Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Editorial communiqué par Marcel COMBY


Deux grandes figures de la pensée moderne


            Trinh Xuan Thuan et François Cheng

Trinh Xuan Thuan
Il naquit à Hanoï (Vietnam) en 1948 et fit ses études supérieures en Suisse, en France et aux États-Unis. Il exerça dès 1976 la fonction de professeur d’astrophysique à l’Université de Virginie. C’est lui qui, en 2004, découvrit la galaxie : Zwicky 18. En 2011, il publia son livre : Le cosmos et le lotus.
Pour ce scientifique éduqué dans le monde culturel du yin et du yang, le vide et l’Univers, le zéro et l’infini, tout est lié. Le vide est la matrice de tout, ce qui rejoint la science moderne pour qui le vide est rempli d’énergie, ce qui a donné lieu à la naissance de l’Univers. Le vide n’est pas le néant qui est un concept occidental. Quelque chose règle l’Univers dès le début ; selon moi, ce n’est pas un dieu personnifié, mais un principe créateur. Ce réglage cosmique fait intervenir une quinzaine de constantes physiques, comme la vitesse de la lumière, la charge des électrons, l’intensité de la force gravitationnelle, etc. Si ces constantes n’avaient été ce qu’elles sont, on n’aurait pu avoir tous les processus de fusion nucléaire des éléments lourds, mais seulement de l’hydrogène et de l’hélium. Sans les éléments lourds, la complexité n’aurait pu se construire et il n’y aurait pas eu de vie, ni d’ADN. Jusqu’à présent, nous sommes la seule forme consciente de l’Univers ; c’est pourquoi nous portons la responsabilité de lui donner un sens.
La recherche spirituelle m’anime ; la science est neutre et peut produire indifféremment du bien et du mal ; elle n’a de code moral. La spiritualité m’est nécessaire pour me dire comment agir en société, comment me comporter avec les autres, comment agir et penser juste. L’écart entre la spiritualité et la science est beaucoup plus grand en France qu’aux États-Unis ou en Angleterre en raison de notre culture laïque. La notion de vide se retrouve dans le cadre de la méditation qui n’est pas un blocage radical de la pensée, mais une canalisation harmonieuse de nos turbulences cérébrales qui peuvent être un poison pour l’esprit. Tout est interdépendant : quand je vois une table, je pense à l’arbre d’où il provient, à la pluie, au soleil, à la terre qui a nourrit cet arbre, au menuisier qui l’a conçu, au boulanger qui a nourri le menuisier, à la mère qui a porté le bébé, et ainsi de suite.
Nous sommes des poussières d’étoiles. En effet, tous les atomes de notre corps procèdent de métamorphoses physico-chimiques qui se sont manifestés au sein des étoiles. Nous partageons tous la même géologie cosmique ; nous sommes frères des bêtes sauvages et les cousins des coquelicots des champs.

François Cheng
François Cheng, né le 30 août 1929 à Nanchang dans la province du Jiangxi, est un écrivain, poète et calligraphe chinois naturalisé français en 1971.
Depuis longtemps, il s’interroge sur la question de l’âme et en parle dans ses essais et ses poèmes. Notre société moderne ne parle plus volontiers de paysage intime, de l’espace du dedans, de jardin secret. La psychanalyse parle de centre d’identité, de moi, de surmoi, de l’inconscient. Toutes ces formules décrivent la complexité de notre univers mental, mais ne se réfèrent pas à une entité de base qui fait notre unité fondamentale : l’âme.
Jusqu’à un certain degré, on peut la cerner. L’âme est cette entité qui anime notre corps par son vouloir vivre et son désir d’être. L’âme est capable d’animer le corps, parce qu’elle est reliée au principe de vie qu’est le souffle vital, lequel anime l’univers vivant depuis l’origine. En latin, le mot « âme » dérive d’anima, qui désigne justement le souffle. Le plus remarquable est que cette conception est partagée par toutes les grandes traditions spirituelles. La pensée chinoise chi, la pensée indienne aum, les grecs pneuma, le judaïsme ruha, l’islam ruh. Dans le christianisme on parle du verbe.
L’âme est en nous dès avant notre naissance et nous accompagne jusqu’au terme de notre existence terrestre. Elle est la marque de l’unicité de chacun. L’âme est le terreau des désirs, de la mémoire vécue et de l’intelligence du cœur. L’esprit est le comment des choses tandis que l’âme est notre part la plus intime, la plus secrète, la plus irremplaçable. En l’âme humaine, il y a une essence divine. Depuis le siècle des Lumières, on exalte essentiellement les pouvoirs de l’esprit et l’âme devient secondaire. L’homme est alors amputé d’une réalité irremplaçable et essentielle. L’esprit raisonne tandis que l’âme résonne ; elle régente le domaine des sentiments et de la sensibilité, le ressenti des émotions, des affects, de l’amour sous toutes ses formes, de la création artistique dans sa diversité, de la communion intuitive avec la transcendance. L’esprit se meut alors que l’âme s’émeut ; l’esprit communique alors que l’âme communie.
Esprit et âme ne sont pas du même ordre. L’âme demeure entière et irréductible alors que l’esprit peut connaître des déficiences et même un effondrement. L’essence de la dignité humaine, c’est son âme ; face à la mort, il existe encore la communion avec l’autre qui n’est plus de l’ordre de la raison.
Contrairement aux animaux et aux végétaux, l’homme cherchera toujours à se dépasser malgré la souffrance et la mort, à se transcender s’il le désire vraiment. C’est l’épreuve d’ailleurs qui conduit l’homme à Dieu. Il n’y a qu’une seule aventure dans l’univers, c’est l’aventure de la vie, et nous en faisons partie.
 

Vendredi 9 Décembre 2016 10:48


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