir et le commenter, ne fût-ce que partiellement.
Merci pour votre réponse, que je me permets de commenter.
Il n'est pas étonnant à mes yeux qu'un neurobiolologiste français (c'est qui ?), à l'instar du Belge Christian de Duve, initialement croyant ou au moins déiste, ait écrit un livre faisant une large part à des considérations épistémologiques, voire métaphysiques. Je me l'explique du fait de la composante irrationnelle de l'esprit humain, héritée de nos ancêtres, et aussi par l'épigenèse environnementale : de nombreux scientifiques, surtout anglo-saxons, aussi éminents soient-ils par ailleurs, ne semblent pas conscients du fonctionnement de leur cerveau, ni de l'influence de leur milieu unilatéralement croyant sur leur esprit critique, du moins dès qu'il est question de religion ou de croyance religieuse. Il est même étonnant qu'un scientifique puisse « être travaillé par le « pourquoi » des choses, alors que seul le « comment » devrait le préoccuper ! J'y reviendrai.

Nous sommes en effet la seule variété de singes dont le cerveau est devenu capable, au fil de l'évolution, d'imaginer un nouveau mécanisme de défense : le recours à un père substitutif et protecteur, et même une âme, immortelle de surcroît, un paradis, un enfer, etc. Il est vrai que la croyance religieuse, exploitée et amplifiée par les religions, est génératrice, au-delà des doutes, d'une « espérance » et donc d'une « consolation », inutile après une éducation laïque ayant développé une force intérieure capable de supporter sereinement les quelques incertitudes métaphysiques encore non résolues par les sciences. Mais, comme vous l'écrivez, la religion est aussi génératrice d'une « relation », en réponse au besoin de faire partie d'une communauté conviviale et de pensée. Je regrette seulement que l'alternative de l'autonomie de la conscience et de la pensée n'ait pas encore totalement remplacé la soumission religieuse encore trop fréquente.

Les déterminismes qui nous régissent sont rarement conscients : génétiques, hormonaux, éducatifs, culturels, sociaux, religieux, idéologiques, politiques , etc. Il ne me semble pas que mes « propos se fondent sur un quelconque « déterminisme obsolète » : je suis en effet bien conscient de l'individualité et de l'infinie complexité de chaque psychisme humain, soumis en plus à l'influence inconsciente de nombreux neurotransmetteurs en fonction des circonstances de sa vie. Je ne déduits pas davantage « l'inexistence de Dieu d'un ensemble d'analyses sur le cerveau humain ». Comme je l'ai écrit dans le lien que j'ai mentionné, aucune inexistence n'est d'ailleurs démontrable, sauf en mathématiques. En revanche, il me semble que les observations neuroscientiques, aussi partielles soeint-elles encore, peuvent déjà légitimement inciter certains à conclure que « Dieu » n'a qu'une existence subjective, imaginaire et donc illusoire.

Je pense qu'il est impossible de concilier la raison et la foi, la science et la religion, le créationnisme ou le « dessein intelligent» , et l’évolutionnisme, l’objectif et le subjectif. L’ « argument » le plus subtil et le plus fréquemment évoqué par les croyants, c'est que la science et la raison s’occupent du « comment », tandis que la religion et la foi s’occupent du « pourquoi ». Se situant à des niveaux différents, elles seraient complémentaires et donc conciliables. Mais à mes yeux, les arguments qui cherchent à les concilier, via le recours à un dieu, ou à un grand architecte de l’univers pour les déistes, ou encore par l’harmonie apparente du monde, etc., sont anthropomorphiques ou des pétitions de principe.
J’y vois une pirouette jésuitique, parce que cela voudrait dire qu’il suffirait de changer de point de vue, ou de lunettes, pour que deux hypothèses contradictoires puissent être vraies en même temps, alors que logiquement l’une d’elles doit être vraie, et l’autre fausse.

Aucune « réalité supérieure, située hors de l'espace-temps » avec laquelle « la personne humaine entre en communication » n'est démontrable ni reproductible scientifiquement, si ce n'est en constatant son origine imaginaire et la corrélation fréquente entre un milieu croyant unilatéral et la persistance de la foi. Mais vous avez raison : les expériences sur des religieuses sont « incapables de quantifier l'amour, l'imagination, l'intuition, la créativité, ... ». Ce n'est d'ailleurs pas leur but. Elles visent seulement, dans l'état actuel des connaissances, à constater les différents niveaux d'activité ou de déconnexion neuronales lors d'une expérience mystique ou méditative. On en saura plus dans 30 ans ...
Les neurosciences ne visent pas non plus à « bloquer toute recherche de sens au sein d'un monde » de moins en en moins « mystérieux ». La perception du « merveilleux », de la beauté, etc., loin de témoigner d'une réalité divine, est une aptitude évolutive de notre cerveau qui commence à peine à être étudiée. La spiritualité n'est pas que religieuse : il existe aussi une spiritualité laïque, notamment celle de la franc-maçonnerie adogmatique.
Bien à vous, Michel THYS

4.Jean-Pierre Frésafond, président : réponse à Monsieur Michel ThysMerci,]b

Cher Monsieur, pour vos commentaires du 10/01/2013 et des échanges qui ont suivi avec l’un de nos éminents adhérents, Marcel Comby.
-Vous vous dites athée, ce n’est pas quelque chose d’exceptionnel et tout dépend du sens que l’on donne à ce mot : s’agit-il de ne pas croire aux dieux des religions, ou de ne pas croire à un quelconque principe créateur ?
En ce qui vous concerne et la majorité des personnes qui sont dans le même cas, il ne doit s’agir que du refus de croire aux dieux des religions. Refuser l’hypothèse d’un principe créateur serait absurde, l’univers ne peut sortir ni du néant ni du hasard seul, sauf si « les dés sont pipés » comme disait un certain Albert Einstein ; le hasard n’est jamais que le milieu dans lequel règne la loi des grands nombres et des probabilités ; le hasard ne pense pas.
-Vous parlez ensuite des neurosciences, elles sont extraordinaires et admirables, sauf qu’on ne se trouvera jamais Dieu au bout du bistouri ou dans un IRM ou un encéphalogramme. Comme vous, je pense qu’il n’y a pas de zone spécifiquement religieuses dans le cerveau, mais des zones qui réagissent à la satisfaction ou au mécontentement en se lançant ou non dans une « recherche » ou l’inverse, tenir pour vrai ce que l’on a vu, lu, ou entendu …(état correspondant exactement à la définition du mot « croyance.)
-Les religions anciennes sont moins prospères et cela au profit des nouvelles branches religieuses qui, de ce fait, s’appuient sur les nouvelles attentes du grand public. Quoi de plus normal, il est plus facile de lancer une nouvelle religion que de modifier une ancienne confession ; il y a moins d’inertie.
-Contrairement à ce que vous écrivez, je pense que les religions sont nécessaires et que, sous une forme ou une autre, il y en aura toujours pour la simple raison qu’elles correspondent à un besoin, une pulsion, induits par la peur de l’au-delà, des dangers de la vie, etc … Les religions sont surtout nécessaires pour donner aux nouveaux arrivants sur la planète des bases de croyance et de comportement moral et social (une initiation, donc).
-Par contre, je pense que lorsqu’ils sontarrivés à un certain stade de maturité et de construction spirituelle, les religions doivent sevrer leurs « petits », comme les animaux, pour qu’ils cherchent par eux-mêmes, librement, leurs paliers supérieurs de construction spirituelle ; c’est à cela que servent les mouvements de pensée comme celle de Teilhard de Chardin, qui est un ésotérisme philosophico-scientifique et tous les ésotérismes comme le soufisme pour l’Islam, la kabale juive, certains rituels maçonniques et enfin les ésotérismes d’origines hindouistes, védantes, etc…
-Mis à part l’adhésion aux fois révélées et dogmatiques, la conviction de l’existence de Dieu ou d’un tout autre Principe Créateur, ne peut être établie qu’en s’appuyant sur le raisonnement logique (dans l’esprit de Spinoza ou de l’animisme) : les « effets prouvant la cause ». La Cause Première, même si elle est à jamais inatteignable par l’esprit humain, ne peut être écartée, la manifestation de la matière et son évolution non plus ; l’inverse serait, comme déjà dit, absurde. L’évolution de la matière est scientifiquement démontrée. Quant à l’extrapolation vers une sorte « d’atomisme » de l’esprit convergeant vers le point Omega (théorie de Teilhard), il est bien évident que ce n’est pas scientifiquement démontrable mais c’est logiquement plausible et d’une probabilité qui dépend complètement de l’humanité, suivant qu’elle coopère ou non à l’achèvement.
-Il n’est pas nécessaire d’être un scientifique de haut niveau pour comprendre cela, il suffit d’avoir un peu de bon sens , de modestie et de goût de la recherche.
-Je pense que le plus gros problème à surmonter réside dans le fait que le plus grand nombre de personnes préfère enregistrer des données toutes faites plutôt que de réfléchir, c’est moins fatigant et cela va plus vite. La méditation est la seule voie pour élever le niveau de spiritualité. Une autre difficulté est à vaincre : admettre la perfectibilité infinie de l’Homme qui demande une remise en question sans fin. Même chez les grands intellectuels on constate souvent l’existence d’un nombrilisme qui bloque toute évolution spirituelle.
-Contrairement à ce que vous écrivez, l’Homme ne descend pas du singe, c’est du darwinisme mal compris. Les nouvelles espèces surgissent et s’étalent en gerbes, le phylum humain n’y échappe pas. Il faut admettre que l’apparition d’une nouvelle espèce ne laisse pratiquement pas de trace et lorsqu’on trouver les restes d’un corps, la nouvelle espèce en question est déjà vieille de plusieurs millions d’années. Le surgissement d’une espèce nouvelle répond à un besoin, une « nécessité », des « réponses » mystérieuses émergent et dépendent de l’élan vital que leur a concédé la nature. Plus haut dans l’évolution, l’avenir de l’Homme dépend de son élan vital mais aussi de son élan moral, prix à payer au pas de la réflexion que l’on dénomme conscience.
-J’en terminerai par votre dernière intervention : « Aucune réalité supérieure située dans l’espace-temps avec laquelle une personne humaine entre en communication n’est démontrable. »
Je répondrai par un argument déjà utilisé par Teilhard en son temps : « Ce n’est pas parce que l’on ne dispose pas encore d’appareil pour mesurer une énergie encore inconnue qu’elle n’existe pas. » (cf : les débuts de la radioactivité). La transmission de pensée et toutes les illusions de l’esprit dépendent d’une « énergie » inconnue que l’on pourrait peut-être rapprocher de la fameuse énergie initiale d’avant le moment-1 de l’univers (si toutefois il y a eu un moment-1)
Ces manifestations mystérieuses sont peut-être le résultat d’aberrations de notre cerveau ou de « révélation » divine, peu importe, elles ont été ressenties et elles ont donc une certaine réalité, au même titre que les intuitions et les idées nouvelles qui souvent débouchent sur une réalité concrète. Peut-être aurons-nous la réponse lors de notre passage dans l’au-delà et ce sera pour nous la suprême initiation. Mais en attendant, contentons-nous d’adorer l’évolution de la matière : entre un minéral, une bactérie, une souris, un être humain, quel parcours ! Il suffit d’ouvrir les yeux pour s’en persuader et trouver que la vie a un sens.


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Jeudi 24 Janvier 2013 17:03