Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






Galerie


On peut s'interroger sur la pertinence du diagnostic de Teilhard sur l'avenir du monde –désormais nécessairement collectif ( cf p. 28 à 30)- tel qu'il le voyait en 1920, à un terme relativement proche, juste après la 1ère guerre mondiale. Teilhard donc, anticipait la convergence ''organique'' dans une ''conscience collective'' de l'Humanité (la Noosphère), de deux courants unificateurs composés de ''néophytes sûrs de leur vérité '' (p32) submergeant les adversaires d'hier : d'une part l'idéologie scientiste-matérialiste issue des Lumières, d'autre part, un christianisme obscurci ou déformé par une philosophie et une morale, voire une dogmatique, périmées ; émergence d'une ''passion commune'' qu'il existe une ''unité physique'' ou organique des êtres et qu'ils en sont (tous) '' les vivantes et actives parcelles ''( p.32)

Or, presque un siècle après, la situation est bien éloignée de cette vision optimiste.
L'unification du monde se fait concrètement et essentiellement, non par les idées et les valeurs, mais en quelque sorte organiquement, par la prévalence brutale du système économique capitaliste et soi-disant libéral dominé par les grandes entreprises, elles-mêmes appuyées par leurs gouvernements nationaux, sans trop d'égards pour les conditions de vie des peuples. Il est vrai que, pour tenter néanmoins d'améliorer celles-ci, ne serait-ce que pour stimuler la consommation et rendre possible la démocratie par l'élection, condition de respectabilité internationale, les Etats ainsi rendus infirmes tentent ce qu'ils peuvent pour sauvegarder les intérêts et parfois les valeurs de leurs peuples, de leurs nations. Les grandes institutions internationales, elles, sont réduites au bavardage.

Le débat sur le sens de la vie et sur les valeurs communes qui pourraient l'inspirer est, sinon réduit au silence – des voix contestataires subsistent – du moins relégué dans le pur discours. On est loin de la Noosphère. Même si des signaux existent qu'il faudra parvenir à s'affranchir de l'état actuel, on n'en voit actuellement ni une vraie volonté organisée, ni à vrai dire à court terme les moyens. Sauf en cas de grande catastrophe naturelle ou pandémie intense, et encore, on pourrait même douter à certains moments ou dans certains lieux de la réalité d'une conscience collective.

Dans ce contexte, que proposent ''les philosophes grand public '' pour donner un sens à la vie ? en fait à la vie privée exclusivement, en acceptant les contraintes issues des structures socio-économiques; cette acceptation elle-même supposant une certaine aisance matérielle, donc une complicité de fait avec le système . J'en citerai deux :
- A la question du sens André Comte-Sponville répond par le ''gai
désespoir'' des stoïciens. Mais cette position peut-elle rester tenable sincèrement dans les situations extrêmes ?
-Luc Ferry, lui , nous dit : ''l'humanité avancée d'aujourd'hui est celle du rejet de toutes les transcendances, des valeurs collectives '' qui fondaient le lien social entre les hommes jusqu'au 18ème siècle. Il ne reste, comme seul but de vie acceptable pour justifier un éventuel engagement social, que l'amour des enfants. N'est-ce pas de l'anti-Teilhard?
Au mieux il ne resterait donc qu'à considérer ce dernier une fois de plus comme un prophète et, si on partage sa vision au moins à long terme, à rejoindre cette minorité, on n'ose pas dire ce milieu, d'anciens et de nouveaux croyants qu'il attend, quelle que soit leur affiliation.. Mais n'oublions pas les conditions qu'il met à l'avènement d'une Anthropogénèse authentique, qui pour lui ne peut être qu'une Christogénèse (p. 34-35) : pureté, foi, fidélité, telles qu'elles sont présentées dans ''le Milieu Divin''. C'est en réalité le quatrième chemin proposé par le chapitre suivant : ''La grande option''

Lundi 22 Novembre 2010 18:58