Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Tome 10 "Comment je Crois"


Dans ce chapitre Teilhard évoque deux thèmes essentiels dessinant l'évolution spirituelle des groupes humains.

Le premier, bien décrit, présente "les nappes pensantes de la noosphère". Arrêtons nous un instant sur ce point :
Teilhard commence par nommer l'Islam et dit qu'il est "une résurgence archaïsante du judaïsme". Il y a là de quoi, avec ces quelques mots, fâcher quelques musulmans et en convaincre certains de lui adresser une fatwa ou tout au moins de les dissuader de trouver dans chez lui des parfums conciliatoires ou œcuméniques. On sait pourtant que celui-ci est très respectueux de la pensée spirituelle des peuples. Il faut croire que l'aspect fixiste et dicté de la religion musulmane le fait s'exprimer d'une façon un peu péremptoire.
On aurait plutôt attendu, qu'évoquant "les nappes pensantes de la noosphère", il dise que l'Islam ne fait que représenter, parmi d'autres, un de ces mouvements nécessaires qui traversent l'histoire de la spiritualité des hommes comme pour en mieux marquer l'évolution. Si on veut bien les analyser, non pas en tant que tel, mais comme des soubresauts réformistes propres à un moment d'une civilisation, on en trouve de très nombreux en réaction sur leur époque comme : la Réforme avec un R majuscule, les nouvelles pensées philosophiques, les Lumières d'un nouveau siècle, un essai de moralisation après la traversée d'un désert moral, de nouveaux scientifiques,.. Ils peuvent être Platon, Aristote, Averroès, Spinoza, Pascal, Einstein, des prix Nobel, les adhérents à la gnose de Princeton, Le New Age ... etc. L'émergence du Christianisme n'était-elle pas déjà elle-même, à ses débuts, un événement de cette nature.

Le deuxième thème évoqué dans ces pages propose l'idée "d'amorisation". Celle-ci sous-tend l'idée du "goût de vivre"qui anime l'effort "en avant" du vivant. On aurait souhaité que Teilhard développe davantage. Il prédit simplement en une ligne en fin de chapitre "qu'un monothéisme de plus en plus christifié sera là pour aérer l’univers et amoriser l’Évolution". C'est peu pour bien parler d'amour, et pourtant Teilhard devait, sans aucun doute dans ses méditations de prière, avoir besoin de mystique et d'esthétique. Il le montre bien dans d'autres textes.
Il ne faudrait pas croire, en somme, que dans un désir d'accorder la foi aux nouvelles sciences de notre époque nous puissions perdre de vue l'exercice esthétique "amorisant" qu'impose la foi, sous prétexte qu'amour et esthétique sont des connaissances inexactes donc suspectes. Nous devons au contraire nous poser sans cesse la question de leur nature. Comment se fait-il que des êtres de chair et de sang soient capables de résonner comme une corde vibrante aux mystères insécables d'un paysage sublime, d'une note bleue, d'une fleur, d'une musique, d'un poème, d'un cintre gothique, d'une volute baroque...
Il faudrait pouvoir harmoniser la montée de la conscience en symbiose avec le labyrinthe de ces émotions qui contiennent la totalité des espérances.
Nous devons nous soucier des progrès de l’esthétique et de la mystique autant que nous nous soucions des progrès scientifiques. A coté de la recherche, l'expression de la foi doit encore s'inquiéter du sublime et du grandiose.



Lundi 28 Octobre 2013 14:49