Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Teilhard de Chardin
Tome X pages 49 à 57 - Comment je crois - Collection Point Sagesse Seuil


Les textes de Teilhard dans ce volume présentent les problèmes spirituels d'une façon un peu inhabituelle par rapport à la présentation usuelle qui fait le succès de l'auteur. Les questions y sont exposées non plus à partir des constats d'un scientifique évolutionniste, mais à partir d'éléments immatériels abordés d'ordinaire en second. Cette fois-ci "l’immatériel" comme la foi, les croyances, le péché, le mal, la grâce, l'incarnation sont au premier plan.
Faut-il donc maintenant, pour étudier Teilhard, chercher de cette façon et ré-envisager nos propres croyances, non plus à partir de nos certitudes raisonnées, mais à partir d'une foi émotionnelle et immatérielle ?

Pour nous tous ces émotions spirituelles se sont structurées au fil du temps en une arborescence de rites et de dogmes. Ces rites et ces dogmes ont formé des religions. Parallèlement des structures comparables sont aussi montées en théories politiques ou économiques plus ou moins athées.

Mais dans le domaine émotionnel, les structures sont en réalité peu stables et sujettes aux interprétations variables de chacun. Comme chacun de nous a besoin d'être relié aux autres et dans le même temps de se construire une structure personnelle destinée à palier les angoisses de la solitude, une fixation en dogme, religion, théorie politique ou économique devient ainsi quasiment obligatoire. Ces montages se transforment ainsi en ensembles de règles à caractère totalitaire, voire en dictatures avec toutes les violences qui y sont attachées et que l'on connaît malheureusement trop (les ermites sont rares et souvent dérangeants).

La voie habituelle de Teilhard, spiritualité construite sur l'évolution constatée de la conscience au cours de l'évolution, paraît plus sûre et montre un chemin qui va bien de l'émergence de la vie au point oméga.
Mais une question se pose : où en est la hiérarchie chrétienne sur ce point ? N'aurait-elle pas peur, en redéfinissant un catéchisme plus moderne, de démolir l'édifice des crédulités assemblées depuis des siècles ?
Il semblerait pourtant qu'une tentative de la sorte devrait être accomplie. Mais en même temps, parce que nous ne pouvons nous libérer entièrement de réflexes ataviques, il faut conserver, disons, des images, des croyances à caractères fétichistes, cousines des antiques superstitions. Dans le courant de ces réflexions les récits et théories présentés par la lecture chrétienne des croyances religieuses risquent de repasser au second plan, un plan assorti d'études historiques. Ainsi en serait-il de la théorie de la chute, du péché originel, du mal qui ne deviendrait plus automatiquement corrélé au bien.

Il échapperait cependant quelques thèmes à cette sorte de révision, par exemple la théorie de la présence réelle et de l'incarnation. Ces thèmes auraient juste besoin d'une présentation moderne plus approfondie collant mieux aux découvertes scientifiques.

D'autres notions auraient ainsi besoin d'être également réécrites : la vie éternelle, la résurrection, la communion des saints (solidarité existant entre les croyants ou tout au moins entre les hommes de bonne volonté).
Maintenant, avant d'essayer d'aborder ces questions que l'on qualifiera d'immatérielles, il faut évacuer la question du mal. Il n'est pas, à mon avis, « l'accompagnement fatal accolé à l'effort de progrès des créatures ». Ce qui est dangereux, c'est d'insuffler cette notion dans l'esprit des hommes comme si on leur injectait à tous quelque virus pernicieux dont chacun ipso facto devrait plus ou moins s'accommoder. D'ailleurs l'élévation de la conscience comme l'imagine Teilhard n'est pas une courbe pervertie par le mal. Cette élévation est, elle, inéluctable et universelle, seulement polluée ou accidentellement suspendue par des réactions nées de réflexes ataviques du fond des âges. Peut-être certains voudraient encore en discuter, mais ces accidents qui existent bien devraient rester périphériques quoique douloureux par rapport à la flèche centrale de l’évolution.

Examinons donc maintenant enfin ce que l'on peut dire des phénomènes spirituels qui semblent devoir subsister quoiqu'on dise et quoiqu'on fasse comme par exemple la prière, la mystique avec l'émotion esthétique, et quelques sentiments irrépressibles comme avoir parfois à formuler une action de grâce muette. Bref que dire de tout ce domaine immatériel que ne se construit pas forcément, mais qui s'éprouve avec tant de force ?
Dans ce domaine on raisonne peu, on écrit peu, on parle par paraphrases et paraboles pour dire des poèmes, pour composer le Cantique des Cantiques comme saint François d'Assise, pour rédiger le Milieu divin comme Teilhard, pour chanter comme Bach ou Mozart. En somme pour faire passer aux autres des émotions immatérielles qui embellissent ce qu'on appelle l'âme sans bien savoir de quoi il s'agit.
Pour moi, dussé-je m'en excuser auprès des mannes de Teilhard de Chardin ces lignes écrites en 1920 ne sont plus d'actualité. Elles ne sont plus en concordance avec le développement de la science. En outre elles posent un problème moderne inattendu : comment réintroduire dans l'évolution et les constructions scientifiques de l'affectif et de l'émotionnel sans régresser et sans être obligé de négliger les constructions cartésiennes. On voit bien aujourd'hui que c'est l'émotionnel qui a manqué dans la débauche d'innovations techniques qui nous sont proposées. Il faut désormais trouver le moyen de corréler les explosions du quotient intellectuel des peuples avec de la morale, de l'éthique et de l'amour.










Lundi 26 Mars 2012 12:54