Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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chapitre 4 de "Comment je crois"
pour mars 2012


A.M. Tisserand -Frésafond/ Chute, Rédemption et géocentrie
Pièce jointe : une vision de l'homogénéité Homme-Nature et création par Giuseppe Arcimboldo, Arcimboldi ou Arcimboldus (1527 à Milan, Italie - 1593 à Milan)

Le chapitre 4 : « Chute, Rédemption et géocentrie ». est court (pages 49 à 57 . Sa facilité de lecture m’a permis d’aller directement à une synthèse et d’en dégager quelques grandes lignes de réflexion.

1) Si Teilhard n’avait pas été chrétien,
aurait-il pressenti et démontré la convergence de l’évolution « par, avec et en » (voir premiers mots de la Prière Eucharistique) un point Omega ? Aurait-il pu déduire sa théorie révolutionnaire sur le dogme du « péché originel » ?
Certes, le chapitre 4 ne propose que des hypothèses, sans les démontrer encore. Notre groupe ayant déjà étudié successivement trois œuvres fondamentales (chronologie judicieuse) :
-Le Phénomène Humain,
-L’Activation de l’Energie et
-L’Avenir de l’Homme
la réponse à mon interrogation se profile déjà : si Teilhard n’avait pas été un chrétien et un scientifique mondialement respecté du XXe siècle, sa théorie sur la faute originelle n’aurait pas vu le jour et n’aurait pas bousculé la routine de penser. L’éclairage moderne, inaccessible au langage de nos précurseurs, loin d’éloigner du sens de la pensée biblique, l’enracine au contraire dans une laborieuse évolution aboutissant, et c’est normal, à un Nouvel Adam . Le point de vue de Teilhard permet de restaurer le langage conventionnel et mythique par transposition avec un vocabulaire adapté aux concepts modernes.

2) Teilhard ne remet nullement en cause la « Rédemption » :
Parmi les synonymes du mot « rédemption » j’ai trouvé intéressant le mot « délivrance » non seulement dans un sens de « libération » mais aussi dans le sens « enfantement » « accouchement » mots qui illustrent bien ce que Teilhard veut dire par rapport à l’apparition de ce « Nouvel Homme ».

Avec sa méthode de recherche, il déplace le nécessaire Rachat dans le film du temps en le repassant à l’envers par rapport aux habitudes de penser depuis les temps anciens. Dès lors, comme le dit Teilhard, il n’y a pas « chute » depuis le mythique Paradis terrestre. Ce que l’on peut faire avec un simple film, pourquoi ne pourrait-on pas le faire sur un plan rationnel ? En suivant le raisonnement de Teilhard, on comprend que le « mal », la souffrance et la mort sont inhérents à toute création et que le Second Adam, le Christ, est venu achever cette création, la parfaire en ouvrant l’humanité sur un niveau de Vie supérieur. Lui seul pouvait le faire :

« Je ne suis pas venu abolir mais accomplir » (Matthieu 5/17).

Cette phrase peut être prise dans un sens aussi vaste que le monde, soit une forme revisitée et corrigée de géocentrie, tout en restant dans le contexte de l’Evangile…Considéré ainsi, le rôle capital du Rédempteur prend une dimension extraordinairement crédible pour la race humaine de notre temps qui s'est adaptée, bon gré mal gré, aux notions d'évolution et de complexité croissantes.

3) Dieu est hors d’atteinte car Il est hors du temps et de l’espace.
Il est le «Tout autre » …. A ce niveau, il ne peut même pas exister dans notre compréhension et j’ose dire que, d’une certaine façon, : « Dieu n’existerait pas » pour nous jusqu’à l’Incarnation et la « manifestation » de son Verbe, Jésus-Christ. Avec Teilhard nous comprenons que ce Verbe est présent dès les balbutiements de la vie, bien avant l’apparition de l’Homme. Il est le début et la fin de toute création. C’est ce que fait appréhender Teilhard, par sa vision de la "géocentrie".

Tant que l’être humain n’était qu’un « germe » imperceptible, enfoui et programmé (principe d’émergence) au sein des particules explosées par le big-bang, l’Homme était loin encore d’avoir franchi « le pas de la réflexion » . Alors comment aurait-il pu être responsable d’une faute originelle héréditairement transmissible ? Il ne pouvait pas l’avoir commise étant donné son état rudimentaire qui interdit toute liberté de conscience. C’est après que l’Homme pourra se prononcer vis-à-vis de Dieu : l'homme a le pouvoir alors d'activer le bien ou le mal qui sont en lui.
De quoi passer sur le bûcher à une époque reculée de notre Histoire, effectivement.

Mais se pourrait-il que le Créateur, lisant dans l’avenir, ait anticipé, par principe de précaution, et puni ce germe infinitésimal humain ? Non, ce serait ravaler Dieu à un anthropomorphisme primaire.

4) Alors, la Rédemption ?
Elle démarque une nouvelle ontogenèse, l’apparition du « Nouvel Adam », une re-création dans la continuité des temps ; comme un huitième jour de la Genèse (le nombre 8 symbolise le Christ). Depuis lors c’est au quotidien qu’évolue et s’actualise le texte de la création selon le libre-arbitre de chacun; assorti désormais d’une « faute» mais en fonction des options individuelles puisque le phylum humain a atteint son possible « pas de la réflexion ».
Nous sommes trop exercés à juger l’évolution par rapport au temps et à l’espace qui sont relatifs, alors que l’ampleur de cette évolution est, pour l’instant, hors du plan des observations scientifiques les plus ambitieuses, parallèle aux apparences. Un exemple tout simple : une étoile observée dans le ciel est peut-être morte depuis des milliers et des milliers d’années, pourtant, nos yeux la voient scintiller. Pourquoi ce parallélisme de nos vies serait-il inconcevable aujourd’hui (sans pouvoir encore l’affirmer) avec les avancées de la physique ?

CONCLUSION : Dans ce contexte, le Paradis terrestre, l’âge d’Or, sont devant nous hic et nunc, et non pas derrière nous ; question de point d’observation.
On peut comprendre que la reformulation de la question soit risquée et difficile pour la prudente Eglise. Pour autant, l’Eglise n’est pas que le Vatican, malgré tout le respect qui lui est dû. l’Eglise est l’ensemble de tous les croyants et ce, d’un point de vue étymologique absolument «catholique», orthodoxe et même canonique : terme issu du grec ancien καθολικός, katholikós qui signifie : « général, universel ».

Je me souviens encore, mot pour mot, d’une phrase d’un humble et vibrant prêtre lors de son sermon pour le dimanche de la Pentecôte, il y a très longtemps : « Gardons nous de boulonner l’Eglise dans ses apparences ! »

Désormais, l’être humain a atteint une conscience réfléchie et il sait qu’il sait (homo sapiens-sapiens). Il ne lui reste plus qu’à savoir mais aussi à admettre qu’il ne sait pas tout pour se différencier définitivement de l’animal ! Ainsi ses recherches de plus en plus intrusives seront propulsées toujours plus haut, toujours plus en avant selon une expression récurrente de Teilhard.

- L’anagramme du mot « originel » est le mot « religion ». En l’occurrence, on constate que ces deux mots sont bien étrangement reliés…
Un mot pouvant en cacher un autre Il n’y a donc pas « chute » selon Teilhard mais ascension de la conscience humaine et, par là même, choix délibérés de chacun. C’est dans le quotidien que la réalité rejoint le mythe du jardin d’Eden

-La géocentrie moderne de Teilhard n’est pas identique à celle du moyen-âge qui, elle, relevait d’une idée de prépondérance de la terre par rapport à un univers tel qu’il pouvait être perçu à cette époque. Teilhard resitue la géocentrie dans le Centre des centres, Omega, et dans un univers complexe, aux horizons qui s’éloignent indéfiniment.



Lundi 5 Mars 2012 09:38