Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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L'AVENIR DE L'HOMME, chapitre 5 (Editions du Seuil)


1-LE CONE DU TEMPS
2-LA TRANSPOSITION CONIQUE DE L'ACTION




A la première lecture de ce chapitre, j'ai buté d'abord sur le sens, ou plutôt sur le fondement logique, des propositions avancées p.112 à 117 et sur leurs conséquences.

PREMIERE PARTIE : LE CONE DU TEMPS
p. 112-113 : ...''si bien que le Temps, réagissant sur l'Espace et l'incorporant à soi, l'un et l'autre ne forment plus qu'un seul écoulement solide dans lequel l'Espace représente la section instantanée d'un flux dont la profondeur et le liant sont donnés par le Temps.''

– p. 113 : …'' nous sommes en train de nous éveiller à un monde où le Néo-temps, organisant et dynamisant l'Espace, vient imposer à nos connaissances une structure nouvelle...''

– p. 114 – 115 : '' (l'Evolution ayant tué l'anthropocentrisme) , l'Homme pourrait se croire définitivement submergé et nivelé par le flot temporel que son intelligence avait réussi à déceler. L'Evolution, disait-on, a bel et bien englouti l'Homme puisque? nous en avons acquis la preuve, elle s'élève jusqu'à lui. Or c'est justement l'inverse qui tend à se produire : loin d'être absorbé par l'Evolution, l'Homme, au contraire, est en train de transformer à sa mesure l'idée que nous nous faisons de l'Evolution.''

– p.116:( Donc),''Pourquoi ne pas ouvrir dans notre physique une place à l'axe organique du Temps ? Suivant cet axe, dans le sens descendant de l'Entropie, la Matière se dénoue et l'Energie se neutralise.''
( Dans l'autre sens) la Matière, atteignant progressivement en complexité des valeurs astronomiques, se centre sur elle-même et s'anime du même coup ''

C'est donc par un cône que nous pouvons le mieux nous représenter l'Espace-Temps...''
'(Dès lors), pourquoi ne pas définir la Vie comme une propriété spécifique de l'Etoffe de l'univers portée jusqu'à la région des grands complexes ?...
Pourquoi ne pas définir le Temps lui-même par la montée de l'univers vers les hautes latitudes où croissent simultanément et corrélativement la complexité, la concentration, la centration, et la conscience ?... cosmogénèse sous forme de Noogénèse... un monde qui naît et non un monde qui est...''

– p.117 ... ''( Pour s'ajuster à l'Homme)'', pour contenir et propager, la Noogénèse...,l'Espace-Temps ne peut avoir qu'une forme satisfaisante : prise dans sa courbure particulière, les nappes de la Matière se resserrent et convergent en Pensée, par synthèse. ''

QUESTION : Qu'est-ce qui valide cette hypothèse de courbure, de convergence, de structure organique cônique? Ou n'est-ce qu'une image poétique ?

SECONDE PARTIE : LA TRANSPOSITION CÔNIQUE DE L'ACTION

– p.118 '' Avoir reconnu que l'Espace-Temps est de nature convergente, c'est équivalemment admettre que la Pensée sur terre n'a pas encore atteint le terme de son évolution...Transportée dans le cône du Temps, l'Humanité se prolonge, va se fermer collectivement sur soi dans la direction de quelque sur-humanité''.
Suit la description de quelques phases de cette Evolution
– p.119-120 : ''le désordre de la Morale cesse , en droit, dès lors que au-dessus et en avant de chaque personne humaine, couronnant le cône de Temps, se découvre la réalité spirituelle de l'Humanité...''( Pourquoi ''spirituelle''?) '' Ce but, (cet aboutissement) est une cime à làquelle nous n'accèderons qu'en nous serrant les uns contre les autres, à tous les degrés...''Le Mal n'est plus le Mal.''

- p. 121 ''L'Univers s'échappe, c'est à dire s'ouvre tout grand aux puissances d'aimer... le milieu s'établit où, d'un grain de pensée, une affinité de fond peut jaillir et grandir... rendant possible une attraction universelle des âmes'', (attraction) même inévitable dans la courbure'' (toujours elle), propre à un monde capable de Noogénèse ''
Vision généreuse légitimée par cette hypothèse de ''courbure'', sous réserve de sa vérité organique
– ''En vertu de la convergence des lignes cosmiques'' (toujours elle), nous devons conjecturer l'existence d'un foyer supérieur de conscience en avant de nous au terme de l'Evolution.'' (il est bien écrit ''conjecturer'')
''Ce sommet de cône ne peut-être qu'ultra-conscient, ultra-personnel, ultra-actuel''. Cette ''cîme à la flèche du temps s'achève logiquement dans une attitude de don et d'adoration''
Ceci comble ou peut combler les plus hautes aspirations de notre métaphysique ou bien plutôt de notre mystique.
Mais on est loin de la Physique, même si Teilhard conclut plus loin au ''primat physique du Christ''

Apparaît logiquement dans la section II de cette seconde partie ''le renouveau chrétien'' (p.122)
A lire mot à mot par ceux qui se sentent prêts :
– p.123 - premièrement, à cette justification inattendue de la personne du Christ, de la fonction christologique sommet d'un univers à structure cônique. Mais où est la Révélation selon la Bible?
– p.124 - deuxièmement à cette réhabilitation de la charité chrétienne dans une superbe apologie très actuelle (p.125) ,charité vue non plus seulement comme mouvement spirituel mais comme seule attitude collective logique et possible EN RAISON dans un univers de structure convergente. Retour à la prémisse. Mais où sont les Béatitudes de l'Evangile? Et le conflit prophétisé avec l'esprit du Monde?

Bref- les préliminaires, les prémisses de Teilhard qu'il voit comme étant de l'ordre de la physique, l'autorisent-t-elles vraiment à affirmer en raison : ''la Croix y devient le symbole, la voix et la geste du progrès''?

Toujours est-il que, en conclusion (p.126), Teilhard peut affirmer tranquillement :
'' Ils savent (ceux qui surgissent, ceux qui peuvent encore passer pour des isolés) que demain c'est le Monde entier qui pensera ainsi'' : Début d'une ''ère nouvelle'', de temps nouveaux.
En tous cas il en est, d'avance et ça donne envie de le suivre.


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Mercredi 2 Mars 2011 12:27