Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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L'AVENIR DE L'HOMME, éditions du Seuil
(Annule et remplace ma contribution du 11 novembre)



1 –En préambule, Teilhard confirme sa vision d'une humanité convergeant, après une molécularisation – conscientisation de la Vie (Biosphère, Cosmogénèse) et dans le même élan, dans une unanimisation – totalisation affective et spirituelle (Noosphère ou Sociogénèse), par besoin d'amour comme seul lien authentique et non-contraignant vers l'ultra humain.
Mais cet amour interpersonnel peut-il procéder d'une sorte d'élan organique interne (« tension psychique » ou « montée de conscience » ou « goût de vivre ensemble » émanant on ne sait d'où) ou ne peut-il émaner que d'une Personne, de Quelqu'un ? (p.360 à 364)

2 - En réponse à cette question, Teilhard quitte le terrain scientifique. Il trouve pour la première fois explicitement dans ce livre, une réponse définitive dans sa foi chrétienne (p.396) : « L’Affaire Unique du Monde, c’est l’incorporation des fidèles en Christ, qui est à Dieu. » A l’origine des développements de l’Univers, « il fallait une opération d’ordre transcendant qui grefferait la personne d’un Dieu sur le Cosmos-humain. …. Ce fut l’Incarnation, restauration-rénovation de toutes les forces et puissances de l’Univers. »

« Alors quand approchera la fin des temps (p.402) , une pression spirituelle effrayante s’exercera sur les limites du Réel sous l’effort des âmes tendues dans le désir de s’évader de la Terre ! Ce sera la Parousie : action unique d’assimilation et de synthèse qui se poursuivait depuis l’origine des temps; le Christ universel jaillira comme un éclair! Il n’y a pas à nous creuser la tête pour savoir comment l’énormité de l’Univers pourra s’évanouir. Mais ainsi se trouvera constitué le complexe organique « Dieu et le Monde », le Plérôme : « Erit in omnibus omnia Deus » (Dieu sera tout en tous)

Reste l’inconnu de l’option finale, acte totalement humain : « le oui ou le non proféré individuellement en face de Dieu …. en vertu duquel les monades se précipiteront à la place que l’implacabilité de l’Histoire leur destinera (sic) : achèvement sans limite d’une éternelle communion ou affres conscientes d’une interminable décomposition (p.401-402) Mystère redoutable.

3 – Comment alors ne pas rapprocher cette vision de ce que le Christ incarné cette fois dans la personne physique de Jésus, annonce par l’Evangile à ses disciples – et à nous – au sujet de la fin des temps (Luc 20) : « Ce seront des jours de châtiment où tout ce qui a été écrit devra s’accomplir. Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, les puissances des cieux seront ébranlées. Et alors on verra le Fils de l’homme venir dans une nuée avec puissance et grande gloire.Veillez donc et priez en tout temps afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver et de paraître avec assurance devant le Fils de l’homme. Ce que je dis à vous , je le dis à tous ».
Donc : deux versions d'un même événement inconnu mais inévitable. Chacun de nous peut accueillir l'une et l'autre dans le silence de son intériorité.

4 – Parallélement à cette démarche intime, quoique inévitablement liée à elle, il me semble que nous pouvons trouver chez Teilhard un sens à notre agir personnel au le jour le jour et aussi un sens collectif à notre engagement dans ce groupe de réflexion, dépassant le plaisir de l'académisme et de la simple rencontre . Ecoutons ce qu'il nous a dit dans le chapitre 17 à 21 : « Plus nous nous mettons à croire à cette super organisation possible du monde, plus nous découvrons que nous avons raison d'y croire, et plus nous sommes nombreux qui y croyons. » (p.332)
Croire à quoi ? « A l'heure des Temps qui vient de sonner, nous ne pouvons plus continuer à exister (à agir) à moins de décider sur le champ auquel des deux esprits nous appartenons : à l'esprit de défiance ou a l'esprit de confiance en l'organisation humaine. (p.332)....Nous ne pouvons nous en remettre passivement au jeu statistique des évènements. Il faut nous engager dans le jeu où nous nous trouvons mêlés (est ce un hasard si c'est cet engagement à quoi Benois XVI a exhorté aujourd'hui la communauté chrétienne ? ) « La Vie n'attend pas (p.333) ….. l'Humanité prise sous sa forme actuelle ne peut être scientifiquement regardée (toujours cette volonté de rester scientifique) que comme un organisme n'ayant pas encore dépassé la condition de simple embryon » (p.364)

Ce n'est donc pas le moment de s'arrêter.
Ceci étant , est il plus facile de « croire à une organisation » que de croire à « Quelqu'un » ?

Jeudi 8 Décembre 2011 12:07