Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Synthèse et Commentaire, chapitre 5/ L'AVENIR DE L'HOMME (1)


Selon TDC, l'être humain est devenu très sceptique de nos jours (1) Il a peu confiance dans le progrès possible de la société. Cela le rend pessimiste et immobile. Ce doute peut même tuer son goût de vivre. Ceci reste vrai aussi bien à notre époque qu'à celle de TDC. Il n'y a qu'à observer le nombre croissant de suicides, l'envahissement des hôpitaux psychiatriques ou l'augmentation du nombre de personnes atteintes de dépression nerveuse. Ceci amène la question de TDC ou la nôtre : sommes-nous vraiment arrivés à un sommet de l'évolution que nous ne pouvons plus dépasser et donc n'avoir comme perspective qu'une chute vers le bas parce que nous ne pouvons plus progresser. Ou bien, pouvons-nous encore avancer et, si oui, avançons–nous dans la bonne direction?

Les études paléontologiques sur l'évolution du monde nous ont montré que la nature était soumise à des mouvements lents qui, à notre échelle humaine, ne sont pas toujours perceptibles. Les formes de la vie qui remontent à quelque 300 millions d'années évoluent toujours mais cette évolution n'est visible que sur une large échelle de temps. Comme TDC l'a déjà expliqué dans son précédent chapitre intitulé "la grande option", la vie a évolué jusqu'à aboutir au degré de développement que nous connaissons aujourd'hui.

Un exemple d'études récentes montre que l'évolution humaine est possible, même à une vitesse plus accessible à notre observation. Il s'agit de l'histoire de l'adaptation des tibétains à l'altitude. Les tibétains vivent sur des hauts plateaux aux environs de 4.000 mètres d'altitude, A cette altitude, l'air contient 40% d'oxygène de moins qu'au niveau de la mer. Ceci peut provoquer le mal des montagnes si le sujet n'est pas adapté à l'altitude. Une autre conséquence de cette baisse de la pression partielle de l'oxygène est une mortalité infantile trois fois plus élevée chez les chinois de l'ethnie Han récemment implantés au Tibet que chez les tibétains originaires de l'ethnie Han mais vivant sur ces hauts plateaux depuis plus de 3.000 ans. L'équipe de Xin Yi et de Jian Wang (2) a comparé la séquence de gènes de 40 chinois de l'ethnie Han vivant à Beijing et celle de 50 Tibétains habitant à 4.200 mètres d'altitude. Ils ont trouvé environ 30 gènes pour lesquels une séquence rare chez les Han vivant près de la mer était devenue très fréquente chez les Tibétains. En particulier un allèle du gène HIF-2a était présent chez 85% des Tibétains et seulement 9% des Han de Beijing. Une telle différence indique que l'allèle tibétain a été favorisé par une sélection naturelle des Han implantés dans les hauts plateaux. Le gène HIF-2a est activé lorsque la pression partielle d'oxygène diminue. Ceci augmente la synthèse d'hémoglobine et la teneur en globules rouges dans le sang. D'autres allèles de gènes impliqués dans la production de globules rouges sont aussi prépondérants chez les tibétains selon l'équipe de Tatum S. Simonson (3). Comme ces globules transportent l'oxygène vers les tissus consommateurs d'oxygène, c'est un bon moyen pour lutter contre le manque d'oxygène dans l'air. Mais l'inconvénient, c'est que le sang épaissit du fait de l'abondance des globules rouges et finalement le sang circule moins bien. C'est ainsi que survient le mal des montagnes chez les sujets non adaptés qui peuvent décéder d'un œdème pulmonaire ou cérébral. C'est aussi ce qui peut induire une mortalité périnatale élevée. On comprend alors bien la sélection naturelle des allèles les plus favorables au cours des générations si le caractère de meilleure adaptation à l'altitude améliore la fertilité et diminue les décès en particulier dans la période périnatale. Grâce à cette sélection, l'adaptation des tibétains à l'altitude leur a permis de mieux résister aux effets néfastes de l'altitude élevée. Donc, lorsque le besoin s'en fait sentir, l'évolution continue bien dans les périodes relativement récentes et a fortiori de nos jours.

Un autre exemple discuté par TDC est celui de l'évolution du cerveau dans l'échelle zoologique. Les paléontologues ont observé une progression manifeste de la taille du cerveau et de la complexité des connexions nerveuses au cours de l'évolution des espèces. Le volume du cerveau humain a plus que triplé entre celui du chimpanzé et celui de l'homme. Et il est d'environ 8 fois celui des singes du nouveau monde. A côté de cela, les connexions entre cellules nerveuses sont devenues de plus en plus complexes.

"L'évolution zoologique a culminé chez l'homme", "la vie a bougé jusqu'à l'installation de la pensée dans le monde" nous dit TDC. En effet, anatomiquement le cerveau a évolué depuis l'apparition des premiers êtres humains jusqu'à la forme qu'il présente chez Homo sapiens mais depuis l'apparition d'Homo sapiens, le cerveau n'a pas sensiblement changé. Par contre, entre l'être humain des cavernes et celui de nos jours, le progrès est devenu sensible non pas par ce que nous savons de l'anatomie mais par la montée de la conscience qui a amélioré l'organisation sociale et par la connaissance scientifique pour aboutir à une organisation plus synthétique du monde humain. L'être humain ne se différencie pas seulement de l'animal par sa capacité à fabriquer des outils, capacité partagée du reste par les chimpanzés mais par sa conscience : "l'homme sait et sait qu'il sait". Selon J. Huxley (4), "nous sommes arrivés à un stade où les aptitudes mentales arrivent à un niveau où elles deviennent capables d'affecter le cours futur des évènements". L'homme adapte le monde à lui-même plutôt qu'il ne s'adapte à lui.

L'être humain n'a pas échappé à l'évolution mais la question de savoir à quelle phase de son développement l'humanité est arrivée reste ouverte. Les mécanismes de l'évolution ont permis d'aboutir à l'homme actuel par mutations successives de notre génome et par sélection naturelle, mais il est à ce jour plus difficile de comprendre comment nous en sommes arrivés à une conscience réfléchie. TDC se base sur sa Foi pour concilier science et conscience. Il voit dans le Christ le point Oméga de l'Univers. Ceci, bien sûr, provient de la croyance liée à sa Foi, mais se trouve indépendant de ses certitudes scientifiques.

Au cours du développement embryonnaire, les cellules se multiplient à partir de l'œuf fécondé puis se différencient, se spécialisent et s'assemblent pour former le corps de chaque être humain. TDC nous dit que cette association doit aller plus loin entre les êtres humains pour permettre une socialisation à la manière des espèces comme les fourmis ou les abeilles chez qui la spécialisation des tâches de chaque individu contribue à la survie et au bien être de la communauté. L'humanité et nous-mêmes pourront aussi progresser, peut-être grâce à une meilleure connaissance scientifique reconnue par tous ou par le progrès d'une action commune autour d'un intérêt commun et dans la recherche d'une même Vérité ou par l'attrait exercé par un même Quelqu'un. C'est en coopérant à la construction du monde futur que nous contribuerons à l'avenir de l'homme.

1 - Teilhard de Chardin, P. dans "L'avenir de l'homme" édition du seuil, 1959, 77-96.
2 - Xin Yi et al, "Sequencing of 50 human exomes reveals adaptation to high altitude", Science 2010, 329, 75-8.
3 - Tatum S. Simonson et al, "Genetic evidence for high altitude adaptation in Tibet", Science, 2010, 329, 72-5
4 - Huxley J. "Eugenics in evolutionary perspectives", Eugen Rev. 1962, 54, 123–141.

Vendredi 25 Février 2011 14:04