Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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A propos des pages 139 à 152 du tome 10 de "Comment je crois" de Teilhard - Seuil pocket


Le texte de ces pages est très dense et très riche. Il mérite des commentaires et des développements qu'il semble impossible à contenir en quelques pages. Les thèmes abordés sont également suffisamment fondamentaux pour être à la base d'une réflexion sincère pour n'importe quelle religion et partant communs à toutes. On peut donc bien dire qu'ils pourraient-être un schéma de réflexion pour une religion panthéiste moderne. Elle est impossible à construire en peu de mots et ce serait probablement d'une grande prétention.
Peut être cependant peut on commencer à faire un inventaire de ses idées fortes. Cela reste encore assez prétentieux ou au moins contestable car chacun n'opérera pas nécessairement le même classement.
Voici donc un classement parmi d'autres sans doute possibles :

- Aspect collectif du phénomène religieux :
cet aspect collectif est certain et probablement conséquence de l'attitude que prend toujours l'individu pour se protéger au sein de la harde, de la tribu, du peuple. C'est le même réflexe atavique que l'on retrouve dans la fourmilière, la ruche, le ban de poisson, le troupeau. On se protège dans la masse, on mugit et on prie ensemble (mimétisme - René Girard) . Ce comportement est très fréquent car chacun nous appartenons chacun à des mosaïques génétiques très partagées.
Ces mosaïques sont évolutives et situées sur l'axe du goût de vivre intégré à la marche en avant de l'univers. Ce goût en lui-même paraît assez mystérieux et si la science en dévoile de plus en plus le mécanisme il semble inexpliqué dans l'incomplétude de sa découverte, laissant à tous niveaux une petite place pour un miracle possible. Ce miracle restant toujours un critère de vérité subordonné et secondaire. C'est sa venue inopinée dans l'ère de l'incomplétude qui provoque la surprise et lui confère son aspect d'émergence divine fortuite. Les interprétations peuvent en être multiples variant du suspect au sublime.

- Le foisonnement des religions est dû à l'insatisfaction des fidèles. Teilhard a certes raison de s'exprimer ainsi. Il en vient à évoquer un classement des types de croyances. Il sous-entend que la nouvelle religion universelle ne doit pas prendre un aspect rituel, dogmatique ou dicté. L'avenir est à une religion de l'évolution.

- Christ universel et incarnation :
ce sont ces deux valeurs qui permettent à Teilhard de parier sur la prééminence du christiamisme. Malheureusement il me semble qu'il ne s'explique pas assez ici sur leur contenu. Il ne dit pas en particulier :
- que les mots qui parlent du Christ doivent être dégagés du langage des catéchismes historiques dogmatiques. On sait bien pourtant qu'il croit que le Christ est universel c'es-à-dire qu'il participe à une vision humaine permettant de faire chaque jour ici ou ailleurs un pas de plus vers la foi. Et c'est ainsi qu'il s'incarne dans toutes les étapes de l'évolution depuis la matière jusqu'au vivant le plus achevé. Il est à chaque étape un modèle évoluteur. Teilhard dit clairement que le Christ universel est une synthèse du Christ et de l'univers. Pour bien comprendre il faut évidemment de débarrasser des contingences issues d'un catéchisme historique. Ce sont celles-ci qui empêchent à la notion de Christ Universel de prospérer.

- L'épilogue contenu dans les dernières pages du texte concerne le mal. Pour Teilhard le mal est encore un scandale inévitable et s'il existe c'est que nous sommes pour le moment incapables de voir Dieu et peut être même de correctement le nommer en raison du stade actuel d'avancement de l'évolution de l'humanité. Optimiste, il dit que le mal s'atténuera au cours de l'évolution.

Commentaire général : à propos d'une religion nouvelle de l'évolution.
L'erreur serait sans doute de la bâtir sur un schéma historique issu d'une catéchèse trop ancienne. Evolution, universalité, amour et incarnation voilà des démarches à proposer et à chanter.
Reste la liturgie, le sacré, le chant et la prière. Teilhard n'en parle pas dans ce chapitre. On ne peut pourtant pas ne pas les évoquer, car si la foi pour une nouvelle religion peut s'ancrer sur un raisonnement logique peut-être ne faut il pas exclure tout ce qui a si magnifiquement orné la religion catholique, c'est-à-dire l'approche de Dieu par une culture du sacré et de la liturgie, soit une connaissance "immédiate" non cartésienne et discursive des mystères parents de la mystique et de l'esthétique. C'est une vraie culture qui demande de l'effort et de l'inspiration, inspiration autrefois instinctive, mais dont il ne faut pas se déshabituer au prétexte qu'elle serait désuète et non d'une sûreté scientifique moderne voire laïque .
Nous n'y pouvons rien, une religion nouvelle doit être chantée pour atteindre les vertus civilisatrices du grandiose .


Nota bene : les termes en italique dans le texte sont des citations de Teilhard.



1- Nous qui sommes laïcs sommes automatiquement classés parmi les incroyants par les autres religions.
2- Aucune des grandes religions depuis l'antiquité n'a renoncé au grandiose.


Mercredi 13 Février 2013 12:18