Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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« le phénomène humain », collection sagesses, p. 95-135


Catherine GODINOT / L'EXPANSION DE LA VIE
Commentaire par Catherine Godinot

       La Vie est apparue une seule fois sur notre terre dans un océan primitif. Les fossiles les plus anciens connus sur terre, des protoplasmes, ressemblent aux bactéries que nous connaissons aujourd’hui et datent d’environ 3,5 à plus de 4 milliards d’années.  Une soupe primitive contenant des composés organiques simples se sont ensuite combinés pour former des composés plus complexes, ce qui a finalement conduit à la vie. Pour que la Vie ait pu ainsi apparaître, c’est sans doute parce que la terre se trouvait à ce moment-là dans une situation privilégiée qui favorisait l’édification des premiers organismes vivants connus, des protoplasmes.. Cette situation a très peu de chances de se renouveler, sauf, peut-être artificiellement (p.93) . En effet, à partir d’eau, de méthane, d’ammoniac et d’hydrogène, Miller-Urey et ses collègues [Shapiro, R, Origins: a skeptic’s guide to the creation of Life on Earth. Bantam books 1987(o671-45939-2) p. 110] ont en effet observé la formation d’acides aminés, de sucres, des lipides, de composants des acides nucléiques mais pas d’ADN ou d’ARN entier. En 2009, L’équipe de Sutherland réussit à synthétiser des nucléotides dans les conditions plausibles d’une atmosphère prébiotique. [Matthew et al., Synthesis of activated pyrimidine ribonucleotides in prebiotically plausible conditions; Nature 2009, 459:239-242]. A partir de ces éléments, des gènes et des protéines essentiels pour le fonctionnement de la vie se sont formés et la vie a évolué pour donner naissance à des espèces de plus en plus perfectionnées. Les gènes essentiels au fonctionnement de la Vie se retrouvent très similaires dans ces différentes espèces.
 

Cette hypothèse explique la similitude des gènes et des protéines répertoriés chez les différentes espèces d’êtres vivants depuis les bactéries jusqu’à l'homme et, pourtant, une bactérie telle que Escherichia coli ne ressemble pas à un éléphant (!) bien que certains de leurs gènes soient similaires. La Vie est née et s’est propagée sur terre en se développant à partir de l'intérieur d'une sorte de quantum clos défini par l'amplitude de cette émission primordiale. C'est à partir de cette onde unique qu'il faut suivre la propagation jusqu'à et au delà de l'homme (TDC, Phénomène Humain (p.94).
       TDC observe d’abord l’expansion de la Vie de l'extérieur, « du dehors ». Pour que la Vie évolue, le mécanisme vital est d'abord celui de la reproduction. Les cellules se divisent en deux soit par scissiparité (ou mitose donnant naissance à deux cellules filles identiques)  soit par Karyokinèse (ou méiose : donnant naissance à deux cellules différentes contenant pour moitié les gènes de la cellule de la mère et pour moitié les gènes de la cellule du père). Les deux cellules filles provenant de la mitose héritent donc de gènes identiques et peuvent se multiplier  indéfiniment. « En quelques générations, une seule infusoire par exemple, pourrait recouvrir la surface de la terre. » (p.97). L'évolution peut provenir de la combinaison des génomes des cellules sexuées, soit de mutations apparaissant au cours de la reproduction sur le génome de bactéries ou de cellules plus évoluées. Lorsqu'il s'agit de cellules reproductrices, les chromosomes des deux cellules filles seront différents car ils portent des gènes hérités de la cellule mâle et d’autres hérités de la cellule femelle. Les cellules issues de cette reproduction sexuée peuvent alors acquérir de nouvelles propriétés. C'est l'un des procédés génétiques par lesquels l'évolution peut avoir lieu. TDC parle de plus d'orthogenèse pour évoquer une lignée dont un caractère déterminé change par étapes dans la même direction évolutive. L'association des cellules représente de plus un des mécanismes les plus importants que la Vie utilise pour son expansion (p.99). La Vie procède par effets de masse (p.101), des milliards de germes et d'adultes se bousculant. C'est la lutte pour la vie. Le nombre important d’ individus multiplie les chances pour survivre et pour avancer.

       L'Arbre de la Vie apparaît comme un ensemble de fragments à la fois divergents et répartis sur différentes strates : les individus sont rangés suivant  des classes, ordres, familles, genres, espèces, nappes, branches variés… L'agrégation de croissance permet de développer les ramifications de l'Arbre de la Vie (p.115). Cuénot a dessiné une carte de cet Arbre de la Vie en se basant sur les données biologiques: il y montre l'évolution depuis les bactéries jusqu'aux Mammifères. Ces derniers n'occupent qu'un lobe modeste à une extrémité de cette carte (p.128). Bien que les mécanismes par lesquels les espèces ont pu se former ne soient pas connus, cette carte est certainement tout-à-fait plausible. En effet, lors de toute découverte d'un nouvel individu fossile, les paléontologistes lui trouvent aisément sa place naturelle dans ce schéma. Aucun individu ne s'est trouvé réellement nouveau dans l'arbre de la Vie. « La vie correspond à une certaine fonction X, définissant dans l'Espace, dans la Durée, ou dans la Forme la position de chacun des êtres vivants (p.134)» Cependant, Biologistes et Paléontologistes n'étaient pas complètement d'accord sur les mécanismes des transformations de la Vie à l'époque de TDC, mais les progrès récents de l'analyse génétique devraient permettre maintenant d'approcher de la solution et de résoudre leurs différends.

       La Vie a évolué au cours du temps mais le débat perdure pour comprendre où et à partir de quoi sont nés les premiers êtres vivants [Patrick Forterre, « L'origine du génome », dans Les dossiers de La Recherche : l'histoire de la vie, les grandes étapes de l'évolution,  19,  34–40, mai 2005]. Il y a 3,5 à 4 milliards d’années un grand bombardement d’astéroïdes a eu lieu. Il aurait détruit toute trace de vie. Des traces ont été retrouvées dans des roches calcaires, les stromatolites qui existent depuis au moins 3,5 milliards d’années. Ces roches calcaires proviennent de l’activité biologique de communautés bactériennes.

       L’étude de l’ensemble de la masse vivante nous montre des ramifications superposées : classes, ordres, familles, genres, espèces… Les agrégations donnent naissance aux Phyla. Le phylum n’apparaît que dans la durée, c’est-à-dire dans le mouvement. Ce qui le caractérise , c’est sa capacité de développement autonome : il grandit, s’épanouit et disparaît. Du moins, c’est une hypothèse car personne n’était là pour le voir!

       Bien que l’unanimité n’existe toujours pas , que ce soit à l’époque de TDC ou à la nôtre, l’ évolutionnisme a cessé d’être une hypothèse. Les mécanismes de transformations de la Vie permettent l’apparition des caractères nouveaux (hasard ou nécessité) et les thèses créationnistes ne peuvent plus être scientifiquement admises.

Dans les chapitres précédents, TDC a cherché à décrire et à comprendre comment la Vie était apparue et comment l’évolution avait peu à peu donné naissance à toutes les espèces connues sur terre. Il parait évident à tous les chercheurs que des caractères nouveaux ont petit à petit  modifié chaque espèce pour aboutir à de nouvelles espèces. Cette évolution permet aux nouvelles espèces de mieux s’adapter aux contraintes de la vie sur terre. C’est ainsi que de nouveaux organes se sont formés, que sont apparus par exemple, les pattes, les ailes , la colonne vertébrale, le cerveau…..
       Cependant, rien ne permet d’affirmer que cette évolution soit dirigée. Même si la nature continue à se transformer, rien ne prouve que ces modifications provoquent une quelconque amélioration de la nature. Comme le dit Teilhard (p.137), de quel droit pouvons nous penser que l’homme soit plus parfait que la rose ou l’abeille ? D’un point de vue scientifique, nous ne pouvons pas établir de priorité entre ces espèces. La science dans ses « ascensions » ne permet pas d’affirmer qu’il y ait une orientation précise et un axe privilégié d’évolution ». Pourtant, TDC croit voir « qu’un sens et une ligne de progrès existent pour la Vie ».
        L’évolution est un fait reconnu. Si l’on se place à une échelle de temps suffisamment longue, de nouvelles fonctions peuvent ainsi apparaître. Mais de multiples combinaisons sont possibles et y-en-a-t-il une qui soit plus satisfaisante?
 

Mercredi 21 Février 2018 09:16


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