Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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A propos du chapitre ( I ) : L'avenir de l'homme vu par un paléontologiste,

Teilhard dit : ''Pour avancer, toutes les directions ne sont pas bonnes. Une seule fait monter, celle qui, par plus d'organisation mène à plus de synthèse et d'unité... Notre espérance ne sera opérante que si elle s'exprime en plus de cohésion et plus de solidarité humaine : point acquis et prouvé par le verdict du Passé''' ( p.99)

Mais l'organisation n'est pas tout. ''Unification de coercition'' (p.97), elle ne fait qu'instituer des règles de fonctionnement qui, prises seules, sont nécessairement compulsives, froides et contraignantes. Pour permettre durablement la vie, encore faut-il que cete organisation soit animée par une éthique, un esprit commun (p.98).
Exemple pour ceux qui se souviennent de l'ancienne URSS et de ses satellites : le COMECOM n'était pas l' Union Européenne, même pas l'OCDE avec toutes leurs faiblesses, il s'est effondré dès la chute du tuteur. C'est ce qui est dit au chapitre '' la croisée des chemins'' (p.97) à propos de la ''compulsion'' exercée par un groupe humain plus fort : '' l'unification de coercition ne garantit pas l'unification''.

Puis, comme s'il réfléchissait à voix haute, Teilhard poursuit dans '' l'Option '' ( ch X ) sa recherche d'un principe de rapprochement, d'une ''âme de la terre'' (p.99 ).
A son avis, ni la Science ni l'Action ne peuvent jouer à titre principal ce rôle de catalyseur. ''C'est d'un cœur- à-coeur dont nous avons besoin ( p.99 )''.

Malgré sa volonté de neutralité, ''il croit apercevoir'' que le principe générateur de l'unification de l'Humanité est à chercher dans l'attrait commun exercé par un même QUELQU'UN qui fonde cet amour mutuel commun.
Et poussé par la dialectique de sa pensée, il n'hésite pas à dire en conclusion : '' Je me sens persuadé que ce gigantesque développement ( de la Vie ) n'atteindra son terme qu'en se christanisant...''

Bien sûr, l'évocation du Christ entraîne pour les chrétiens celle de l'Incarnation, c'est à dire de notre incapacité à nous sauver seuls, et de la Croix....

- A propos du chapitre ( II ):Sur les bases possibles d'un crédo humain ( P.101 ) :
Une erreur d'interprétation de Teilhard, ou une anticipation prophétique?

En 1941,Teilhard interprète la nature de la crise de l'époque- affrontement de domination entre deux totalitarismes politico-militaires – comme un conflit psychique entre ''serviteurs du ciel'' et ''serviteurs de la terre'' au sens de la page 102, auquel il faisait le crédit , semble-t-il?, de pouvoir évoluer en se composant dans ''un ordre nouveau ascensionnel (p.91 et 103)
La réalité des évènements ultérieurs a montré que le conflit de l'époque a rapidement évolué en conflit de puissance entre d'une part l'univers soviétique et ses principes collectivistes, d'autre part l'univers libéral-capitaliste, qui s'est terminé en fait en 1990 par la victoire du second. Mais une opposition – qui, n'a jamais été politico-militaire faute, si l'on peut dire, de force organisée dans le camp épars des serviteurs de Dieu, une tension, subsiste plus que jamais entre capital – libéralisme-productiviste et matérialiste-quasi omnipotent en fait – et celui des simples serviteurs des hommes qui ne se résignent pas à cette domination et rêvent d'une société intermédiaire humaniste et personnaliste. Pour Teilhard cette aspiration serait fondée sur l'idée dûment réalisée qu'il se produit en nous une ''montée continuelle de conscience – marée montante de noogénèse'' (p.103).

Pourtant le problème reste de transformer ce rêve en réalité : Fidèle à son interprétation de l'Histoire longue, Teilhard fonde son espérance sur un phénomène – non prouvé- organico biologique : la concentration graduelle des éléments physico – chimiques de l'univers en noyaux de plus en plus compliqués, s'accompagnant d'une ''forme de plus en plus avancée de spontanéité et de psyché''.( p.103 ).
Le résultat – à quel terme? - de cette conception ''organique'' étant de rapprocher et faire converger ''automatiquement '' (sic p.104) les deux formes antagonistes d'adoration seules désormaiis en lice : non plus serviteurs du ciel contre serviteurs de la terre, mais serviteurs des valeurs d'amour et de pauvreté d'esprit d'une part, serviteurs du surhomme entièrement donné à la matière d'autre part.
Cette convergence automatique, cette ''génèse cosmique d'un Esprit collectif '' de l'humanité s'accompagnant d'une ''transformation mystique'' est-t-elle possible? Ou encore : pour accomplir son destin d'être surspiritualisé en Dieu, l'humanité peut-elle grandir ''naturellement '' en ''conformité avec le système entier de l'évolution''? Cette ''incorporation radicale des valeurs terrestres dans les notions d'omnipotence divine, de détachement et de charité'' (p105) est-elle réaliste et même concevable?

C'est là que la théologie chrétienne, plus sensible à la puissance du mal, et croyant explicitement en un Dieu transcendant et personnel, fait intervenir la médiation du Christ – sa vie, sa mort, sa résurrection. L'Apocalypse, certes allégorique et marquée par le contexte historique, parle plutôt de combat que de convergence, le triomphe final du Christ et de l'Amour de Dieu étant décrits plutôt comme eschatologiques.

Bref, convergence Teilhardienne, évolution spirituelle de l'univers, ou radicalisme messianique de l'Apocalypse? Foi au progrès divinisé ou foi métaphysique et religieuse traditionnelle? Toujours est-il que '' l'acte spécifiquement nouveau correspondant à un âge nouveau de la terre'', (p.106) reste du domaine de l'hypothèse ou de l'attente; et que Teilhard reste un prophète.



Jeudi 3 Février 2011 19:44