Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Le thème d’étude de ce jour concerne la réussite planétaire de l’humanité vue à travers le texte de Teilhard contenu dans un chapitre de son livre « L’Activation de l’Energie » sous le titre du sens de l’espèce chez l’homme.
Réussite ou non, chacun se pose des questions : y a-t-il des progrès ou bien va-t-on à la catastrophe ?
Teilhard, quoique lucide, paraît plutôt optimiste, à l’inverse d’autres penseurs contemporains qui le sont beaucoup moins, comme Edgar Morin (« Vers l’abîme » édition de l’Herne) ou René Girard (« J’ai vu Satan tomber du ciel » Grasset – « Achevez Clausewitz » Carnets du Nord).
D’abord Teilhard a le mérite de poser le problème et, en quelque sorte, au bénéfice des deux parties, optimistes et pessimistes.

Exposition du problème selon Teilhard :
Teilhard s’attache d’abord, en une réflexion de paléontologue, à montrer quel double et profond changement le passage de l’instinct à la réflexion produit dans le régime jusqu’alors suivi par l’évolution. Ainsi :
D’une part, l’individu (parce que devenu, au deuxième degré, conscient de son ego) se trouve accéder à une richesse qui, accroissant presque sans limites ses valeurs incommunicables, l’isole parmi ses semblables, « l’absolutise » et l’autonomise.
D’autre part, le phylum, par suite de sa capacité toute nouvelle à retenir et à synthétiser sur soi les rameaux constamment naissant sur sa tige, tend à s’étaler démesurément sous forme de membrane ou tissu organiquement lié jusqu’ à atteindre des dimensions rigoureusement planétaires. A elle seule, l’espèce humaine ne constitue rien moins qu’une nouvelle enveloppe du globe : « une Noosphère » par-dessus la Biosphère.
Mais un fait capital entre en ligne de compte sur lequel il est étrange que nous fermions encore si souvent les yeux. La surface fermée du globe fait que notre phase expansive de l’évolution doit entrer dans une phase compressive.
Teilhard en tire une conclusion qui, nous le verrons plus loin, s’exprime peut-être en forme de vœu pieux.

Examinons maintenant ce que disent les pessimistes :

René Girard :
Dans l’ensemble de son œuvre, René Girard évoque, il nous semble, un paradoxe choquant : comment se fait-il que l’évolution, la communication et la prise de conscience de l’humanité à travers la noosphère qui devrait réduire les oppositions tant politiques que religieuses ou intergénérationnelles, comment se fait-il que l’on assiste au maintien, voire, au développement, d’une violence quasi planétaire ? Pour René Girard, on assiste donc plutôt à « une montée aux extrêmes » à travers d’une part l’accroissement des valeurs qui autonomisent l’individu (ou le groupe d’individu) et d’autre part à travers notre entrée dans phase compressive de l’hominisation.
Le discours de René Girard devient terrible et provocateur : il dit que l’amour s’est refroidi – que la charité fait face à l’empire aujourd’hui planétaire de la violence – cette montée vers l’apocalypse est la réalisation supérieure de l’humanité…
Fort heureusement il cite le Christ dans les dernières pages de son ouvrage « Achever Clausewitz », il dit que le Christ est venu se placer au cœur du système sacrificiel. Le sacrifice, chez René Girard, est l’acte qui sanctifie les oppositions car il leur sert de bouc émissaire, apaise les tensions et sanctifie les victimes sacrifiées. Il termine son ouvrage par une exhortation : Il faut réveiller les consciences endormies, la montée aux extrêmes révèle à rebours la puissance de l’intervention divine. Il ne dit pas quelle pourrait être la prochaine sainte victime ni comment le christianisme serait éventuellement une planche de salut. Selon certains (et peut-être pour René Girard), le sacrifice du Christ est de nature différente des crimes collectifs des anciens temps historiques et devrait affranchir l’humanité d’autres crimes sacrificiels. Il créerait, à lui seul, l’avenir lumineux de la religion chrétienne. ( ?)
Vœu pieux…

Edgar Morin :
Il pose la question de savoir si nous allons ou non vers l’abîme. Il pense que, ce qui semblait devoir assurer le progrès humain dans la civilisation occidentale, provoque également création et accroissement de périls mortels pour l’humanité. Les développements sont accompagnés de multiples régressions qui peuvent prendre le visage d’une grande régression de barbarie… La barbarie haineuse venue du fond des âges historiques se combine à la barbarie anonyme et glacée de la technique propre à notre civilisation. Edgar Morin estime donc que nous sommes déjà dans les débuts d’un chaos.
Mais il veut l’espoir, peut-être plus fermement que René Girard. Il pense que par analogie biologique quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, soit il se désagrège, soit il est capable dans sa désintégration même de se métamorphoser en un méta système plus riche, capable de traiter ses problèmes. Ainsi de la métamorphose de la chenille en papillon.
Il discerne quelques amorces métamorphiques du côté des sciences, de la biologie, de la communication. Il conclut son ouvrage en disant le devenir comportera toujours risques, aléas, incertitudes, mais aussi il pourra comporter capacité créatrice, développement de la compréhension et de la bonté pour une nouvelle conscience humaine.
Il ne dit pas comment ou par qui cette bonté peut devenir opérative.
Vœu pieux…

Conclusion selon Teilhard :
Pour les temps nouveaux Teilhard espère que nous pourrons ranimer et renouveler en nous-mêmes à leur mesure le sens de l’espèce. Son analyse reste ainsi en parallèle le plus souvent avec la pensée des auteurs précédents. Ce qui la distingue cependant :
c’est d’abord, comme il nous en donne souvent l’habitude, sa vision d’anthropologue. La totalisation sur la surface fermée du globe pourrait représenter soit une mécanisation matérialisante, une sorte de régression ou sénescence, un mal de l’espèce, soit l’expression de la montée avec la socialisation planétaire de la tension humaine de conscience.
Cette montée régulière de la conscience est à travers toute son œuvre son constat d’anthropologue, voire de géologue. Cette montée constatée à travers l’histoire de la terre et du vivant fonde sa confiance. Il dit en outre dans d’autres ouvrages, que le Christ Universel, toujours plus ultra moderne, s’échappant quelque peu d’un cadre historique rigide, peut être la figure humaine amorisante de la foi en mouvement.
C’est évidemment cet aboutissement qu’il envisage.

Finalement sa conclusion pourrait être du goût des deux auteurs précédents. Nous devons, pour aller vers une humanisation maximale de la noosphère, avoir le souci permanent de favoriser, au sein de la masse vivante personnalisée, le développement des énergies affectives. En somme il faudrait envisager une nouvelle foi un nouveau sens de l’espèce si nous ne voulons pas être broyés par l’évolution de l’humanité.
Il faut éveiller en nous et entretenir une lumière d’espérance et une chaleur suffisante d’amour.
L’objectif est la création d’un univers irréversiblement convergent par nature sur un Foyer ultra personnalisant.
Il me semble que nous pouvons discerner dans ces quelques mots un avenir un peu plus confortant qu’un simple vœu pieux.

Commentaire : il semble que l’on puisse dire que l’évolution est remarquable par la capacité qu’a la vie, et sans doute le minéral, à s’autoprogrammer. Chacun ou chaque chose en a la possibilité infime vis-à-vis du temps et de l’espace, mais l’ensemble globalisé de ce mouvement provoque l’échec, à plus ou moins long terme, de la sauvagerie aléatoire du hasard.


Note : les citations des auteurs sont en italique dans le texte.

Dimanche 29 Novembre 2009 17:37