Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Converser avec le vide, les scientifiques vous embarquent sur des chemins fous, voyons avec Michel Cassé et Trinh Xuan Thuan :

Partis du vide, nous serions déjà en train d’y retourner

Les Astrophysiciens divisent l’histoire de notre univers en quatre règnes : le vide – la lumière – la matière – le vide à nouveau.

Le premier règne est le plus mystérieux, il a conduit d’un état de vide primordial potentiellement chargé à un état de vide vraiment vide. L’énergie considérable de l’explosion du vide primordial s’est ensuite transformée en lumière dont le règne a duré environ 300000 ans. Mais l’inflation exponentielle de l’espace a tant dilué cette lumière, que celle-ci a dû céder la place à la masse, c’est-à-dire à la matière, en pleine constitution et moins sensible à l’inflation. Ce troisième règne dure, depuis un peu plus de treize milliards d’années, cela dit, la matière elle-même s’est finalement tant diluée que, c’est à nouveau l’énergie du vide qui prend le dessus et annonce son nouveau règne, le quatrième sur le cosmos.

Ce vide est en réalité étonnamment plein

Le vide, en physique, est en réalité bourré à craquer. Bourré de potentialités, de virtualité, d’énergie non manifestée. De ces vides surgissent continuellement, en quantité incommensurable, des couples particules-anti-particules, qui s’anéantissent en quelques milliers de milliards de milliardièmes de secondes, car le vide exige qu’on lui rembourse très vite ce qu’il prête. C’est par une ruse très étrange que notre univers s’octroie le luxe de ne pas a avoir à rembourser illico le vide : après le Big Bang, le vide produisit une quantité de matière très, très, très légèrement supérieure à celle de l’antimatière (on ignore pourquoi). Un simple milliardième de différence et nous voilà, avec nos corps, nos montagnes, nos galaxies.

Pour tester le vide primordial, on va fabriquer des micro-univers

C’est au CERN à Genève, en 2008 avec le plus puissant accélérateur de particules en y focalisant le temps d’un éclair l’énergie colossale d’1 TeV (10000 milliards d’électro-volts) et ce pour savoir si la recherche d’unité des deux grandes théories physiques de notre temps, la mécanique quantique (science de l’infiniment petit) et la relativité générale (science de l’infiniment grand) est unifiable.

En science, le néant n’existe pas

Pour les physiciens, le néant n’existe pas. Ils voient ça comme une option métaphysique et ça ne leur parle guère. Tout sort forcément de quelque chose, la création ex-nihilo n’est pas envisageable. Si notre continuum spatio-temporel est né d’une explosion du vide, elle-même engendrée par une « fluctuation quantique » d’allez savoir quel ordre, celui-ci ne peut en aucun cas être rien.

Liberté d’imagination (même en science) et pari métaphysique

C’est au nom d’un mélange précis de rigueur mathématique et de liberté que Michel Cassé demande que la métaphysique soit repoussée en seconde mi-temps après que la science aura parlé. Trinh Xuan Thuan spécule pourtant aussi, mais sur un plan explicitement métaphysique. Il dit qu’il fait le pari spirituel que la conscience et la matière sont deux aspects indépendants du réel et que, du coup, tout ce que vous venez de lire n’affecte que la matière. La conscience elle, connaîtrait une tout autre histoire ! Je cite un passage de son livre : « Le chaos et l’harmonie » : A partir d’un vide rempli d’énergie, l’Univers a construit particules élémentaires, galaxies, étoiles et planètes, et, sur l’une de ces planètes, la vie. Il a su développer des états d’énergie et de matière de plus en plus complexes et sophistiqués. Au lieu de suivre la direction d’une flèche qui mène à la stérilité et au désespoir, il a pu, çà et là, en suivre une qui mène à la créativité et à l’espérance.

Question : Tout au long de la trajectoire de l’évolution de la matière, une caractéristique qui serait bonne durant les phases primitives, le serait-elle encore pour les phases suivantes ? Cette question laisse supposer qu’il y a plusieurs étapes pour la matière, ce qui me paraît peu probable.



L’évolution telle que nous pouvons la concevoir est continue et, compte tenu de la petitesse de la Terre dans le cosmos et des distances, nous ne pouvons pas concevoir, aujourd’hui, une évolution semblable à notre Terre dans toutes les parties de l’Univers. Nous savons que la matière est elle-même difficilement saisissable par notre science, dans l’infiniment petit nous constatons que la matière est Onde et Particule, non localisable, et qu’il y a interférences de l’observateur sur l’observation de cette même matière ?

Alors, ne faut-il pas revenir à la notion de loi complexification-conscience, loi émise par Teilhard qui aboutie sur Terre à l’apparition du vivant et à l’apparition de l’Homme. Cet homme qui, grâce à son cerveau d’une extrême complexité, lui permet de réfléchir, de savoir qu’il sait et d’imaginer ce qui l’entour et même d’essayer de comprendre l’Univers, avec les réserves exprimées au début de l’intervention.

Je me permets quelques réflexions :
1 - l’évolution s’est produite parce que, dans l’Univers, il y a des forces d’attraction et des forces de répulsion dans l’Univers sidéral et dans l’infiniment petit, or la loi de complexité -conscience de Teilhard suppose que l’attraction des éléments dispersés est plus forte que la force de répulsion, malgré le constat scientifique d’une expansion de l’Univers.

2- Il me semble que puisque l’Homme est fait de matière et que cette matière comporte attraction et répulsion, nous pouvons comprendre que l’homme agisse avec ses semblables comme il est constitué, soit avec amour soit avec haine.

3.- Mais l’homme avec sa faculté de réflexion a permis à son espèce d’envahir cette sphère appelée Terre, et de croire qu’il peut en abuser à son gré.

4- Nous constatons que la foule humaine immense avec son pouvoir de destruction rendra la vie difficile à notre phylum et laisse craindre une disparition de ce phylum par violence.

Pour Teilhard, ce sont les formes d’amour qui seules peuvent résoudre le problème mais à condition que l’homme participe en esprit à changer de nature avec l’abandon des forces de répulsion innées chez lui.

Ecoutons parler Teilhard de la religion de l’évolution :

« Si l’Homme est la clef de la Terre, pourquoi la Terre à son tour ne serait-elle pas la clef du Monde ? Sur Terre nous constatons une augmentation constante « psychique » à travers le temps. Pourquoi cette grande règle ne serait-elle pas l’expression la plus générale que nous puissions atteindre de l’Evolution universelle ? Une Evolution à base de Matière ne sauve pas l’Homme : car tous les déterminismes accumulés ne sauraient donner une ombre de liberté. En revanche une Evolution à base d’Esprit conserve toutes les lois constatées par la physique, tout en menant directement à la Pensée : car une masse de libertés élémentaires en désordre équivaut à du déterminé. Elle sauve à la fois l’Homme et la Matière. Donc il faut l’adopter. »

« En vertu même de la condition qui le définit l’Esprit dont il s’agit ici a une nature particulière bien déterminée. Il ne représente en rien quelque entité indépendante ou antagoniste par rapport à la matière… Par Esprit j’entends « l’esprit de synthèse et de sublimation » en qui, laborieusement, parmi des essais et des échecs sans fin, se concentre la puissance d’unité diffuse dans le Multiple universel : L’Esprit naissant au sein et en fonction de la Matière. »


« Les Religions hindoues me donnaient l’impression d’un abîme où on se jetterait pour saisir l’image du soleil. Chez les panthéistes humanitaires d’aujourd’hui, il me semble étouffer sous un ciel trop bas. Alors il me reste plus qu’à me tourner vers la troisième et dernière branche du Fleuve, - vers le courant chrétien…Eh bien, pour être absolument vrai en face de moi-même, comme devant les autres, je dois dire que, une troisième fois encore, l’accord ne s’est pas établi, - au moins dès le début, je me suis pas reconnu d’abord dans l’Evangile et voici pourquoi…Le Christianisme est par excellence la Religion de l’Impérissable et du Personnel. Son Dieu pense, aime, parle, punit, récompense comme quelqu’un…Le Christianisme ne paraît pas croire au progrès humain. Il n’a pas développé, ou il a laissé s’endormir en lui le sens de la Terre… C’est alors que m’est apparu le Christ-Universel… qui est une synthèse du Christ et de l’Univers. Non point divinité nouvelle mais explication inévitable du Mystère en quoi se résume le Christianisme : L’Incarnation. »

« Sûr, de plus en plus sûr, qu’il me faut marcher dans l’existence comme si au terme de l’Univers m’attendait le Christ, je n’éprouve cependant aucune assurance particulière de l’existence de celui-ci. Croire n’est pas voir. Autant que personne, j’imagine, je marche parmi les ombres de la foi. » citations extraites du tome XX de l’œuvre de Teilhard « Comment je crois »


Jeudi 31 Janvier 2008 16:48