Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Claude Guyot / La nostalgie du front
Monsieur,
Je viens de lire ce texte que vous intitulez La Nostalgie du Front. L'introduction est superbement écrite. Ce paysage que vous sublimez nous enchante par son calme, sa plénitude, sa lumière. C'est beau. C'est mystico-romantique.
Et je bute soudain sur "la ligne sacrée des levées de terres et des éclatements..." Vous vous interrogez vous-même sur les propriétés de cette ligne fascinante et mortelle.

"Le premier sentiment « classé » auquel je puisse comparer mon émotion présente, c'est la passion de l'inconnu et du nouveau". C’est une réaction d'adolescent, encore rempli de souvenirs d'enfance -dont on ne se départit jamais tout à fait- mais également plein de curiosité pour le monde.
Vous avez trente-sept ans et les réactions d'un adolescent un peu attardé. Vous êtes par définition célibataire, vous avez des relations familiales, mais pas de charges de famille comme peuvent en avoir vos camarades de tranchées. Vous avez l'esprit libre et un fort penchant pour la philosophie. Vous voulez voir et savoir un peu plus que les autres. C'est bien une réaction de jeunesse et vous avez raison. Mais...
C'est aussi la marque d'un égoïsme patent. Avez-vous eu, au cours de ces méditations crépusculaires, l'ombre d'une pensée pour les populations soumises à la guerre ? Pour ces femmes responsables, elles, de la famille en l'absence du père, pour les enfants marqués à vie par quatre ans de peur et de privations. Je ne fais pas de misérabilisme. Je l'ai vécu. Lorsqu'un avion passe un soir d'orage et que les moteurs résonnent dans le ciel bas, j'ai toujours sept ans, les bombardiers passent au-dessus de mon village pour aller pilonner l'Allemagne et j'ai la chair de poule.
Voir, savoir, comprendre. C'est ainsi que l'on grandit. C'est aussi peut-être l'humanité qui grandit, à coups de souffrances et d'échecs. Avez-vous donc cette nostalgie des périodes par lesquelles l'humanité semble devoir passer pour grandir, converger vers le point sublime? Faut-il toucher le fond pour pouvoir remonter ? Il faut une bonne dose d'optimisme pour y croire, surtout à la lueur des événements que nous sommes en train de vivre.
Vous exprimez un sentiment de liberté. J'ai beau chercher, je ne vous rejoins pas. Si l'on excepte le fait que tous les combattants sont égaux par leurs conditions de vie (quelle bêtise d'avoir supprimer le service militaire!), par leur obéissance aux ordres, par le minimum d'initiatives qu'ils ont à prendre, où se trouve cette liberté qui vous paraît évidente ? Ils sont libres des contingences de la vie civile, mais tellement plus menacés par ailleurs.
Je vous prie de pardonner, monsieur, à la petite fille des années 40 qui a subi toute sa vie les conséquences de cette période.

La fascination des périodes de guerre explique sans doute le succès des associations d'anciens combattants.
27 nov. 2015
 

Dimanche 29 Novembre 2015 08:57