Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Les 37 premières pages de ce tome sont une remarquable invite à la lecture de cet ouvrage. La question qui y est posée est de savoir si on peut découvrir comment se réalise ou se réalisera l’unanimisation humaine.

Va-t-on à travers la lecture découvrir des indications pour l’action ?
L’homme devant l’imagination de l’avenir a deux attitudes, selon Teilhard :

- Etre immobile, c'est-à-dire partisan du sens commun, de la routine, du moindre effort, du pessimisme et aussi jusqu’à un certain point, de la morale et de la religion.

- Etre une vigie, c’est à dire comprendre que l’Univers apparemment incohérent et figé revêt la figure d’un mouvement.

Il convient tout d’abord de dire que ces deux attitudes sont marquées par les difficultés que nous avons pour observer et apprécier les grands mouvements de la vie sur terre – la vie individuelle de chacun de nous est trop courte pour bien voir dans toute leur ampleur les grands mouvements de l’évolution.
Mais pour Teilhard, anthropologue et paléontologue, la réponse à la question : "l’Univers se développe-t-il encore ?", la réponse est sans hésitation : oui, et ce mouvement évolutif est localisé dans le domaine de la conscience.

Donc il faut être une bonne vigie, car nous avons appris à mieux nous connaître et à nous situer dans l’espace et dans la durée au point de devenir conscients de notre liaison et de notre responsabilité universelle.

Mais la vigie ne doit elle pas aussi entreprendre quelque chose ? C’est bien d’être éveillé et conscient, mais maintenant
- que convient il de faire pour la construction de la cité à venir ? Faut il se contenter d’espérer qu’émergeront toutes seules de l’évolution en marche les nouvelles fleurs de la pensée et de la science ? Y aura-t-il quelqu’un ou quelque groupe d’hommes qui inventera "hic et nunc" la cité nouvelle ?
-Les vigies doivent elles se contenter d’observer ? D’observer et imaginer un poème lyrique comparable à celui de Saint Exupéry dans Citadelle ? Doivent-elles se contenter d’espérer en une vision plus précise du Christ Cosmique imaginé par Teilhard ? Doivent elles espérer que de la précision croissante de cette vision naîtra quasi miraculeusement un plérome divin ?

Il est cependant certain que même si nous nous approchons chaque jour un petit peu plus du point oméga, nous sommes encore tellement imparfaits et ignorants. Au point que nous avons besoin de symboles pour, à la manière de nos ancêtres fétichistes et superstitieux, tenter d’avoir une vision "immédiate" et quasi surnaturelle de l’avenir. Il nous faudrait encore des symboles évolutifs sur lesquels chacun s’accorderait.

Mais la notion de Christ cosmique peut elle remplir ce rôle ? Certes le Christ appelé Christ sur notre terre, et peut-être autrement ailleurs dans l’univers, permet par son aspect éminemment humain de franchir l’espace qui nous sépare du Divin. Il est plus qu’une batterie de symboles évolutifs car ces symboles ne sont jamais qu’une batterie d’ustensiles.

Un Christ cosmique a donc une dimension supplémentaire. C’est bien pour cette dimension supplémentaire que nous devons être en recherche. Tant que les récits des Evangiles permettaient au Christ historique à lui seul de remplir le rôle d’un Christ cosmique les réponses paraissaient claires. Le Christ historique est devenu pour beaucoup d’entre nous de plus en plus un objet d’étude si bien que ses liens avec le Christ cosmique deviennent incertains. D’autant que dans le même temps notre soif de symboles à "l’ancienne" est peut-être en train de se mettre un peu en sourdine parce que finalement un symbole n’est jamais qu’un simple réflexe atavique venu du fond des âges avec le fétichisme et la superstition.

Encore une fois il semble bien que pour entamer une recherche plus fructueuse et ouvrir une porte sur l’ avenir il faille avoir recours à Teilhard.
Alors je vous engage sur ce point à lire ce que Teilhard dit dans quelques extraits collationnés par le père Noir s. j. sous le titre "Les perspectives politiques de Teilhard".
En voici quelques passages :

Page 6 : Voilà pourquoi, si un Front Humain commençait à se former, il y faudrait à coté des ingénieurs occupés à organiser les ressources et les liaisons de la terre, d’autres "techniciens" uniquement chargés de définir et de propager les buts concrets, de plus en plus élevés, sur lesquels doit se concentrer l’effort des activités humaines. Nous nous sommes passionnés avec raison, jusqu’ici, pour la révélation des mystères dissimulés dans l’infiniment grand et l’infiniment petit de la matière. Mais une investigation bien plus importante pour l’avenir serait l’étude des courants et des attractions de nature psychique : une Energétique de l’Esprit. Peut-être, poussés par la nécessité de construire l’unité du monde, finirons nous par nous apercevoir que le grand œuvre obscurément pressenti et poursuivi par la science n’est rien d’autre que la découverte de Dieu.

Page 7 : « Aimez vous les uns les autres ». Ce précepte de douceur, humblement jeté il y a deux mille ans comme une huile lénifiante sur la souffrance humaine, se révèle à notre esprit moderne comme le plus puissant, et en fait comme le seul principe imaginable d’un équilibre futur de la terre. Nous déciderons nous enfin à admettre qu’il n’est ni faiblesse, ni douce manie, mais qu’il intime une condition formelle des progrès les plus organiques et les plus techniques de la Vie ?

Page 10 : Forcés toujours plus étroitement l’un sur l’autre par les progrès de l’Hominisation, et plus encore attirés l’un vers l’autre par une identité de fond, les deux Omégas, je répète (celui de l’expérience et celui de la foi), s’apprêtent certainement à réagir l’un sur l’autre dans la conscience humaine et finalement à se synthétiser : le Cosmique étant sur le point d’agrandir fantastiquement le Christique ; et le Christique sur le point (chose invraisemblable !) d’amoriser (c’est à dire d’énergifier au maximum) le Cosmique tout entier.






Dimanche 24 Octobre 2010 18:21