Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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"Comment je crois", chapitre 9, Editions du Seuil



1- Teilhard de Chardin, dans « Comment je crois », p. 155 dit :« Le christianisme consiste à regarder l'histoire du Monde comme répondant au processus suivant : Un Je (ou Moi) suprême (Dieu hyper-personnel) s'agrège, sans les confondre, les «Je » humains en et par le «je» christique. »

Comment le Je ou Moi peut-il être assimilé à Dieu ?

Le schéma du cône présenté sur la figure éclaire peut-être un peu ce premier paragraphe. Les « Je » humains évoluent de façon coordonnée en direction de Dieu grâce à l'aide du Christ incarné. Il y a une évolution des « Je » humains vers le Christ universel grâce à l'intervention du Christ historique. Autrement dit, Teilhard de Chardin situe chaque personne, chaque « Je » dans une tension vers ce qui est plus grand qu'elle. Cette tension s'appelle aussi l'amour. L'amour est le dynamisme qui habite l'ensemble de la nature : cette force qui le tend vers une réalisation de soi optimale et qui l'ouvre sur autrui.

3- Teilhard de Chardin dit que « l'interdépendance de ces 3 catégories de « Je » a donné naissance à une théorie métaphysique compliquée (théorie des personnes , de la nature en Dieu et dans le Christ »

Selon JM Maldamé (Conférence sur le 50° anniversaire de la mort de Teilhard de Chardin, 2005), « La métaphysique de Teilhard de Chardin est attentive à l'œuvre la plus éminente de la nature, la personne humaine La personne est une réalisation parfaite de l'œuvre de la nature. D'abord, elle est une unité indivisible ou individu. Elle est vivante et donc comme toute individualité vivante, elle assume la diversité dans l'unité d'un seul être. Surtout, la personne est un centre spirituel. En elle, la conscience n'est pas seulement réflexes ou réactions instinctives aux sollicitations extérieures, comme dans les formes élémentaires de la vie, mais bien un centre d'esprit. Mais à la différence des animaux supérieurs qui ont part à la conscience et exercent leur volonté, la personne est capable de réflexion et donc habitée par l'esprit qui se rend indépendant de la matière. L'unité de la personne est indestructible. Mais la personne n'est jamais statique, enfermée sur elle-même. »

La philosophie de la nature de Teilhard de Chardin repose sur ses observations scientifiques en géologie et en paléontologie. Depuis des millions d'années les formes de la vie ne cessent d'évoluer et d'atteindre des formes de plus en plus complexes. La matière peut devenir un élément du vivant. Les molécules se transforment en organismes qui eux-mêmes se diversifient et se complexifient pour aboutir chez l'homme au développement de l'esprit et à la conscience. Les formes de vie unicellulaires deviennent de plus en plus complexes. Ce qui distingue Teilhard des autres scientifiques, c'est que cette complexité est corrélée avec une capacité nouvelle qui est celle de la conscience. C'est ce qu'il appelle « la loi de complexité conscience ».

« Dans ce cône symbolique, la section en surface d'hominisation, le multiple atteint l'état de conscience réfléchie. C'est à partir de cette surface critique, où apparaît l'homme, que les centres ou grains de conscience peuvent être considérés comme définitivement constitués. » ( p. 156).

5- Selon Teilhard de Chardin, la création est évolutive. Ces deux termes création et évolution peuvent paraître contradictoires. Pour lui, la création se réalise sous l'influence de Dieu. Dans l'incarnation, le « Je » divin s'immerge dans son œuvre et la Rédemption comporte un geste d'expiation.

6 - Création, incarnation et rédemption ne sont pas « localisables dans le temps et dans l'espace » bien qu'ils puissent être corrélés à des faits historiques : par exemple, la création peut correspondre à l'apparition de l'homme, l'incarnation à la naissance du Christ et la rédemption à sa mort.

7 - L'efficience du Christianisme vient de ce que chaque élément de conscience est attiré par « le foyer suprême de l'unité … et le centre des centres s'est réfléchi sur le centre du Monde , Jésus. » Cette vision du Christ comme un homme exceptionnellement conscient de Dieu peut apparaître comme un anthropomorphisme, c'est à dire à une tendance à lui donner des caractéristiques propres à l'espèce humaine. Réduire le Christ à sa composante historique limite aussi le christianisme à n'être qu'une philosophie comme les autres. La conscience réfléchie nous donne une capacité de retour critique sur nous-mêmes, sur nos expériences et sur nos actions. Elle se distingue de la simple conscience directe des choses car l'homme sait mais aussi, il sait qu'il sait.

8 – Cette présentation du Christianisme semble porter l'homme vers un panthéisme dans lequel l'homme se confond avec la nature. Toutefois, dit Teilhard, « L'unité du tout naît de la fusion des éléments sans confondre les termes qu'elle unit mais en les différenciant. »

9 – Il faut regarder Dieu non comme un centre de conscience humain mais comme le centre des centres et l'homme non comme centre du monde mais comme flèche de progression de conscience vers Dieu.

Samedi 20 Avril 2013 14:38