Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






Galerie

réflexion pour la réunion d'avril
Chapitre IV des "Ecrits du temps de la guerre" (GRASSET)


Unité  marémotrice sur la Rance près de Saint-Malo
Unité marémotrice sur la Rance près de Saint-Malo
COMMENTAIRE DE LA PHOTO : Le Christ Cosmique : « Transformateur » d’énergies, capable de capter, réguler et convertir l’entropie bouillonnante terrestres et cosmiques qui nous constitue ; ce qui la rend compatible avec les puissances spirituelles.

L’un des éléments de la problématique, présent dans ce chapitre, peut être un obstacle majeur pour renouveler la compréhension des Ecritures : COMMENT DONNER AU CROYANT LE GOUT DE PASSER D’ UNE LECTURE AU PIED DE LA LETTRE, FOSSILISEE, TOUT EN L’UTILISANT COMME UN TREMPLIN FIABLE, POUR PASSER A UNE LECTURE MODERNE, INEDITE CAR SANS CESSE AEREE PAR LE VENT DE VIE DE L’ESPRIT ?

Les sentiers battus pour lire et interpréter l’Evangile sont bien balisés depuis maintes vieilles lunes. A chacun son niveau de compréhension et de bénéfice et c’est bien ainsi : « Qui potest capere, capiat » (bas de page 1) comme l’a écrit Teilhard (p. 47) des siècles après Rabelais dans son Pantagruel, chapitre VIII où, sous couvert de truculence, il révélait des choses dangereuses à dire ouvertement à son époque : il fallait les travestir .
-Pas de truculence chez Teilhard !
Mais, à défaut, l’auteur a du lyrisme poétique et mystique, ainsi qu’une pensée inspirée qui empiète et franchit hardiment les prés carrés religieux et scientifiques ; ce qui ne lui fait pas que des disciples.
-Pas de déguisement de sa pensée non plus quand il écrit (p. 47 et 48) « Si actuel qu’il puisse paraitre, cet Evangile du Christ cosmique, où il gît peut-être le salut des temps modernes, est bien vraiment la parole apportée du ciel à nos pères, le trésor nouveau déposé avec prévoyance à côté des valeurs anciennes. Lue dans un esprit accueillant et large, sans les gloses timides d’un bon sens étroit qui accepte du prendre à la lettre la formule de la Consécration (parce que la foi l’y oblige) mais s’attache partout ailleurs au sens le plus faible, l’Ecriture semble formelle » car pour Teilhard, « l’Incarnation est une rénovation, une restauration de toutes les forces et les puissances de l’univers »

LE CHRIST COSMIQUE

p.47 : " Les âmes ne sont pas un groupe de monades isolées : elles forment avec l’univers (…) un bloc unique, cimenté par la Vie et la Matière. Donc le Christ ne saurait limiter son Corps à quelque périphérie ; venue surtout pour les âmes (…) Il n’a pu les joindre et les vivifier qu’en revêtant et animant tout le reste du monde avec elles ; par son Incarnation Il s’est inséré non seulement dans l’humanité mais dans l’univers qui porte l’humanité. "
Pour Teilhard, le Christ Cosmique est « Principe directeur » universel. Vers Lui convergent nos élans vitaux impérieux en conciliant « La foi au monde, et la foi en Dieu » (p. 49)

Par le Christ Cosmique, Dieu « s’insinue jusque dans la moelle de ma substance matérielle (…) Par Lui tous les corps se rejoignent, s’influencent et se soutiennent dans l’unité de la sphère totale dont la surface limite ne peut être imaginée par nous » écrit Teilhard (p.50)

Tel est le rôle selon Teilhard du Christ mystique et Cosmique. Ni l’un et donc ni l’autre ( puisque nous parlons d’une seule et même Personne) n’a encore ramené à Lui « b[Les derniers plis de la robe de chair et d’amour » constituée par l’humanité (p.48).

Sans un flux de vie poussé par le vent de l’Esprit « La Communion avec Dieu PAR la terre » ne se ferait pas car « Dieu » est en dehors de l’espace-temps, transcendant. Il faut donc un " Médiateur ", une " Centrale ", un « Transformateur » d’énergies, capable de capter, réguler et convertir l’entropie bouillonnante terrestres et cosmiques qui nous compose; ce qui la rend compatible avec les puissances spirituelles. je pense de manière allégorique à une unité centrale marémotrice.
Le Christ Cosmique soutient toute vie : Il la contraint ou lui donne « l’appétit qui l’attire, l’accroissement qui la transforme » (p 52)
Sans annuler le sens premier de l’Incarnation, Teilhard semble la concevoir comme un « 8ème jour » de la Création où les lois naturelles de la vie ne sont pas abolies, mais perfectionnées, accomplies dans un futur qui est d’ores et déjà en gestation ; durée inconnue mais nécessaire car évolution oblige.

Pour conclure rapidement :

Le Christ est Maître d'Œuvre et l'Homme est co-constructeur de la "Sainte Evolution "( p. 49 ) laquelle ne se fait pas

-sans luttes, ("La lutte avec l'ange" , p. 51) en référence au songe de Jacob, Genèse (28:11-19).

-sans contraintes, sans souffrances (" le sens de la Croix " p. 54). Le simple brancardier (qu’il voulut être), Teilhard, était en première ligne pour le constater lorsqu’il écrivait son livre dans les tranchées de la guerre 14/18 .

-et sans "déchets" de production (" La place de l'enfer" p.57). En terme de production du phénomène humain, de la Cosmogénèse et de la Christogénèse , des "déchets" sont, inévitables quand on constate la cruauté barbare et la bêtise abyssale dont certains sont capables. : ne pas comprendre que l'Amour est la loi fondamentale d'attirance et d'union de toute expression de la vie, je peux encore le concevoir, même si, l'enfer, je ne sais pas ce que c'est. Souhaitons qu'il y aura le moins de "déchets" possibles.

Donc, les œuvres humaines participent, selon Teilhard, à la création continue. Voilà pourquoi la Communion avec Dieu se fait PAR la terre : « La matière conserve son rôle cosmique de base inférieure, mais primordiale et essentielle de l’Union ; par Assimilation au Corps du Christ( ou Christ Cosmique), quelques chose d’elle-même est destiné à passer dans les fondements et les murs de la Jérusalem céleste. » (pages 53, 54)

Puisque le "Médiateur" Jésus-Christ est capable de " transcender " quelque chose de notre humanité, on peut en déduire que l'Homme, Jésus, est aussi "transcendant" , de substance divine. Si nous nous permettons de schizophréniser sa double nature, nous perdons un Médiateur janusien à double visage = une face vers Dieu et l'autre face vers la création ... et la théorie chrétienne de Teilhard s'écroule.

Bas de page 1- « Qui potest capere, capiat » ‘littéralement : que celui qui peut prendre prenne. Autres traductions possibles :
-Prise de guerre, loi du plus fort, -droit de cuissage chez Rabelais
-Que celui qui a des oreilles pour entendre entende (Matthieu XI-15)

Lundi 6 Avril 2015 20:17