Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Dans ces premières pages Teilhard évoque l’existence d’une libido cosmique de l’humanité. A première vue le terme surprend, à la limite cela fait un peu canular de collégien. Heureusement, pour nous amener à découvrir ce que cache ce vocabulaire, il nous rappelle au préalable, plusieurs notions permettant de le prendre au sérieux:
- Tout d’abord la notion de centréité se conjuguant avec le constat de compression des sociétés humaines. Compression démographique mais aussi compression de l’information sur le territoire de la terre qui est à dimensions finies. Il assimile ces phénomènes d’organisation forcée de nos sociétés aux phénomènes physiques de gravité terrestre qui engendrent dans les profondeurs du sol chaleur et cristallisation. Les systèmes sociaux en se centrant provoquent d’une façon analogue, conscience collective et chaleur psychique.
- Il dit ensuite que ces corps sociaux, toujours plus agrégatifs, ne peuvent subsister que si, au dessus d’eux, il y a de l’espoir. Espoir d’un "univers non pas impersonnel et clos, mais ouvert, au-delà de l’avenir, sur un centre divin". Ceci à la manière de mineurs bloqués par un éboulement qui luttent parce qu’il ont l’espoir de la lumière du jour.
- "Centre divin" : dans ces mots résiderait ce qu’il appelle la libido cosmique, c'est-à-dire l’espoir et le désir de Dieu.
Ce centre divin, Teilhard l’évoque souvent dans son œuvre. Il n’est pas difficile d’en trouver de nombreuses citations dans ses livres. Toutefois on peut encore essayer de rechercher dans l’histoire des hommes et de l’évolution si l’on découvre des phénomènes d’organisation sociale liés aux forces de compression et de centration qu’il signale :
- Aux temps préhistorique d’abord. Yves Coppens vient de publier un ouvrage intitulé "Le présent du passé" (Odile Jacob). On y trouve bien sûr, une foule d’informations à caractère anthropologique. Mais, il me semble, qu’on y aperçoit comment, à force de compressions locales et d’expansions, l’homo "sapiens-sapiens" s’est progressivement développé et a conquis la planète en construisant sa propre morphologie.
- On peut évoquer également la construction et la chute de l’Empire Romain. Cette civilisation a connu un apogée, puis une décadence. On peut dire alors, que l’empereur Constantin, pour redonner un espoir moteur à cette civilisation, a risqué une tentative politique autour des conciles de Nicée en officialisant la religion chrétienne.
- On trouve d’autres tentatives pour créer de l’espoir dans notre histoire moderne. Ce sont les aventures totalitaires du 20ème siècle. Elles sont, comme dit Teilhard, "un clivage mystérieux" et il lui semble, qu’après l’horreur des fausses routes, "la terre angoissée attend le prophète qui lui interprètera le mystère de ce qu’elle veut et attend".
- Nous pouvons aussi trouver des prémices d’espoir dans les issues, encore difficilement dessinées à la crise que nous vivons, ainsi que dans les fantasmes électoraux que nous venons de connaître ici ou outre atlantique. Il n’est pas sûr, comme le pensent entres autres René Girard et Edgar Morin que l’apocalypse soit déjà commencé. Il flotte dans nos sociétés humaines comme un parfum d’espoir passionné.
Teilhard, qui n’est plus maintenant dans notre temps, et c’est bien dommage, pensait que les germes de l’espoir ne peuvent résider que dans un christianisme bien compris. Mais il ne s’explique pas vraiment sur la mise en œuvre de ce mécanisme christique opératif. Deux possibilités :
- ou bien il espère, optimiste, que celui-ci se diffusera de lui-même dans le monde un peu à la façon autonome dont se développent les idées nouvelles, de proche en proche et de séductions en séductions.
- ou bien il faut dire, encore une fois, qu’il compte sur le modèle du Christ cosmique. Ce modèle évolutif, "Christ cosmique", opérerait, en quelque sorte, comme le voit René Girard, par goût atavique de toute création de se trouver un modèle, de réagir et de se construire à coté de lui, selon l’expression de René Girard, d’une façon "mimétique".
Le Christ Guide humain est ultra moderne, c’est un guide espéré, capable de nous faire avancer chaque jour vers un horizon divin.



Christ cosmique

J’ai remarqué, que quoi qu’on tente comme analyse sur les textes de Teilhard, on se rend compte qu’il en revient toujours, pour affermir ses conclusions, à la notion de Christ cosmique. Pour en avoir le cœur net j’ai donc recherché à travers son œuvre ce qu’il en dit lui-même. Voici donc quelques citations (ce n’est sans doute pas exhaustif) :
Phénomène humain - Seuil tome 1 page 32 :
Principe de vitalité universelle, le Christ, parce que surgi homme parmi les hommes, s’est mis en position, et il est entrain depuis toujours, de courber sous lui, d’épurer, de diriger et de sur animer la montée générale de conscience dans laquelle il s’est inséré.
L’avenir de l’homme – Seuil tome 5 page 397 :
Le Christ mystique n’a pas atteint sa pleine croissance. Et dans la prolongation de cet engendrement est placé le ressort ultime de toute activité créée. Le Christ est le terme de l’évolution même naturelle des êtres.
Science et Christ – Seuil tome 9 à partir page 39 :
J’entends, par Christ Universel, le Christ centre organique de l’univers entier :
- Centre organique, c'est-à-dire auquel est suspendu physiquement, en définitive, tout développement, même naturel.
- de l’univers entier, c'est-à-dire non seulement de la terre et de l’Humanité, mais de Sirius, d’Andromède, des Anges, de toutes les réalités dont nous dépendons de près ou de loin (c'est-à-dire de tout l’Être participé).
- de l’univers encore, c'est-à-dire non seulement de l’effort moral et religieux, mais également de tout ce que suppose cet effort, à savoir de toute croissance du corps et de l’esprit.
- même réf. page 212 – Christ oméga, donc Christ Animateur et Collecteur de toutes les énergies biologiques et spirituelles élaborées par l’Univers. Donc finalement Christ-Évoluteur.

Lire sur ce sujet toute les pages regroupées sous le titre "Être plus".



Samedi 27 Juin 2009 12:42