Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Il semble difficile d’entamer une réflexion sur ce texte sans une tentative d’éclaircissement des termes ou notions qui y sont utilisés par Teilhard :
- "Alourdissement, écrasement de l’humanité sous la masse des procédés découverts" : on analyse mal l’analogie qui pourrait exister entre le phénomène industriel et le gigantisme des formes animales.
L’un paraît lié essentiellement au développement et à l’organisation d’une société en voie d’expansion.
L’autre est lié au milieu et la capacité de celui-ci à fournir des aliments et un cadre dépendant de la géographie physique d’un territoire donné avec son climat correspondant.
- La notion de "dedans des choses" semble peu précise et l’image qu’elle suscite paraît susceptible d’entraîner des confusions.
- "La socialisation" : il faut sans doute comprendre ce mot, chez Teilhard, dans l’optique d’une mise en commun des connaissances chez les hommes les entraînant vers des actions et réactions communes ou d’autres découvertes impossibles isolément. Les hommes sociaux sont des hommes interconnectés.
Ce n’est pas à comparer au socialisme politique qui peut parfois, sous certaines formes, conduire à des tentatives intégristes et ultra dirigistes de l’organisation sociale d’un pays. Chez Teilhard cette notion implique toujours liberté, fraternité et évolution.
- "La technique" : ce terme introduira nos commentaires sur le texte annoncé dans le titre. Au préalable il faut dire que la technique apparaît toujours dans les sociétés humaines. Les Romains, entre autres, maîtrisaient une gestion industrielle de l’eau et des travaux publics. Les Phéniciens sont célèbres pour avoir maîtrisé la technique de l’écriture…
Les sociétés humaines créent toujours des techniques adaptées à leur nature et à leur structure :
- une nation agricole possède souvent une industrie de gestion de l’eau, des travaux publics, de l’armement. L’organisation sociale se construit en accord avec son mode de fonctionnement → féodalité, pouvoir absolu de droit divin. La subsistance de chacun dépend surtout de chacune des énergies individuelles (90 à 95 % d’agriculteurs).
- une nation industrielle n’a plus le même type d’organisation ; elle est, en effet, plus socialisante. En même temps elle semble avoir besoin de moins de spirituel, tout au moins tant qu’il n’y a pas de crise de masse favorisée par le développement mondial de l’information et l’existence d’un mécanisme d’échanges internationaux. Ces nations créent beaucoup d’emplois pour lesquels la subsistance des individus n’est pas directement liée à un travail productif (emplois administratifs, emplois tertiaires). Ces emplois sont par nature volatiles et susceptibles par leur dégradation d’entraîner des crises graves. Il semblerait que depuis le siècle dernier et le début de ce siècle nous soyons conduits à ce genre de crise.
Comment imaginer l’avenir ?
La société du futur ne devra pas connaître des sur-hommes mais des ultra-hommes inchangés par rapport à nous, mais interconnectés et répétant en cela les schémas proposés par Teilhard :
- l’atome devient molécule, soit ultra atome et non pas super atome.
- La molécule devient corps composé, soit ultra molécule et non pas super molécule.
- Le corps composé devient protéine, soit ultra corps composé et non pas super.
- La protéine devient prévie, soit ultra protéine et non pas super protéine.
Pour chaque phase les éléments successifs ne sont pas modifiés mais restent, en tant que tel, indispensable à l’ensemble. C’est la nouvelle structure qui est "ultra".
On peut espérer que, sauf aléas, notre société future ne deviendra pas surhumaine et probablement écrasante, mais simplement ultra humaine. Chacun étant libre et nécessaire à l’ensemble.
Pour passer de la nation agricole à la nation industrielle nous avons eu besoin de démythifier nos anciennes croyances, c'est-à-dire de combattre le fétichisme et la superstition imprégnant les anciens rituels ou religions. La science a dû se "laïciser" (désolé, je n’ai pas de meilleur mot) pour mieux laisser naître la technique.
Sans doute faut-il se rendre compte qu’aujourd’hui, pour faire un pas de plus vers l’ultra, nous allons être obligés de faire entrer du spirituel dans notre information. Ne serait-ce que pour rendre efficace une conscience collective où chacun aurait un rôle opératoire. D’autres notions seront indispensables comme liberté et fraternité. Il est encore difficile de donner des recettes. D’ailleurs Teilhard n’en donne pas, il se contente dans le texte d’évoquer la mise en commun de connaissances scientifiques permettant d’imaginer des découvertes qu’aucun chercheur isolé ne pourrait atteindre. On a créé ainsi, dit-il, une énergie spirituelle qualifiée. Puis Teilhard donne une image de cette évolution en imaginant une ellipse à deux foyers : 1 – un foyer d’organisation – 2 – un foyer spirituel. C’est une "idée-image" séduisante mais pas un jeu de recettes pragmatiques pour monter une nouvelle organisation sociale. Il dit que la bonne musique pour jouer avec cette idée c’est le Christianisme, et il nous laisse là.
Peut-être aurait-il dû dire, encore une fois, qu’il fallait en revenir à la notion de Christ cosmique. Christ humain, peut-être un jour ultra humain et ultra moderne.
Peut-être nous faudra-t-il un jour faire un portrait aussi exhaustif que possible de ce Christ cosmique et montrer comment il peut être évolutif à toutes les époques et nous permettre de faire un pas de plus vers l’imprononçable Divin.



Samedi 6 Juin 2009 16:36