Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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TEILHARD - L'AVENIR DE L'HOMME p. 128 à 175.

Conférence à l'Ambassade de France à PEKIN- Mars 1945
-UN GRAND EVENEMENT QUI SE DESSINE : LA PLANETISATION HUMAINE;
Pékin, décembre 1945, paru dans cahiers du Monde Nouveau, août-septembre 1946.



Ambassade de France à Pékin, mars 1945. La guerre, désormais mondiale et étendue au Pacifique, fait encore rage. Qu'offrir de nourrissant à la brillante société diplomatique isolée dans ce coin du monde, dans une Chine dominée dont l'avenir est plus ou moins incertain mais nécessairement impliquée dans l'entrée de cette zone Pacifique dans l'orbite des nations industrialisées ? Alors on invite le jésuite TEILHARD pour parler de l'avenir. Non pas proche, mais d'un avenir à terme non précisé, fondé sur la perspective dite scientifique – laïcité oblige- d'une unification organique- physico-biologique- de l'Humanité et de ses conséquences sur son sort final.

Pour nous qui lisons ce texte aujourd'hui, rien de vraiment nouveau par rapport au ''Phénomène Humain'', sauf la conclusion. Résumons seulement, dans le vocabulaire teilhardien, les points clés de l'exposé.

1- Prise de conscience de l'immensité de l'Univers, du rôle des étoiles comme lieux d'élaboration des atomes et mères des planètes; paradoxe de celles-ci, à la naissance aléatoire, dont celle de la Terre; au moins sur celle-ci, génèse des grosses particules, apparition de la complexité, de la vie, de la conscience, de l'Homme.
Homme non pas arrivé à un état définitif (?), mais progressivement de plus en plus impliqué dans une collectivisation, dans une montée irrésistible de l'Autre autour de soi; ''prise en masse'' de l'Humanité sur elle-même, suprême forme du travail pluri-millénaire de molécularisation de l'Infini vers un super-complexe organico-social fermé sur lui-même; cerveau des cerveaux, de plus en plus conscient de sa personnalité. Pourquoi pas ?

Ainsi, de l'infiniment simple au supérieurement compliqué avec ses conséquences sociales, rien encore pour nous de vraiment nouveau. Mais la suite ?
La montée, dans cette super-conscience collective de la noosphère, d'un grand souffle de sur-évolution, se manifeste d'abord, peut-être pour la première fois, dans le choc de blocs humains de la guerre mondialisée. Mais après, en avant ? On entre dans la conjecture.
Sous réserve de l'ouverture à l'Esprit d'Evolution, à l'Esprit de Nouveau, au goût et à la joie de vivre apportés ou permis par l'énergie nouvelle émise ''organiquement'' par cette prise en masse, peut-il naître un ''surcroit d'élan'' ? On peut l'IMAGINER, dit Teilhard. Mais il faut encore que ce soit, non par coercition, non par matérialisation totalitaire asservissant à la tâche commune sous l'influence des seuls déterminismes sociaux; mais au contraire, sur un plan supérieur, par sympathie ''naturelle'' sous l'effet de l'étreinte planétaire, par éveil d'une solidarité, disons le mot : d'un amour universel, autre nom de l'esprit d'évolution. Simultanément, puisqu'il ne peut y avoir d'amour total que dans du personnel, montée sur notre horizon intérieur du Centre cosmico-psychique, Dieu.
Si on admet cette conjecture, comment imaginer la fin de cette Terre – par ailleurs physiquement inéluctable ? Comment imaginer une fin qui sauve le meilleur de cette vie ensemble ? Non plus la mort pure et simple, retour dans le Néant,mais montée définitive vers ce centre divin de convergence que Teilhard appelle cette fois Oméga; détachement de la masse assouvissante de l'énergie primordiale pour rejoindre l'essence universelle des choses dans l'extase. Et ainsi, réconciliation des deux courants les plus fondamentaux de la conscience humaine : celui de la science, de l'intelligence, et celui de la religion, dit Teilhard. Je dirais plutôt de la spiritualité ou de la mystique.
Ainsi, une fois de plus dans ce livre, la physique et la biologie s'ouvrent sur la métaphysique et même sur l'eschatologie.
Plus concrètement peut-être, dans les ''cahiers du Monde Nouveau'' qui suit, écrit à Pékin quelques mois après la conférence précédente, Teilhard complète sa pensée sur le plan de la Morale par un avertissement solennel.
Constatant en elle-même cet arrangement planétaire de la Masse et de l'Energie, planétarisation, sous l'étreinte croissante des déterminismes sociaux, l'Humanité réfléchit sur elle-même.
Dans une première phase ou première attitude chaque élément s'isole et tend à ne plus vivre que pour soi-même : risque de pulvérisation du phylum humain. Deuxième phase, ou deuxième attitude : sous l'influence de l'Esprit d'Evolution refoulant l'esprit d'égoïsme et corrigeant ainsi ce que véhiculent de vitalement toxique les forces de collectivisation, chance de résurgence de l'esprit phylétique.
La collectivisation de la terre s'avère alors instrument, non seulement de surhominisation cérébrale, mais de complète personnalisation; deuxième hominisation?
A ce rendez-vous avec l'esprit d'évolution Teilhard voit surgir un nouveau type d'homme chevauchant la mosaïque actuelle des compartiments éthiques, politiques, religieux etc...:
L' ''Homoprogressivus'', pour qui l'avenir terrestre compte plus que le présent et attiré vers ses semblables par un mystérieux sens de l'Avenir, ''quelque soit le pays, le credo ou le niveau social de celui que j'aborde ainsi''. Dès lors, un peu bizarrement, Teilhard tend à admettre qu'une ségrégation radicale serait en train de se produire au sein de la masse humaine : un total et peut-être définitif clivage de l'Humanité, non plus sur le plan de la richesse mais sur la foi au progrès. Deux camps :
Ceux qui voient le monde comme un demeure confortable ou à rendre telle pour eux-mêmes; c'est ''l'esprit bourgeois'', qualifié de déchet; et ceux, ''visionnaires de la terre'', qui l'imaginent et la vivent comme organisme de progrès.
Ceux-là, ''sans violence ni haine mais par pur effet de dominance biologique seraient demain le genre humain''.
Faut-il se rallier à cette thèse aux accents d'Internationale ? Ou penser plutôt que c'est à l'intérieur de chacun d'entre nous que passe effectivement ce clivage entre l'esprit d'Egoïsme et l'Homoprogressivus. Ecartèlement toujours présent, dont seul le Foyer supérieur de convervence, Oméga ou, en franchissant le pas de la foi, seul le Christ pourrait définitivement nous sauver ?
Néanmoins il est frappant de trouver de plus en plus souvent, sous la plume d'observateurs qualifiés de la vie sociale, l'hypothèse d'une évolution de l'ensemble de l'humanité dans le sens général évoqué et attendu par Teilhard. Esprits aussi différents que Joël de Rosnay et Jacques Attali dans sa récente ''Brève histoire de l'avenir''.
J'en cite deux autres moins connus :
Gabriel MARC, ex-président du CCFD,écrit : ''Pour l'instant,la dominante est l'individualisme qui dissocie des autres. Rien ne prouve que l'étouffement, la solitude à quoi cela conduit seront indéfiniment supportables (et supportés). Il est probable qu'ils se muent un jour en service d'autrui, de la collectivité, ce qui pourrait amorcer une autre civilisation.''
De son côté, Claude DAGENS, évêque d'Angers, auteur de pusieurs livres à diffusion nationale aux catholiques de France, ajoute : ''Nous ne devons pas nous plaindre si les évènements actuels...sont révélateurs et nous ouvrent aux perspectives d'un Monde en état de métamorphose''
Donc, comme l'écrivait déjà Teilhard en 1919 : ''devant nous la voie est libre''...
Objection : risque de ''pensée unique''? Plutôt '' coeur unique''! Est-ce possible en ce Monde ?


Vendredi 3 Juin 2011 20:35