Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Les commentaires qui nous sont demandées concernent les chapitres 10 et 11 du manuel d’étude de Jean-Pierre Frésafond et les textes de Teilhard qui y sont associés (en italique dans le texte ci-dessous).


Il est nécessaire d’exposer successivement les termes proposés par Teilhard dans ce thème de réflexion en les accompagnant d’un commentaire particulier pour en venir ensuite à un commentaire général concernant l’ensemble du chapitre.

Selon Teilhard, la peur existentielle nait de la montée au sein de l’évolution du phénomène de réflexion. Elle concerne l’individu et le groupe qui essaient de mesurer les abîmes du monde autour de lui. Or un observateur d’aujourd’hui est fortement embarrassé pour exprimer librement son opinion sur ce sujet pour des raisons d’expression "politiquement correcte". Je m’explique : la politique de bonne gouvernance surtout en France et en Europe impose pratiquement une bonne conscience laïque, ce qui a comme conséquence un certain délaissement des choses spirituelles affectées a priori d’une suspicion de grande légèreté scientifique. Le corollaire en est que celles-ci sont considérées comme peu sérieuses et hors du domaine pratique ou, au mieux, sont à classer parmi les fétichismes et superstitions. Ceci accentue pour l’individu et le groupe la sensation d’errance et de vertige.
Il est donc, de fait, hautement et malencontreusement souhaitable qu’une philosophie et une politique officielle soient laïquement épurées pour avoir droit de cité. Il n’y a donc pas, en conséquence, de pensée collective supérieure dite inspirée (comme autrefois d’un droit divin devenu abusif) sauf sous une forme de morale humaniste reçue en héritage mais aux contours flous se prêtant facilement aux oppositions.
Le sens de l’espèce en est amoindri. Il ne se manifeste d’une façon instinctive et atavique qu’en cas de grande menace (exemple : patriotisme résistant lors de la dernière guerre).

1 – LA MONTEE DE LA PEUR :

a – La peur de la matière : Teilhard dit que les dimensions vertigineuses de l’Univers nous terrorisent. Ce n’est vrai que pour ceux qui ne sont pas encore allés jusqu’au bout de son raisonnement. Cette terreur s’apaise lorsqu’on comprend que, même en tant qu’individu unique, nous sommes intérieurement et totalement structurés par les enroulements et déroulements de l’espace. Nous ne sommes pas fondamentalement extérieurs à la matière. Nous ne sommes pas étanches à l’Univers.

b – Etanchéité : cette notion a donc un caractère primaire et dépend de notre niveau de conscience et de culture.

c – Hostilité : l’homme ne cesse de se sentir de plus en plus décentré. C’est évidemment une conséquence de ce qui précède. En fait nous sommes en mouvement de centration et de convergence. Mais un grand nombre d’individus ne le ressent pas, ou encore est bloqué par l’obligation de laïcité officielle ou par les prises de positions de divers intégrismes proposant des prêts-à-porter comportementaux bien confortables.

d – la peur devant l’humain : Teilhard semble craindre pour l’individu la peur devant la pensée de masse. Elle serait dépersonnalisante et, sous entendu, dictée (totalisation → totalitarisme).

2 – LE RETOURNEMENT DE LA PEUR OU LA CONFIANCE EXISTENTIELLE :

Finalement c’est à ce point là que Teilhard veut en venir. Il dit que la pensée collective est une pensée partagée convergente. Cette convergence concerne l’Univers, et nous avec qui en sommes constitués, en vertu d’une information et d’une intention affectant la totalité de sa substance. Il est tout entier comme chaque individu en progression vers le foyer-sommet.

On pourrait dire qu’une vision claire de ce processus est en fait bloquée pour deux raisons :
- d’abord à cause – comme évoqué plus haut – de la présentation habituelle de la réflexion actuelle sous une forme laïque (actuelle ne veut pas dire moderne : la laïcité est souvent archaïque* par bien des aspects. Elle est un pansement ponctuel bien utile dans un espace de religions opposées à caractère dicté).

- ensuite, il faut bien dire que la notion de foyer-sommet, foyer ultime d’unification et de réflexion, est un peu floue. Sauf illumination mystique, personne ne peut se prévaloir d’un discernement assuré de ce foyer.
La seule alternative possible est de se chercher un guide essentiellement humain, donc compréhensible, fraternel et familier, pour progresser vers ce foyer.
On peut d’abord penser que n’importe quel pasteur inspiré pourrait faire l’affaire. En fait c’est probablement un peu plus compliqué. Il faut qu’il soit le messager d’une information cosmique universelle et de ce fait toujours plus ultra moderne que la plus ultime de nos compréhensions et, bien entendu, évolutif. Pour Teilhard, ce guide c’est le Christ. Encore faut-il :
- premièrement, montrer comment la vision qu’on en a doit être débarrassée de toutes croyances poussiéreuses.
- deuxièmement, comment il peut être toujours plus moderne et évolutif, cosmiquement impliqué à la fois devant et au dessus de nous.
Pour ceci les recherches bibliques, théologiques et la recherche tous azimuts sont indispensables. Recherches ne négligeant pas l’affectio societatis, la sensibilité et l’amour, conduites par une réflexion serrée sur les mécanismes d’approche de l’autre comme de toute particules ou ensembles entre eux. Peut-être faudra-t-il inventer une autre méthode d’exploration qui ne sera pas exclusivement celle de Descartes ou des positivistes mais plutôt une méthode d’analyse systémique appliquée à l’étude du mouvement des ensembles évolutifs complexes.
Il est en parallèle une qualité indispensable à développer c’est l’humilité. Ce n’est pas toujours évident car il faut à la fois posséder la hardiesse du chercheur vers le point oméga et être suffisamment humble pour admettre la nécessité d’un guide humain à carrure supérieure. Pour Teilhard c’est le Christ messager de Dieu**.
Mais attention aux philosophes absurdes se reproduisant doctement les uns les autres pour grandir leur autorité. Ils manquent souvent d’une nécessaire humilité.



Notes :
* Par exemple quand elle est exclusivement anticléricale.
** Le nom de Dieu est cependant imprononçable, car en quelque sorte, le prononcer c’est créer un personnage en dehors de nous. On peut donc lui parler, lui poser des questions, le prier, demander son secours et éventuellement l’invectiver et blasphémer. Il est ainsi plutôt un être né de du fétichisme et de la superstition. Alors que Dieu, s’il faut ainsi l’exprimer, est un principe insaisissable en nous comme en toutes choses (consubstantiel). Il n’apparaît peut-être que dans la couleur qu’il donne à la création, dans la beauté, la force suggérée par les symboles, l’esthétique, l’amour. Chez les mystiques, sous leurs mots, il est passion et amour effervescent, mais reste impossible à fixer dans le cadre d’un vocabulaire précis.






Mercredi 23 Septembre 2009 05:16