Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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"ECRIT DU TEMPS DE LA GUERRE"


Claude GUYOT / LUTTE  CONTRE  LA  MULTITUDE/Interprétation possible de la figure du monde
I – Le néant de la multitude (page 113)

Tous les êtres que nous connaissons diminuent dans la proportion où ils se divisent. Le relâchement de notre esprit le fait descendre vers la Matière.
Ça commence mal et ce constat de relâchement, d éparpillement augure mal d'une possibilité d'évolution positive. Et ça continue : L'étoffe des choses deviendrait comme si elle n'était pas. L'être s'annule à force de se disperser.
Peut-on faire une digression politique ? Non, on ne peut pas.
Heureusement il y a le regard du Créateur.
On dirait une BD, avec l'impression de l'avoir vue cent fois. Une BD pré-bigbang.

Au commencement était le Verbe ? Non, il est venu bien après cette multitude indistincte, cette espèce de bouillon qui ne bouillonnait pas encore mais d'où la pensée de Dieu progressivement fait surgir des noyaux avec une nécessité d'organisation jusqu'à la formation d'une matière.
La pensée de Dieu ? Appelons-la comme on veut : énergie, volonté, amour, mais ici doucement, on doit franchir un autre palier.
Au passage signalons cet anthropomorphisme dont on ne peut pas se dépêtrer, pas plus Teilhard que chacun de nous qui fait dire que Dieu regarde, voit, à la limite s'ennuie tout seul. Mais comment faire autrement, nous ne sommes que des hommes.

II – Le mal de la multitude

Ça ressemble à un pléonasme : « l'enfer, c'est les autres »

1 – La douleur

La multitude est au principe (à l'origine) de tous nos maux. Elle nous heurte de dehors (et nous corrompt) et au dedans de nous.
Elle sévit à la limite du corps et de l'âme. Pourquoi ne pas le dire plus clairement : la multitude apporte le Mal. C'est le Mal, le malin que nous avons en chacun de nous, inhérent à notre nature, mais qu'est-ce que notre nature ?
Nous nous flattons d'être une très pure substance (c'est Teilhard qui le dit) pas encore arrivée à son achèvement.
Péché d'orgueil. Misère de la multitude personnelle au dedans de nous et misère aussi de la multitude universelle autour de nous.
Misère que nous avons tous ressentie quand nous avons essayé d'intervenir même à notre très faible niveau pour changer, sinon le monde, du moins en améliorer ponctuellement une toute petite partie. Certains se sont suicidés pour cette incompréhension.
La multitude s'étale de nos inévitables imperfections à la catastrophe la plus épouvantable, type Hiroshima. La multitude, c'est le mal sous toutes ses formes qui apporte la douleur dans toutes nos perceptions.

2 – Le péché

Si je comprends bien, le péché est le moyen le plus simple que l'homme ait trouvé pour se distinguer de la norme montante, de l'évolution par définition ascendante. Il en est conscient de façon épisodique : Confiteor.
L'autre, le pire, le tyran entraîne l'humanité vers ce qui ressemble le plus à sa perte, dans la dégringolade sur la dent de scie qui pourrait symboliser l'évolution vers cet ω de plus en plus lointain.
Mais par un sursaut de conscience, il naît de ces crises des découvertes qui font rebondir (pour combien de temps ?) vers le point idéal.
C'est l'éternelle histoire, la dualité entre le bien et le mal, l'un nécessaire à l'autre, comme le noir est nécessaire au blanc.

Et Dieu dans tout ce fatras ?
Les athées – ou ceux qui se disent tels – nient avec une belle énergie son existence sous prétexte que, s’Il existait, Il ne permettrait pas les horreurs dont nous sommes quotidiennement témoins. Témoins, mais aussi en partie responsables et acteurs.
Et pourtant la divinité existe, sous tellement de formes qu'on a tendance à ne plus la voir. Qui reconnaît Dieu dans le rire d'un enfant, le chant des oiseaux et tant de détails qui devraient susciter une action de grâce permanente, si on voulait bien les percevoir ? Le monde est-il vraiment si moche, si raté ? C'est faire offense à Dieu de le croire. L'espérance est une vertu théologale, heureusement.
Dans le monde actuel, et je me demande ce qu'en aurait pensé Teilhard, une menace pèse fortement sur l'humanité soumise aux excès dus à l'informatique. Avez-vous remarqué comme nous sommes réduits à une série de nombres ? Notre identité est résumée par notre numéro d'immatriculation à la sécurité sociale. (Un seul chiffre nous manque et nous sommes effacés, nous n'existons plus, civilement, j'entends.)
Y a-t-il pire pour notre évolution personnelle que de perdre son identité, sa personnalité, ce que le baptême a consacré pour les chrétiens en les identifiant personnellement. Mais où allons-nous dans cet anonymat numérique, cette pléthore de zéro et de un qui absorbe tout notre environnement, les informations dont on nous abreuve, toute notre vie ? Cela ressemble bien à un retour vers la multitude de l'origine, pas loin du néant, mais encore plus difficile à vivre après avoir connu un début d'ascension.
Il reste l'espérance.

Samedi 26 Septembre 2015 17:20