Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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3ème partie du MILIEU DIVIN :« Quelques vues d’ensemble sur l’ascétique chrétienne » Editions du Seuil
Réflexion de juin 2014


jardin zen
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Citations de Teilhard
Références aux 3 mots clefs : amorisation, centréité, christification

-Pourquoi Teilhard a-t-il utilisé l’adjectif « ascétique » au lieu des substantifs attendus, ascèse ou ascétisme ? Il est vrai que Teilhard avait la maîtrise des mots et, au besoin, il ne répugnait pas à en inventer, par exemples : amorisation, centréité, christification, trois mots clefs dans ce chapitre, visibles soit en tangentielle soit en radiale, pour reprendre la terminologie habituelle de l’auteur.

L’ascétique est ce qui appartient à l’ascèse ou ascétisme. L’ascèse est toujours imposée -et acceptée- de nos jours dans les monastères . Elle est un équilibre entre prière, méditation, travaux physiques et/ ou intellectuels, et une vie sobre, sans superflu. C’est pourquoi le mot vient du latin chrétien asceta, asceteria du Ve siècle, signifiant « moine ou religieux, monastère ou couvent ».

Mais la racine étymologique vient du grec : askêsis « exercice » qui s'appliquait à de nombreux arts et métiers, et en particulier l'athlétisme. Cette origine grecque du mot ascèse illustre bien l’importance du travail par, avec et dans la « Sainte Matière » selon Teilhard afin de faire gagner un supplément d’Ame au monde.

L'ascèse spirituelle est pratiquée d’une manière ou d’une autre dans chaque religion, afin d’augmenter la sensibilité du corps et de mieux ressentir le sens et la portée de nos propres actions.
L'ascèse a également une connotation intellectuelle. Elle vise alors une réflexion rigoureuse. On y trouve des techniques dites de "DISCERNEMENT", ainsi qu'une ascèse morale qui tend à réguler l'ego pour accéder à plus de compassion et d'amour… Cela encore rejoint la montée d’ amorisation teilhardienne de toute parcelle de l’Univers (société humaine y comprise)

-Ascétique a pour synonymes : austère, rigide, sévère or la vision de Teilhard est à l’ opposé de l’acception donnée par le dictionnaire.
En effet, l’auteur condamne l’auto flagellation et il ne préconise ni le refus du plaisir ni, encore moins, l’extinction du goût de vivre. « L’Homme n’a pas la permission de se diminuer pour se diminuer. La mutilation volontaire, même conçue comme une méthode de libération intérieure, est un crime contre l’être et le christianisme l’a formellement condamnée. »

Le monde physique et la Matière ? Teilhard les transcende et fait découvrir leur « divinisation » ! Il les extirpe de la gangue des pathologies mentales et des malentendus suspects. Ainsi, utilisant toutes les ressources humaines possibles d’abord, il ne les fustige pas mais il les sublime pour aller à l’Essentiel que la Matière contient, telle la géode contient la pierre précieuse : le Milieu Divin, dont l’ascétique chrétienne est une voie majeure. « Le surnaturel attend et soutient les progrès de notre nature. »

Mais tout travail, même soit disant profane, ne nécessite-il pas de la conscience, une discipline (méthode), du courage, de l'intelligence et la centréité d' un vrai désir ; en un mot : une ascèse ?

Teilhard relie ce sujet à la divinisation des activités, puis à la divinisation des passivités, préalablement étudiées. L’ascèse peut donc être :

-soit voulue et délibérée, dans une certaine mesure seulement en jouant, autant que faire se peut, de nos différents déterminismes (développement de la divinisation des activités)

-soit subie et, dans ce cas, il faut en tirer le meilleur parti afin de l’encaisser de la manière la moins passive possible (divinisation des passivités)… ce qui reste encore un suprême moyen d’être actif. C’est l’activité souterraine du volcan, endormi en surface.
La plupart du temps, nous avons à mener simultanément de front les deux types d’expériences d’ascèse : activité/passivité.

Voici ce qu'en pense Teilhard : « Ainsi, dans le rythme général de la vie chrétienne, développement et renoncement, ne s’excluent pas. Ils s’harmonisent au contraire comme, dans le jeu de nos poumons, l’aspiration de l’air et son expiration. Ce sont les deux temps de la respiration de l’âme -ou, si l’on préfère, les deux composantes de l’élan par lequel elle prend continuellement pied sur les choses pour les dépasser (…) elles sont sujettes à d’infinies nuances. Leur juste tempérament demande un tact spirituel et la vertu propres des maîtres de la vie intérieure (…) et pour tous, ce qui fait la réussite de la vie c’est la plus ou moins harmonieuse proportion suivant laquelle les deux éléments, grandir pour le Christ et diminuer en Lui, sont combinés suivant les aptitudes naturelles et surnaturelles engagées.
(…) Dans la vie spirituelle, comme dans tout processus organique, il existe, pour chaque individu, un optimum, qu’il serait aussi dommageable de dépasser que de ne pas atteindre
. »

Selon Teilhard, à chacun de chercher et de découvrir son ascèse, mouvante et relative : « Ce qui est spirituel pour mon frère est peut-être mauvais, pervertissant pour moi-même. Ce que je devais m’accorder hier, je dois peut-être me le refuser aujourd’hui ».

La Puissance spirituelle de la matière

L’ascèse aide à DISCERNER « le bon grain de l’ivraie » (Matthieu/XIII) et permet d’entrer dans le processus de christification du monde physique ou « christogénèse »; la christogénèse étant la transfiguration progressive de la cosmogénèse. Ce phénomène qui passe par l'évolution de "l'Alpha à l'Omega" de la création est admissible si l'on considère la portée ontologique et spirituelle que pourraient avoir l'Incarnation et la Rédemption à l'instant "T" de l'histoire de l'humanité, rien ne serait plus comme avant, une nouvelle avancée se serait produite dans le processus de la création. Nous serions donc bien immergés dans et imbibés par un « Milieu Divin » Mais écoutons plutôt Teilhard :

" si la totalité matérielle contient des énergies inutilisables ; si elle compte des énergies et des éléments pervertis dont lentement la séparation s’opère ; plus réellement encore elle renferme une certaine quantité de puissance spirituelle, dont la progressive sublimation in Christo Jesu est l’opération fondamentale en cours »


« MATIERE FASCINANTE ET FORTE, MATIERE QUI CARESSE ET VIRILISE (voir bas de page 1), MATIERE QUI ENRICHIS ET QUI DETRUIS,JE M’ABANDONNE A TES NAPPES PUISSANTES. LA VERTU DU CHRIST A PASSE EN TOI. PAR TES ATTRAITS ENTRAINE MOI, PAR TA SEVE NOURRIS MOI. PAR TOUT TOI-MEME,ENFIN, DIVINISE MOI ».


Bas de page 1 : J’ai été avertie que le mot « virilisé" » utilisé par Teilhard pouvait avoir des aspects obsolètes, froissants, par rapport aux femmes contemporaines . Dans le doute j’apporte quelques explications car, personnellement, ce mot ne m’a pas choquée pour trois raisons :

1- Ce mot est utilisé par un homme, Teilhard, dans le contexte d’une prière personnelle et intime. On ne peut qu’être, tout au plus, étonné voire un peu mal à l’aise, par le partage de cette intimité. Dans le cadre d'études teilhardiennes ce texte mérite attention et respect . Quoi qu'il en soit chacun est libre de penser ce qu'il souhaite.

-2- La « virilité », n’est pas l’apanage de l’archétype masculin dans ses aspects de courage, d’autorité, d’autonomie , de robustesse et de puissance

-3- Contexte social du texte

-Pierre Teilhard de Chardin est né le 1er mai 1881, issu d’une famille aristocrate. A cette époque, dans son milieu social en particulier, être catholique, traditionnaliste, allait de soi. Les femmes étaient prisonnières dans la cage étriquée de leurs corsets, elles portaient des « tournures » ou « faux-culs » sous leurs longues et encombrantes robes enjuponnées. Leurs contraintes vestimentaires allaient de paire avec leurs contraintes sociales. S'efforçant de correspondre au profil de la femme-consacrée, elles étaient guindées, soumises. Sa mère, pourtant petite-nièce de Voltaire, n’a pas dû échapper à ces astreintes et assujettissements . Elle a dû essayer de transmettre ses valeurs à sa nombreuse progéniture.

- Alors que Teilhard est en délicatesse avec le Vatican, le texte du Milieu Divin circule sous le manteau en feuillets dactylographiés, jusqu’à sa publication officielle en 1957, soit 2 ans après sa mort.

-Entre 1881 et 1955, le statut de la femme a beaucoup évolué, annonçant sa totale libération d'aujourd'hui, du moins dans les principes de la culture occidentale .

-Le conflit mondial 14/18 fait que les hommes, partis au front, laissent derrière eux les femmes qui doivent alors faire des « travaux d’hommes », prendre des responsabilités et de l’autonomie. Elles sont bien obligées d’agir avec une certaine « virilité » ; ce qu’elles assument... ce qu’elles n’oublieront plus jamais !. Aussi, quand Teilhard termine l’écriture du « Milieu divin », la société vit « les Années folles » une nouvelle Femme, « la Garçonne » est née de l’émancipation et des revendications pour l’égalité des sexes… La bataille ne faisait que commencer.
Je ne puis m'empêcher de penser, dans la lignée d'autres femmes visionnaires, à George Sand, née à Paris le 1er juillet 1804 et morte au château de Nohant-Vic le 8 juin 1876, culturellement contemporaine de Teilhard.
 

Mercredi 23 Juillet 2014 17:24