Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






tome 10, "Comment je crois" Editions du Seuil


Le texte de Teilhard semble être essentiel tant il représente l'effort de l'auteur pour adapter les croyances historiques aux aspects d'une spiritualité moderne telle qu'il est impossible de la vivre autrement à notre époque.
Ce texte a été écrit en 1933 et, 80 ans plus tard, les jalons qui marquent aujourd'hui l'évolution de la recherche spirituelle paraissent bien installés selon l'ordre progressif qu'envisageait Teilhard. Ce qu'il envisageait paraissait seulement un peu plus subversif voire hérétique en 1933.
En tout cas ce texte est central et il nous amène à faire le point sur trois des piliers essentiels de notre religion à savoir : la Rédemption, l'Incarnation et l’Évangélisation.
Pour ce que je vais dire maintenant, veuillez m'excuser par avance d'utiliser la première personne. Ces réflexions sont du domaine de l'intime (Teilhard lui-même utilise la première personne) car elles mesurent mes propres croyances aux remarques et intuitions de Teilhard. Elles mesurent leur justesse ou leur écart par rapport à l'actualité et la pensée de celui-ci.
Il faut faire le point.

Rédemption
Il s'agit du péché originel. Sur ce sujet Teilhard est catégorique. Il dit « Le dogme du péché originel nous ligote et nous anémie. Il représente dans son expression actuelle une survivance de vues statiques périmées au sein de notre pensée devenue évolutionniste ». On disait couramment que le mal serait né d'une faute initiale à expier. Mais c'est impossible dans un monde en évolution. Le mal, dit Teilhard, ne devient plus « qu'un trait naturel de la structure du monde ». Il n'est plus, comme le pensent les fixistes qui croient à la création, un pur scandale intellectuel. Et encore, malgré de désastreux aléas, peut-être y a t-il des signes de progrès
En tous cas le monde ne fait pas pénitence.
Alors Teilhard parle de Dieu et du Christ. Mais j'avoue que je suis gêné sur la façon d’interpréter le mot Dieu de même qu'à imaginer correctement le Christ. Voici pourquoi :
Dieu d'abord. Le nommer, même pour rénover son image créatrice revient instinctivement pour chacun à l'envisager peu ou prou comme une personne, c'est-à-dire à une personne réelle, que l'on peut certes prier, mais aussi avec laquelle on peut dialoguer, quémander, contester et peut-être invectiver. Le mot crée la personne, instantanément, dès qu'il est prononcé. Comment alors s'empêcher de penser : par exemple, pourquoi toi, Dieu créature suprême, tolères-tu le mal ? Pourquoi ne récompenses-tu pas tout de suite sur terre les hommes de bonne volonté ? Pourquoi es-tu sourd à ma prière ? Et finalement je me demande comment l'imagine Teilhard. Est-il pour lui le principe suprême, le goût de vivre, l'évolution créatrice ? J'avoue que lorsqu'il dit Dieu est « Celui qui surmonte structurellement en lui-même, et pour nous tous, les résistances à l'unification opposées par le Multiple », je ne comprends pas très bien ? En particulier les mots : « lui-même ». J'imagine mal ce genre d'introspection divine, ni sa structure. « L'opposition du Multiple »: je ne vois pas très bien non plus. Je sais par contre que nous sommes sur terre des chercheurs de cette unité. Je sais que nous pouvons approcher cette connaissance sans jamais la connaître et que nous avons à la fois la soif du chercheur et le devoir de chercher.
Le Christ maintenant : que faut-il voir ? Qui faut-il voir ? Un Christ rédempteur ? Non, pour Teilhard, définitivement non ! Un Christ historique peut-être, porteur de la bonne nouvelle ? Les contours de cette bonne nouvelle ne sont pas très clairs.
Si bien que pour moi le Christ serait plutôt un personnage inspiré offrant à chacun à son niveau une représentation humaine, abordable parce qu'humaine, des lumières qu'il faut découvrir pour avancer vers le point unificateur oméga si souvent évoqué par Teilhard.
Ainsi cette vision que l'on appelle christique, parce qu'on ne sait trop comment l'appeler autrement, ne s'oppose pas plus à la recherche spirituelle que scientifique. Elle les légitime même impérieusement.
Peut-être même que l'idée du Christ – ou d'un personnage semblable - est un phénomène social universel valable pour tout un cosmos en voie d'évolution créatrice. Oui il est une loi universelle valable dans tout le cosmos avec une multitude de noms imprononçables parce que non terriens.
On en vient alors tout naturellement à parler de l'

Incarnation :
Puisque ce principe d'évolution créatrice est cosmique omniprésent, on le pressent d'autant mieux si on l'imagine à l’œuvre partout dans la matière, dans le vivant. C'est une sorte de Christ, ou autre personnage familier, (au nom imprononçable nous avons vu) qui nous aide et nous fait toucher du doigt chaque point de cette évolution sensible pour en somme lui donner du corps, c'est-à-dire à nos yeux lui donner de la chair dans tous ses états, du matériel au cosmique, partie en quelque sorte du vivant. On peut d'ailleurs parler de chair de la matière dans tout ce qu'elle représente de potentiel évolutif. Alors en effet, on peut dire comme Teilhard, mais révisant un peu la notion que recouvre le nom de Jésus que « l'idée d'Incarnation montre, selon l'axe de ce mystère, le visage de Jésus projeté sur un univers à structure évolutive ».

Les réflexions sur ces deux sujets, Rédemption et Incarnation amènent tout naturellement à parler d’

Évangélisation c'est-à-dire à se poser la question de la présentation nouvelle de la Rédemption et de l'Incarnation pour en faire une lecture pour notre époque débarrassée de l'expression poussiéreuse des anciens dogmes. Il est naturel en effet, puisque nous disposons d'une autre vision de la Rédemption et de l'Incarnation, d'éprouver le devoir de proposer à tous cette vision, donc en quelque sorte d'envisager une autre évangélisation épurée dans ses régles et dogmes. Alors j'aime bien cette expression de Teilhard : « On nous a trop parlé d'agneaux. J'aimerais voir un peu sortir les lions ».
Ces lions doivent être conscient d'être eux-mêmes le support de l'évolution. «Aller au ciel à travers la terre et non plus aimer la terre ou aimer le ciel». Autrement dit il y a une orientation nouvelle différente à trouver à notre propre vie pour être amené à concevoir sous un angle différent, comportement social, notion de pureté, d'éthique, de morale, soit sous une orientation un peu différente de celle donnée par les réflexes conscients ou non, hérités d'un long passé de cathéchèse.
Mais s'il est ainsi légitime d'imaginer celui qu'on appelle Christ universel comme l'aide humaine nécessaire sur ce nouveau chemin, une autre affaire est de trouver la représentation de ce qu'il pourrait être. Il ne peut être totalement l'ancien Christ historique. Il ne peut pas être non plus une création intellectuelle, voire mystique. Au contraire , il faut qu'il reste pragmatiquement humain. Alors qui ? Quoi ? Comment ? Où ? Quel pape ? Quel héros ? Quel ultra homme ? Quelle collectivité ? (non pas un collectif, ce n'est pas assez personnalisant et sans doute totalitaire). Alors je ne sais pas. Et je ne dois pas être le seul. J'attends.









Lundi 26 Novembre 2012 12:28