Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Chapitre 5/ L'AVENIR DE L'HOMME, éditions du Seuil


Dans l’introduction du chapitre 5, p. 99 Teilhard écrit : J’ai cherché dans une longue série d’essais, non à philosopher dans l’absolu, mais à dégager en naturaliste ou en physicien, la signification générale des évènements auxquels nous nous trouvons tangiblement mêlés. Plus ou moins confusément, à une multitude de signes internes et externes (fermentation politique et sociale, inquiétude morale et religieuse)., nous sentons tous que quelque chose de grand se passe(…)Mais quoi exactement ?

-Avoir conscience de ce qui nous entraîne en tant que citoyens de l’univers ne tombe plus sous le bon sens commun. N’en déplaise à René Descartes (1596-1650) lorsqu’il déclare « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » car les avancées de la science ont bousculé la candide jugeote d’autrefois.

L’état présent du monde terrestre me paraît déterminé et expliqué par l’influence de deux transformations affectant les zones profondes de la conscience humaine . C’est ce que l’Apôtre Pierre ….....……….Teilhard de Chardin développe dans ce chapitre et ce sur deux points très précis liés l’un par rapport à l’autre :

1 l’acquisition par l’intelligence humaine d’un sens nouveau, à savoir, la perception du temps..
2-notre action résulte du système des valeurs humaines par ajustements corrélatifs au temps nouvellement perçu.



1) PERCEPTION DU TEMPS

J’ai lu avec un vif intérêt les différents travaux de notre président sur le chapitre 5 de L’Avenir de l’Homme,. Aussi, je ne reviendrai pas sur la dimension plurielle temps-espace (les 2 étant liés) tels qu’il les présente. J’invite nos lecteurs à consulter son travail sur LE TEMPS en date du 26/1/2011 où il a exposé de manière abordables pour tous des choses complexes ; ce qui est dans l’axe d’action de notre Association Lyonnaise.

Ah ! Qu’en termes intelligibles ces choses là sont mises! (1) Puis-je dire, me mettant à la place de Monsieur Jourdain lors de sa leçon avec le philosophe.
Comme quoi ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. (Boileau). Pour toutes ces raisons, je citerai fidèlement le passage p. 102 à 103 du livre actuellement à l’étude.


"Chaque parcelle du réel, au lieu de former approximativement un point, s’étirerait de proche en proche en fibre insécable, se prolongeant en arrière indéfiniment.
-Nous nous sommes aperçus que les fibres ou chaînes élémentaires ainsi formées n’étaient pas homogènes en long, mais qu’elles représentaient chacune une série naturellement ordonnée, dont les chaînons ne pouvaient pas plus être échangés que, dans nos vies individuelles, les divers états d’enfance, d’adolescence, de maturité et de sénescence.
-Nous avons peu à peu compris que, dans l’univers, aucune fibre élémentaire n’est entièrement indépendante, dans sa croissance, des fibres voisines. . Chacune d’elles apparaît prise dans un faisceau . Et ce faisceau à son tour forme fibre supérieure dans un faisceau plus large encore. Et ainsi de suite, à perte de vue. Si bien que, le temps réagissant sur l’espace, et l’incorporant à soi, l’un et l’autre ne forment plus qu’un seul écoulement solide dans lequel l’espace représente la section instantanée d’un flux dont la profondeur et le liant sont donnés par le temps. C’est dans cet ensemble organique que nous nous découvrons pris , sans pouvoir en sortir, aujourd’hui.. D’une part, suivant un système croisé de lignes indéfinies, l’étoffe de l’univers s’étend et rayonne sans limite à partir de nous : spatialement , de l’immense à l’infime, et des abîmes passées aux abîmes à venir. D’autre part, sur ce réseau à la fois interminable et insécable, chaque chose occupe une position singulière, définie par le développement (libre ou déterminé) du système mouvant tout entier .Alors que, depuis deux siècles, en science, en histoire, en philosophie, nous pensions jouer avec des spéculations, des imaginations, des hypothèses, c’était en réalité, par des voies insidieuses et multiples, l’idée d’évolution qui tissait autour de nous ses fils. Nous avions l’illusion de ne pas changer. Et voici que, pareils à des enfants dont les yeux se dessillent, nous sommes en train de nous éveiller à un monde où le néo-temps, organisant et dynamisant l’espace, vient imposer à la totalité de nos connaissances une structure et une allure nouvelles."


Il m’est impossible de ne pas penser au célèbre tableau de Dali, âgé de 27 ans lorsqu’il l’élabora : les montres fondues, nommées aussi Montres molles ou encore Persistance de la mémoire..On dit que cette oeuvre fut inspirée par un simple camembert consommé à la table du maître, un soir où il était en proie à une forte migraine . Aucune montre n’indique la même heure et, la seule qui ne soit pas “courbée" en fléchissant comme un fromage fatigué, est renversée et se trouve infestée de fourmis; pas sur qu’elle marque des heures... D’ailleurs l’ensemble des montres implique aussi celui qui regarde le tableau, en premier plan, face à une perspective infinie dont Dali et les grands maîtres de la peinture eurent ou ont encore le secret.

Cette mise en scène des implications de la condition des Hommes sur terre est comparable à une fugue de Bach (1685-1750) : enchevêtrement architectural complexe, qui commence toujours de manière si calme et naturelle.Puis, à partir du thème exposé, ramifications de plus en plus exubérantes de lierre sonore qui se tresse et se tisse autour d’un seul axe; lequel pourrait bien représenter l’éternité ou temps divin. Pourquoi pas ?(Voir en tête d'article photos d'Einstein au violon à différents âges) J’y retrouve aussi l’enchaînement des “Fibres” selon Teilhard dans la citation que j’ai prélevée il y a quelques lignes en arrière

Bach,Teilhard, Dali ...la relativité fut établie par un autre génie que ni Dali (1904-1989 ( bas de page 3) ni Teilhard (1881-1955) n’ignoraient; Einstein,(1879-1955) démontra en 1915 la relativité de l’espace-temps . Ce dernier n’est plus une ligne droite uniforme. L’univers comme l’espace temps sont courbes. Sa théorie est une révolution car jusqu’alors la pensée de Newton (1642-1727) sur le mouvement d'une particule était décrit dans un « référentiel inertiel », c'est à dire dans lequel une particule soumise à aucune force, continue son mouvement en ligne droite. En d'autres termes, le temps dans la théorie de Newton était décrit dans un cadre absolu. Désormais, depuis Einstein, l’espace temps et l’univers sont courbes, flexibles, variables, en un mot relatifs. La perception que nous pouvons en avoir est assujettie à l’élévation de nos niveaux de conscience et d’intelligence collectifs, et ce n’est pas une lapalissade.…

Teilhard mentionne bien la « courbure conique du temps »
- La base large sur laquelle le cône s’appuie et s’élève peut correspondre à l’incommensurable nuit des temps passés.
- Son point sommital illustre le point hypothétique de convergence qui absorbe et résume toute la création. C’est aussi le point de la consommation des temps (Omega)
- L’axe qui traverse le cône synthétise la présence permanente Alpha-Omega ou, en termes teilhardiens, la Christo genèse. L’un ne va pas sans l’autre (cf. Apocalypse ch.1/8 soit : Alpha le début, la création et Omega le but final de l’évolution).D’un bout à l’autre cet axe porte en Lui et avec Lui l’ensemble du cône.
La figure du cône est à imaginer, à la fois par rapport à chaque être individuellement, et par rapport au phylum humain globalement (hypothèse teilhardienne qui est explicitée dans la seconde partie du chapitre 5). Nous sommes en Lui. Il est en nous. (2) Plus cette masse monte en volume et en conscience, plus elle est compressée du fait du rétrécissement du cône vers le haut. Ce mécanisme de compression tout en s’amplifiant accroît et accélère le processus d’évolution. Il explique ce quelque chose de grand qui se passe et que nous sentons à travers les différentes fermentations selon l'expression de Teilhard, et que nous vivons.
L’heure de nos montres, indispensable pour un rythme normal de vie sociale, ne nous situe plus, à la papa, dans un temps platement linéaire et universel. Une telle révolution dans notre perception n’est pas sans impacte sur les mentalités et la manière de conduire nos vies. Tel est le sujet développé par Teilhard en seconde partie du chapitre.

2) TRANSPOSITION CONIQUE DE L’ACTION

Je me demande si nos actions seraient « courbes » elles aussi ? C'est-à-dire, divergeraient-elles de la ligne droite allant dans la direction directe de nos intentions ? C’est plus que probable ! Par effet de cercles concentriques comparables à ceux qui révèlent qu’une pierre a été jetée dans l’eau, nous n’en maîtrisons certainement pas tous les effets en chaîne, connus et inconnus. D’ailleurs, cette comparaison peut s’imaginer et se schématiser facilement en cône renversé. Et si ce cône n’était « renversé » que par rapport à nous et à notre vision imminente, restrictive, voire égoïstement humaine des choses. ?
C’est là que « La transposition conique de l’action » selon Teilhard apporte tous le sens nécessaire au goût de vivre pour que l’Homme veuille bien agir « utile » à l’évolution. Quel que soit l’acte, quelles que soient nos valeurs, nous comprenons maintenant son importance. Elle est dans la force unificatrice d’amour ; Puissance et Principe d’Attraction tapis dans les profondeurs de la vie à tous ses niveaux.et sans lesquels la vie ne serait pas.

"L’univers sort de l’ombre. L’univers se précise. L’univers se valorise. L’univers s’échauffe...L’univers s’illumine". C’est à travers ces cinq points que Teilhard développe et justifie son raisonnement (p. 109 à 110) D’où la conclusion suivante : L’univers a un sens qui s’étaye conjointement :
- sur l’avancée de nos capacités cognitives (« Perception du temps »)
- sur le développement de nos capacités psychiques pour les uns et/ou spirituelles pour les autres (« transposition conique de l’action » et « vers un renouveau Chrétien »).

"Pour être capable de nouer en soi les fibres prolongées dans le monde, le sommet du cône à l’intérieur duquel nous nous mouvons ne peut être conçu que comme ultra-conscient, ultra-personnel, ultra-actuel. Il doit nous atteindre et agir sur nous, non seulement indirectement, à travers l’universel réseau des synthèses physiques, mais aussi, et plus encore, directement de centre à centre (c'est-à-dire de conscience à conscience), par rencontre avec la plus fine pointe de nous même". (p.110)
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(1) «Ah ! qu’en termes galants ces choses là sont mises !» Le Bourgeois gentilhomme/Molière/acte 2, scène 1

(2) Cette phrase est un extrait du verset 20, chapitre 14/Jean.

(3) En tous cas, Dali n'ignorait pas davantage Teilhard de chardin et, dans une interview il déclare, dans une période avancée de sa vie, sa pensée sur la transmutation scientifique de la matière en énergie; "Les découvertes de la physique quantique sur la nature de l'énergie révèlent que la matière devient énergie à un certain stade de dématérialisation. J'ai compris que la science était en train de se spiritualiser. La démarche mystique des savants les plus éminents est très étonnante; les déclarations de Max Planck (1858-1947) et les conceptions du grand savant jésuite Teilhard de Chardin :dans son évolution constante, l'homme se rapproche de plus en plus de l'unité (fusion) avec Dieu".







Vendredi 11 Février 2011 11:57