Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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travail pour le 24/40/14


Anne-Marie Tisserand-Frésafond / l'ARBRE DU MILIEU DIVIN
Préambule :
-Pour aborder ce chapitre, je n'ai pas souhaité faire de "l' A.M. Tisserand" mais j'ai tenté d'être technique en respectant la pensée de l'auteur, quitte à la reformuler pour la rendre plus lisible. Je n'ai apporté qu'une seule touche un peu plus personnelle en comparant le Milieu Divin dans la création à un arbre.

-Relevé simpliste de quelques règles d’analyse systémique

-MD = Milieu Divin, raccourci que j’utiliserai parfois
-Il faudrait le talent d’un expert en analyse systémique (je ne le suis pas) donnant une lecture plus claire, avec un schéma en forme d’arbre, afin d’étudier le texte que Teilhard présente comme suit :

1- VALEUR INDIVIDUELLE DU MILIEU DIVIN
2- LES PROGRES COLLECTIFS DU MILIEU DIVIN
3- INTENSIFICATION DU MILIEU DIVIN PAR LA CHARITE
4- LES TENEBRES EXTERIEURES ET LES AMES PERDUES

L’arbre (de la création) est en osmose avec les quatre éléments dont les significations symboliques ne sont pas négligeables. La sève du MD arrive des profondeurs par ses racines (voir mythe de la création dans Genèse), elle circule dans toutes les ramifications de l’arbre. D’âge en âge l’arbre se développe. Ses feuilles, semblables aux milieux divins individuels incarnés (chaque âme d'être humain), tombent et sont remplacées. Lors de la présentation de nos réflexions un membre du groupe a même ajouté que "les feuilles mortes constituaient l'humus" . L’arbre demeure. Comme l’arbre, la création est en cours d’évolution, elle n’est donc pas terminée ; n’ est-ce pas Monsieur de Lapalisse.
Alors, suivons l'arborescence du plan de Teilhard :

1- VALEUR INDIVIDUELLE DU MILIEU DIVIN

Une âme individuelle est à considérer comme MD partiel car il y a autant de Milieux Divins que d’âmes et chacune est comprise dans le maillage du système.
« Nous nous sauvons ou nous nous perdons nous-mêmes. »
Chaque âme représente « pour cet univers un centre de perspective et d’activité indépendants ; en sorte qu’il y a autant d’univers partiels que d’individus (…) Si pénétrés soyons nous de la même puissance créatrice et rédemptrice, nous constituons chacun un centre particulier de divinisation, en sorte qu’il y a autant de Milieux Divins partiels que d’âmes ».

2- PROGRES COLLECTIFS DU MILIEU DIVIN

-Un ensemble d’âmes ou MD collectif, lui-même étant une entité où se produisent des aller-retour d’ interactions globaux et individuels.

« Par la confluence des Milieux Divins individuels, le Milieu Divin total se constitue , puis réagit à son tour, pour les achever, sur les destinées particulières qu’il embrasse. »

« A travers l’énormité du temps et la multiplicité déconcertante des individus, une seule opération se poursuit : l’annexion au Christ (…) une seule chose se fait : Le Corps mystique du Christ, à partir de toutes les puissances spirituelles éparses ou ébauchées. »

-Mais la structure présente une inconnue incalculable :

Quand on parle de Milieu Divin, Dieu est nécessairement partie intégrante du système. Or, même pour un croyant, Dieu est là sans être là car Il est à la fois
-immanent et historique dans la création par Jésus-Christ, Lui qui est l’Alpha et l’Omega (cf Apocalypse et Prologue de Jean). Sa présence divine est en action dès les prémices de la création et la résumera le moment venu. Quel sens aurait un Omega (une fin) sans un Alpha (un commencement) ? Ces deux Points ont été incorporés dans le temps par Jésus-Christ car « Il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert » (Luc XII-2) . ) C’est le moment de rappeler le « PRINCIPE d’EMERGENCE » de Teilhard (souvent repris subrepticement par des scientifiques) : «RIEN NE SAURAIT APPARAITRE AU GRAND JOUR MAINTENANT QUI NE SOIT DEJA OBSCUREMENT PRESENT DEPUIS LE COMMENCEMENT »

-Transcendant, extérieur à sa création, le Tout Autre. Le niveau « Ain Sof Aur » de l’Arbre des Sephiroth permet de s’en faire une idée à défaut de le saisir intellectuellement.

-Nous sommes dans une logique teilhardienne où il faut admettre que la compréhension du milieu Divin puisse être contestée, en bloc ou partiellement, de la part de certains chrétiens, d’un athée, d’un agnostique ou de l’ adepte d’un culte qui ne reconnait pas la royauté christique.
Une finalité est exigée, tant sur le plan spirituel d’après Teilhard (le plérôme, apothéose de la création résumée dans le Point Omega) qu’en analyse systémique.

3- INTENSIFICATION DU MILIEU DIVIN PAR LA CHARITE

Par le principe de coalescence les unités spirituelles sont sous l’attraction du Christ, « Il n’y aura qu’un seul Homme sauvé : le Christ, Chef et Résumé vivant de l’Humanité » écrit Teilhard
« Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire.»,Jean XV 1/13

La coalescence est représentée par des lignes qui connectent toutes les parties d’un schéma. Ces "liens" peuvent décrire toute forme d'attirance , d'union, depuis la plus fondamentale (principes de "non séparabilité" et de "non localisation"), puis la plus biologique, puis une forme sociale unitive, jusqu'à la plus élevée d'un point de vue spirituel, la "Charité" ou amour universel; le tout entraine des échanges constants entre MD individuels et MD global.

-La charité principe de coalescence. Elle est amour des âmes du fait de la présence commune du Christ Universel en chacune d’elles. La charité inclut et surpasse les amours intimes éprouvées par affinités humaines. Pour Teilhard le développement du MD passe par les 3 vertus théologales Foi, Espérance et Charité « Quel est donc ce christianisme qui prétend s’édifier en dehors de l’amour du prochain ? »
« La charité, principe et effet de toute liaison spirituelle ».La charité « n’est pas autre chose que la cohésion plus ou moins consciente des âmes. Impossible d’aimer le Christ sans aimer les autres », au delà des affinités humaines ; au-delà des répulsions instinctives contre : « le pauvre, le boiteux, le tordu, l’hébété ; l’autre tout court. »

-Effet moteur de l’incertitude
Dans l’exercice des 3 vertus, Foi Espérance et Charité, l’humilité est nécessaire car elle renvoie à l’inconnu, au doute, aux limites humaines . Une telle contingence peut activer et propulser en avant la foi ou l’espérance car l’incertitude confronte à des «aiguillages» lesquels de toute façon seront décisifs et une part de risque n’en est pas à exclure :

- soit j’aurai assez de conscience pour choisir la belle intelligence de la Vie avec ses « forces attractives d’amour. »

-soit je m’encapsulerai volontairement et me fermerai à l’influence du Milieu Divin non seulement individuel mais aussi collectif. Coupez l’arbre de ses racines et il mourra. C’est ce que nous allons voir maintenant.

4- LES TENEBRES EXTERIEURES ET LES AMES PERDUES

Là, il ne s’agit plus d’un milieu en circuit ouvert comme décrit ci-dessus mais d’un milieu fermé ou « encapsulé » par choix délibéré des âmes qui ne veulent pas s’intégrer dans le Milieu Divin, ni individuel ni total.

Notre salut ne se poursuit et ne s’achève que SOLIDAIREMENT avec la justification de toute la masse élue ». « Masse des élus » expression qui peut crisper par rapport aux critères démocratiques français où chacun est libre, frère, égal à l’autre en droits et en devoirs. Pourtant, n’assistons-nous pas en permanence à des « sélections », à des déterminismes à tous niveaux ? La sélection n’a-t-elle pas aussi un effet stimulant sur ceux qui s’y soumettent afin de réaliser leur rêve, leur idéal, leurs ambitions ?

Cet ensemble séparé représente un déchet définitif et immortel de la genèse du monde » écrit Teilhard ; déchet qui ne relèverait plus d’un « recyclage écologique» …
« Parmi tous les mystères (…) il n’en est sans doute pas un seul qui heurte davantage nos vues humaines que celui de la damnation »

« Au cours de l’évolution spirituelle du monde, des éléments conscients, des monades, se sont librement détachées de la masse que sollicite Votre Attrait. Le mal s’est comme incarné en eux » Alors que l’Histoire et l’actualité en témoignent, oserions-nous affirmer le contraire ? N’ arrive t-il pas d’être nous même face à face avec ces forces obscures intimes qui nous provoquent en contradiction ?
« L’enfer » est un « élément structurel de l’univers » où se fixe le résidu dégagé par les activités de production de la création. On peut objecter que, si ces âmes sont séparées, elles n’ont pas à paraître dans un graphe d’ensemble du système … eh bien si, selon Teilhard, car elles font partie du phénomène global : « Les feux de l’enfer et les feux du ciel ne sont pas deux forces différentes, mais une manifestation contraire de la même énergie. »
Effectivement, le feu est ambivalent : il purifie et cautérise ou il corrompt ; il réchauffe ou il brûle ; il est agent de soudure ou agent de séparation.

CONCLUSION
De l’analyse de ce chapitre il ressort que le Milieu Divin est, selon Teilhard,
-un système complexe, une communauté où toutes les parties, reliées entre elles, exercent une influence les unes sur les autres ;impactant ainsi le Milieu Divin total.
-dans un ensemble structuré, évolutif,
-où le flux de matière, d’énergies et d’information est ordonné en lois scientifiques au sens holistique du terme, non contestées par Teilhard qui les prolonge et les place en corrélations internes d’ordre psychologique et spirituel (Milieu Divin).
-Le tout fonctionne vers une finalité : le Point Omega, le plérôme la Nouvelle Jérusalem.
Ainsi, chaque âme ou chaque Milieu Divin individuel est « responsable » (apporte une « réponse »)
-d’elle-même (MD individuel)
-de l’ensemble auquel elle appartient (MD collectif).
-Tout comme l’ensemble est responsable des parties dont il dépend.

Terminons par cette citations de Teilhard : «Une immense puissance spirituelle sommeille au fond de notre multitude, qui n’apparaîtra que lorsque nous saurons forcer les cloisons de nos égoïsmes »

Mardi 30 Septembre 2014 23:58