Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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On sait très bien que les nouvelles générations se désintéressent volontiers des cadres dans lesquels ont vécu leurs pères.
On sait très bien que le développement de l’information : Internet, média, télé et certaines formes d’enseignements, proposent des vues hors cadre, souvent très au-delà de ce que l’on peut imaginer.
On sait aussi qu’un certain nombre d’auteurs ou de philosophes, souhaitant bien montrer qu’ils sont purs et libres de toute chapelle adoptent une expression soigneusement laïque. De ce fait leurs idées paraissent décharnées. Au mieux ils se disent Humanistes avec un grand H comme seul dieu (voir Michel Onfray – Manuel d’athéologie).
On sait enfin que Teilhard de Chardin, dans un effort de scientifique, montre comment l’évolution monte vers un point oméga. Il dit que cette montée permet d’envisager un Christ cosmique. En le montrant, Teilhard peut être, lui aussi, destructeur à sa façon et sans vraiment le dire, de quelques archaïsmes Saint sulpiciens. Il n’est d’ailleurs pas le seul à briser ainsi quelques cadres. Il y en a bien d’autres, et ce n’est pas le lieu ici de tous les citer ; je pense par exemple à Aldous Huxley (Jouvence), à Conrad Lorenz, à Rémy Chauvin, à René Girard (La violence et le sacré).
Mais, et c’est là le point central de mon sujet, l’homme en recherche sur des questions existentielles (d’où venons nous ? qui sommes nous ? où allons nous ?), sait que sur chemin les réponses ne sont pas faciles. Le but poursuivi n’est normalement pas très clair et s’enfuit toujours un peu au-delà des connaissances. Une religion dictée est plus facile, sécurisante et sert de garde-fou. L’avenir est ainsi clair et au nom d’un montage évidemment divin on règle sa vie et la vie des autres au besoin par la violence.
C’est là que Teilhard devient très intéressant, parce qu’il propose un modèle humain représenté par un Christ cosmique toujours plus ultra moderne et permettant de faire chaque jour un pas de plus vers la foi. Cela n’implique pas d’ailleurs qu’il rejette la réalité historique du Christ. Mais cela implique que les garde-fous ne soient pas aussi nettement dessinés que dans ce que la ou les religions nous dictent. Or personne n’est, sur le chemin, assez fort pour se passer de garde-fous. Il faut donc en proposer pour notre époque. Mais proposer d’autres modèles c’est dangereux, peut-être destructeur. Teilhard dit à ce sujet : il dépasse les forces individuelles de forcer artificiellement la naissance d’une religion . Il faut donc obligatoirement que les nouveaux symboles soient révisables évolutifs et acceptés.
C’est un travail énorme, de longue haleine qui doit appartenir à un groupe d’hommes avisés. Il faut faire au préalable un travail d’inventaire détaillé des rites, des dogmes, des habitudes. Ensuite il faut laisser de côté ceux de ces éléments qui ne sont pas dans le courant du progrès scientifique et de l’évolution ou seraient entachés de fétichisme et de superstition. Enfin on peut tenter de faire des propositions.
Une suggestion : ne pourrait-on pas essayer de les deviner en explorant l’œuvre de Teilhard, par exemple la messe sur le monde ? Et puis, il n’y a pas que Teilhard, il y a les nombreux anciens : St François d’Assise, St augustin, St thomas,… Il y a aussi de nombreux modernes et tous les philosophes et penseurs de la catéchèse.
Il faut aussi puiser dans tout ce qui appartient à l’esthétique et dans les rapports de l’esthétique et de la mystique. Par exemple, j’aime bien l’architecture : l’architecte avec ses bâtiments construit pour l’art sacré, et ne dicte aucune religion ; il fait dans le béton et la pierre comme une proposition que chacun peut lire avec ses propres mots (Le Corbusier).
Le langage à utiliser ne peut être le même pour chaque catégorie de public. En particulier pour la jeunesse dont la cellule n’est plus la même qu’il y a 50 ans. L’univers de la jeunesse est plus virtuel et visuel, moins pyramidal (le père, la mère, la famille, le groupe, la nation). Elle rejette les archaïsmes et cherche avec soif d’autres ailleurs : le sport, le jeu, la drogue, une inspiration nouvelle, des ésotérismes fantastiques (jeux de rôle, mondes galactiques extra terrestres, pouvoirs surnaturels : Speeder man, Stars War, Harry Potter, éventuellement d’autres religions : attrait du bouddhisme, communauté de Thésée…). Mais vite, elle est prompte à la désespérance c'est-à-dire à la violence et à la stratégie de mort.
Comme le mouvement de notre époque est formidablement accéléré nous sommes déjà dans l’urgence et rappelons nous ces mots de Teilhard : la Vie réfléchie ne peut continuer à fonctionner et à progresser à moins que ne brille au dessus d’elle un pôle suprême d’attrait et de consistance.

Mardi 31 Mars 2009 14:01