Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Tome 10 – Chapitre 3 – Seuil : collection Points
(Les numéros en tête de ligne se rapportent aux numéros de page du volume,
les citations de Teilhard suivent en italique)


Page 35 : Une causalité dominante sert l'influence divine.

L'analyse de cette simple phrase n'est déjà pas sans souci.
-D'abord dans le mot causalité. Le principe de causalité réside dans le constat qu'un phénomène qui se développe le fait en raison de l'existence d'un phénomène précédent qui le provoque. Le lien entre les deux phénomènes peut être plus ou moins évolutif et fluctuant. Les phénomènes peuvent être de toutes sortes : physique, psychique, théorique ...etc. Dans le cas présent le phénomène amont comme le phénomène aval sont difficiles à décrire voire à insérer dans un contour précis.
-Le mot dominant de la proposition n'arrange pas les choses. Y aurait-il des causalités dominantes supérieures et des causalités non dominantes ? Dans l'image de la boite de ressorts qu'utilise Teilhard, oui, dans l'univers c'est moins clair. D'ailleurs s'ajoute un autre élément contraignant, le contour de la sphère. Ce contour est il immuable et fixe, intellectuel ou physique.
Dans ce contexte on voit mal comment une causalité, même dominante (?) sert une influence qui serait divine a priori.

De toutes façon dire divine c'est présupposer l'existence de Dieu dont les contours ne sont pas forcément approchés par la logique de la raison. A moins de dire que Dieu n'est pas la raison et que la raison ne sert pas Dieu donc qu'elle est hérétique.
Finalement il faudrait dire que la parabole de la boite de ressorts sert à Teilhard pour mettre en lumière une idée pas facile à exposer à savoir qu'une influence forte agit en tous points contenus dans un même contexte, en même temps et d'une façon équivalente.

Page 36 : comment Dieu nous est -il connaissable ?
Découlant des réflexions précédentes la réponse serait qu'il n'y a pas de recette. Peut être est ce par l'entremise d'une intuition mystique, si l'on ose dire, diablement floue ? Ou bien, il faut malheureusement se résoudre à en convenir, Dieu est irrémédiablement inconnaissable.

Page 36 : l'énergie divine a figure d'immanence sur le hasard.
Cette proposition est plus intéressante. En effet, si l'on fait abstraction des termes imprécis que l'on vient d'explorer, et qu'on dit qu'il existe un grand principe (pour ne pas dire Dieu) qui influence les choix de répartition égalitaires du hasard, on peut penser que l'on pourra rencontrer des signes étrangers à une répartition statistique normale des phénomènes.

Page 37 : l'influence divine ressemble à une âme du monde.
Peut-on apercevoir ou ressentir une âme du monde ? Elle est, dit Teilhard, voilà le fait. N'en discutez plus.

Page 37 : dialogue entre la cause première et l'élément individualisé.
Encore une fois il vaudrait mieux évoquer l'existence d'un grand principe qui reste à préciser. Si on y arrive le reste de la proposition semble tenir debout.

Page 38 : l'élément est habité par la cause première.
Aux réserves près exposées précédemment on peut s'en déclarer d'accord.

Page 38: Dieu fait que les choses se fassent. La cause première est un mystère inatteignable.
Inatteignable, d'accord, alors Dieu aussi. Autant dans ce cas ne jamais prononcer le nom de Dieu qui introduit une notion anthropomorphe dans la représentation du grand principe.

Page 39 : les miracles.
On ne sait pas et il y a des chances pour que cela dure.

Page 40 : pour comprendre la cause première il faut développer une certaine sensibilité de l'âme.
Sans doute. Mais éternelle question qu'est ce que l'âme ? S'agit-il de comprendre que le grand principe (restant toujours à préciser) imprègne chacun de nous ? L'âme serait du domaine du sensible inconnaissable par l'analyse cartésienne discursive. Faut-il donc rejeter ceux qui ne comprennent pas çà et les brûler sur les bûchers de l'inquisition ?

Page 41 : trois questions.
Si l'on s'en tient aux trois questions évoquées, effectivement s'est insuffisant. Il vaut mieux, selon les explications habituelles de Teilhard dire que l'évolution s'analyse comme une élévation de la conscience. Cette élévation s'oppose aux réflexes ataviques venus du fond des âges. L'homo sapiens-sapiens va plus vite que l'homme atavique.

Page 42 : le créateur n'a pas le champ aussi libre que nous le supposons.
Réflexion anthropomorphe.

Page 43 : - le bien est l'univers conscient.
-le mal est l'univers inconscient
.
Sans doute ( Freud n'est peut être pas d'accord).
Cette page pose encore une fois la question du Christ universel. Le constat ci-dessus pourrait être un acte de foi mais il faut y adjoindre la notion de Christ universel. C'est à dire que pour approcher le grand principe (Dieu si l'on veut) il faut un personnage pont emblématique mais toujours humain, constamment évolutif permettant de rendre cette approche raisonnablement compréhensible et éventuellement maîtriser les réflexes ataviques archaïques que l'évolution devrait faire disparaître peu à peu.

Page 44 : au regard de Dieu il faut que l'humanité soit précieuse pour qu'il veuille la délivrer du mal.
Encore une hypothèse anthropomorphe. Dieu ne veut rien. Ce sont les hommes qui créent Dieu.

Page 45 :
Brumes. Dans ce paragraphe il semblerait qu'il faille décréter la croyance pour dissiper les brumes et les incertitudes de la foi jusqu’à ce que l'univers devienne bienveillant. Cela ressemble au pari de Pascal.

Réflexions générales concernant ce chapitre 3 :
On a un peu l'impression (ce texte a été écrit vers 1920) que Teilhard n'est pas encore très dégagé d'une formation catéchistique un peu ancienne. L’âme, Dieu lui même semblent être des notions extra terrestres immanentes qui ne sont plus soumises à l'analyse sensible à laquelle Teilhard nous a habitué.

En résumé ces quelques pages sonnent justes mais semblent faire partie d'une construction non stabilisée. Leur grand mérite est de nous convoquer à un examen intime de la nature de nos croyances.


Mardi 28 Février 2012 09:27