Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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L’analyse de la vie (Teilhard page 137)

Contrairement à ce que je trouve d’habitude chez Teilhard, le texte qui nous est proposé n’emporte pas tout à fait mon assentiment. Je relève en particulier deux phrases un peu surprenantes pour moi :
L’être vivant, aussitôt que l’on essaie de le regarder au microscope, ou de le soumettre aux instruments de mesure, ce même être vivant ne laisse plus apercevoir, jusque dans son tréfonds, qu’une pyramide de hasards associés …
Aux yeux du biologiste moderne, l’orthogenèse des groupes vivants tend à se résoudre en un jeu fortuit de rencontres chromosomiques …
Dans ces deux extraits, puis dans la suite des paragraphes jusqu’à la page 146 il offre ainsi une très grande part au hasard, celui-ci étant impulsé par une énergie spirituelle aux contours indistincts pour moi. Il dit aussi que, à descendre par l’analyse dans le mystère de la vie on finit par la rendre impalpable comme un arc-en-ciel saisi entre les doigts.
Je trouve que ces deux visions, hasard et immatérialité de la vie ont un peu évoluées à notre époque. Je veux en voir la promesse dans les indications contenues, entre autre, dans deux ouvrages :
1 - "Le programme homme" de Pierre Rabischong (PUF). Il est ancien doyen de la faculté de médecine de Montpellier, vice-président de l’académie mondiale des technologies biomédicales à l’UNESCO. Dans son ouvrage Rabischong fait deux remarques en opposition aux deux notions évoquées ci-dessus par Teilhard. D’abord à propos du hasard qui n’a plus, selon lui, toute l’importance envisagée par Darwin, puis plus tard par Georges Monod. (Lire page 52 du texte de Rabischong reproduit ci-après).
Ensuite cet auteur, reprenant l’analyse de la vie à bras le corps à partir de l’endroit où l’avait laissée les contemporains biologistes de Teilhard, au fur et à mesure qu’il descend dans celle-ci, il découvre, non pas l’impalpable, mais une complexité de plus en plus stupéfiante et merveilleuse. Elle est si complexe et extraordinaire qu’il semble inimaginable qu’elle puisse être le résultat de hasards aussi nombreux et infiniment répétés aux cours des temps, fussent-il composés de milliards d’années et d’espaces infinis. Rabischong déclare en "programmiste" émerveillé qu’il existe un programmeur.
2 – Rémy Chauvin, lui aussi, à travers toute son œuvre proclame, évitant de parler de l’énergie comme un autre Carnot, que la physique n’est plus une machine de guerre lancée contre la religion (ce que dit d’ailleurs aussi volontiers Teilhard) mais que Dieu s’avance à nouveau. L’univers ressemble plus à une grande pensée qu’à une grande machine.
On pourrait également évoquer Raymond Ruyer - "La gnose de Princeton" - . Il parle dans cet ouvrage de source cosmique confectionnant des "thèmes programme" par dessus le hasard dans un langage commun à toute la création.
Dans notre texte d’étude on pourrait presque dire que Teilhard se présente vis-à-vis des auteurs que je viens de citer comme un théologien laïc. Il parle de débit d’énergie, de servomoteurs, de polarisation, de commutateurs, d’amplificateurs, citant tous ces termes, je pense comme des images, plutôt que comme de vrais outils de technologie appliquée. Je ne suis pas certain que cela consolide son raisonnement.
Faut-il en conclure que Teilhard n’est plus tout à fait accordé à notre époque pour penser l’avenir de la science ou bien est-il encore éminemment utile pour éclairer les articulations de l’avenir pour les futurs théocentristes modernes ? Son angle de vue doit sans doute rester comme un état d’esprit, un chemin lumineux pour les chercheurs à venir. Notre travail, à travers son œuvre, est peut-être d’en éclairer les articulations.


52 LE PROGRAMME HOMME


Une dernière référence mérite d’être rapportée. Georges Salet, polytechnicien, a écrit en I 972, un livre qui aurait mérité une plus large diffusion Hasard et certitude. Il se place résolument en opposition avec Jacques Monod, auteur du célèbre Le Hasard et la nécessité. Georges Salet, après un exposé clair et précis des connaissances de son temps en matière de biologie et de génétique, où il fait preuve d’une immense culture, exécute une brillante démonstration de statisticien, à partir d’un rappel de la loi unique du hasard ou loi de Borel : « Cette loi est extrêmement simple et d’une évidence intuitive bien qu’elle soit rationnellement indémontrable. » Georges Salet, d’une manière très didactique donne une autre possibilité de formulation de la loi de Borel : un évènement de probabilité suffisamment faible ne peut se réaliser plusieurs fois. » Ce qui, on peut l’imaginer, pourra s’appliquer à la production d’organes nouveaux, en même temps dans plusieurs espèces différentes conduisant aux phénomènes classiques d’homologie. Il définit des seuils d’impossibilité comme « la probabilité au dessous de laquelle il y a certitude qu’un événement aléatoire d’une nature donnée ne s’est jamais produit ou ne se produira pas ». Il définit un seuil biochimique terrestre qu’il résume dans le théorème suivant : « La réalisation sur la terre d’un événement supposé ou d’un ensemble d’événements supposés de nature chimique est impossible si la probabilité de réalisation de cet événement ou de cet ensemble d’événements en un seul essai est inférieure à 10 puissance moins 100. » A propos de la sélection naturelle, il émet un autre théorème : « La probabilité réelle d’apparition d’une nouvelle fonction est égale à la probabilité intrinsèque pour que l’ADN acquière le caractère qui correspond à cette nouvelle fonction » et de conclure « La sélection naturelle n’a pu favoriser en rien l’apparition d’une nouvelle fonction. » Il ajoute que « l’idée d’un ‘‘passage progressif” d’un système simple à un système plus complexe au cours d’une longue évolution n’est qu’un verbalisme qui ne résiste jamais à

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un examen objectif». Et encore : « Les mutations se produisant au hasard ne sauraient réaliser un enchaînement directeur de degré supérieur à 10. On doit donc conclure que le mécanisme mutation-sélection ne peut expliquer l’apparition d’organes nouveaux. » Il aborde aussi le problème de l’oeil en démontrant l’impossibilité d’un passage progressif d’un système à l’autre : « Un mécanisme quelconque ne peut fonctionner que lorsque toutes ses parties principales sont réunies et convenablement agencées entre elles », ce qui se rapproche beaucoup de la complexité irréductible de Behe. Abordant le problème du temps souvent invoqué pour expliquer l’apparition progressive de structures par variations minimes, il donne une image saisissante à propos de la chaîne bêta de l’hémoglobine du sang : « Ces acides aminés constituant les protéines appartenant à 20 types, le nombre de protéines distinctes de 146 monomères est de 20 puissance 146 = 10 puissance 190, 1 suivi de 190 zéros. Mettons dans un bocal un spécimen et un seul de chacune de ces protéines possibles, en tassant bien, on en fera entrer I0 milliards de milliards par cm3 de bocal. Si ce bocal était cubique, il faudrait que son arête ait une longueur égale à 10 milliards d’années-lumière. Ceci veut dire qu’en se déplaçant à la vitesse de la lumière, soit 300 000 km/s, il faudrait mille milliards de milliards de milliards de milliards d’années pour aller d’un bout à l’autre du bocal. » Et il ajoute : « Même en mobilisant toute la matière des centaines de milliards de galaxie qui peuplent l’Univers pour en faire des gènes et en réalisant, puis détruisant ceux-ci à la cadence fantastique de 10 puissance 14 à la seconde, il faudrait quelque 10 puissance 500 années pour réaliser tous les états possibles d’un seul gène d’importance moyenne, soit de 1 000 paires de nucléotides. » Il complète en disant : «Je pense que le darwinisme sous toutes ses formes n’est finalement qu’une martingale aussi illusoire que celle par lesquelles des joueurs impénitents espèrent s’assurer des revenus réguliers par les pratiques des jeux de pur hasard. »

Mardi 31 Mars 2009 13:05