Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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réflexion sur LE MILIEU DIVIN, Tome-4, 1ère PARTIE/Editions du Seuil


Catherine Godinot / DIVINISATION DES ACTIVITES
A l'époque où TDC a écrit le Milieu divin, beaucoup de chrétiens pensaient souvent que la sainteté était ± réservée à ceux qui s'étaient engagés dans les ordres religieux. Le travail de chacun, qu'il soit manuel, intellectuel, scientifique, artistique... n'était pas considéré comme susceptible de mener à Dieu. Le temps consacré à ces tâches « laïques » était du temps perdu pour rentrer en communion avec Dieu. La devise jésuite « Trouver Dieu en toute chose » s'oppose cependant à cette opinion et a sans doute inspiré TDC comme il le mentionne dès le début de ce chapitre du Milieu Divin.

TDC a écrit ce livre entre 1926 et 1927 mais la hiérarchie jésuite et catholique de l'époque n'a pas accepté qu'il le publie ni à ce moment-là, ni plus tard durant le reste de sa vie. Le livre ne sera donc pas publié de son vivant. Il faut attendre le règne de Jean-Paul II pour que la pensée de TDC commence à être réhabilitée dans la communauté catholique et que Jean-Paul II invective les chrétiens en 1981 en confortant l'orientation de TDC lorsqu'il affirme à l'occasion de la célébration du centenaire de TDC à Paris :
« N'ayez pas peur, ouvrez toute grande au Christ les portes des immenses domaines de la culture, de la civilisation et du développement ! [Osservatore Romano, 10/06/1981]. »

« Rendre divine la vie de chaque jour » : telle était l'ambition de TDC. En accomplissant les tâches de chaque jour, nous devons participer au perfectionnement de la création ainsi qu' à l'achèvement du Monde en communion avec le christ universel. En effet, la création n'est pas terminée et « c'est à l'achever que nous servons, même par le travail le plus humble de nos maisons » [TDC, œuvres 14, ed du Seuil, p.50]. Selon le mot de TDC, « Dieu nous divinise, c'est -à-dire s'unit à nous et nous unit à lui ». La divinisation de nos activités passe par l'intention qui y est associée : « L’action humaine vaut et ne vaut que par l’intention avec laquelle elle a été faite ». [TDC, Milieu divin, ed Seuil, 1957, p. 28]

Cependant, « si elle infuse une âme précieuse à toutes nos actions, elle ne donne pas à leur corps l'espoir d'une résurection. » [id, p. 31].

Pour résoudre ce problème,TDC propose le syllogisme suivant :
« 1°- Au sein de notre univers, toute âme est pour Dieu en Notre Seigneur.
2°- mais, par ailleurs, toute réalité même matérielle autour de chacun de nous est pour notre âme
3° Ainsi, autour de chacun de nous toute réalité sensible est par notre âme pour Dieu en Notre Seigneur » [id, p. 33].

Quand TDC parle d'âme, il ne fait pas référence à une nébuleuse qui aurait envahi notre corps. Mais il vise à travers l'âme le pouvoir constructeur de l'homme à partir des rudiments du monde [cf G. Martelet, TDC, prohète d'un christ toujours pls grand, ed. Lessuis, 2005, p.81]. « C'est nous, par notre activité, qui devons en rassembler industrieusement les éléments partout disséminés ». TDC compare ce travail à celui de « l'algue qui concentre dans ses tissus des substances présentes à doses infinitésimales dans les nappes immenses de l'océan »[id, p.39]. Ou encore il assimile ce travail à celui de l'abeille qui puise dans de multiples fleurs pour faire son miel. L'important est de comprendre que l'âme est à construire à partir de tous les éléments de la terre. En même temps, l'homme collabore à l'achèvement du Monde. Ainsi, autour de chacun de nous, toute réalité sensible est, par notre âme, pour Dieu en Notre Seigneur. Saint Paul l'exprimait différemment : « Tout est à vous mais vous êtes au Christ et le christ est à Dieu ». [1 Cor 3, 22-23]. Ainsi, ce n'est qu'à travers nos activités que nous pouvons rentrer dans le mystère de Dieu.

La divinisation de nos activités exige que nous ne soyons jamais satisfait de leur achèvement. Boileau nous disait :« Cent fois sur le métier votre ouvrage, polissez-le sans cesse et le repolissez !». Nous ne devons pas nous contenter d'un à-peu-près et prendre du repos. Il ne faut pas non plus nous arrêter à un succès apparent mais toujours poursuivre en allant plus loin dans le perfectionnement ou le progrès : « Que les hommes trouvent une vérité ou un phénomène de plus ou de moins, qu'ils fassent ou non de la belle musique ou de belles images, que leur organisation terrestre soit plus ou moins réussie, cela n'a directement aucune importance. Dieu n' a évidemment aucun besoin de votre activité.industrieuse. Ce à quoi il s'intéresse exclusivement c'est l'usage fidèle de notre liberté et la préférence que nous lui donnons sur les objets qui nous entourent ».[id, p.29 ].

Dieu nous attend à chaque instant dans chacune de nos œuvres. « Il est en quelque manière au bout de ma plume, de mon pic, de mon pinceau, de mon aiguille, de mon cœur, de ma pensée ». [id, p.45]. Même si notre action est modeste et que « notre travail consiste d'abord à gagner notre pain de chaque jour, sa vertu définitive est bien plus haute : par lui, nous achevons en nous le sujet de l'union divine ». Plus nos réalisation s'améliorent, plus nos objectifs progressent : il faudra ouvrir des voies nouvelles, soutenir de nouvelles causes, défendre un idéal plus ambitieux. L'action de l'ouvrier de la terre toute humble qu'elle soit l'emporte plus haut et contribue à compléter son épanouissement [id, p. 56]. Une telle vision nous rappelle le pouvoir que nous avons de communier à Dieu par la face dynamique de nos activités.
 

Mercredi 30 Avril 2014 22:24