Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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"Ecrits du Temps de la Guerre", réunion du 24/4/15


J.M. MERMAZ / LE SERVICE DE LA TERRE
Aujourd’hui, dans un bruit médiatique assourdissant, le monde tourne au rythme rapide des carnages. Ici l’on massacre des populations pour leurs croyances, là on pille et on précipite des foules au fond des mers, là encore, on s’enrichit du minimum vital des populations...
L’enfer ? Mais il est ici et maintenant, violent et inhumain ! Absurdité totale d’une évolution qui ne semble plus être une transmutation, mais une fournaise incontrôlée et destructrice de toutes les plus belles idées et valeurs les plus fondamentales. Y a-t-il réellement du sens ici-bas ?

Fondé sur l’individualisme et la perte de foi en son Principe, notre monde moderne dérive vers un destin qui sans doute, ne fera pas, l’économie de la douleur. Les innombrables boucs émissaires que nous nous inventons cachent notre désarroi face aux défis de notre temps — nous refusons l’obstacle en accusant les autres de tous les maux.
Ce monde craque et se fissure — jusqu’où ira-t-il dans son processus de division ?

Dans la vision d’Ézéchiel, la réponse de Dieu était une réponse par « l’épée affutée et fourbie… destinée à mon peuple » Éz. 21,13

Réponse terrible que JÉSUS va modérer quelques siècles plus tard, pour des hommes surement plus aptes à se responsabiliser. Il nous parle encore, aujourd’hui, en ces termes :
« Tout royaume divisé contre lui-même court à la ruine ; et nulle ville, nulle maison, divisée contre elle-même, ne sauraient se maintenir.
Or, si Satan expulse Satan, il s’est divisé contre lui-même : dès lors, comment son royaume se maintiendra-t-il ? » Mathieu 12,25.
Quelle logique simple et implacable dans laquelle Il pousse chaque homme dans ses propres retranchements ! Une logique qui ne donne pas cher de la pérennité de cette irrationnelle barbarie !

Avons-nous donc bien choisi notre royaume d’appartenance ?

« Rendez à César ce qui appartient à César, et à DIEU ce qui appartient à DIEU. » Mathieu 22,21
Laissons La Justice à Dieu, et suivons Teilhard dans sa foi au monde et son accomplissement en Omega.

Teilhard nous propose une belle métaphore pour expliquer la croissance du monde :
« L’évolution psychologique humaine … surgit informe, en poussant devant elle, dans un mélange déconcertant, du bon et du mauvais. Ses eaux, qui minaient sourdement le sol, ou roulent en tempêtes, apparaissent toujours chargées d’impuretés et de débris ; ou bien, avant de trouver leur lit définitif, elles débordent, et bouleversent une part de l’ordre établi. Il faut donc, pour la juger, attendre que son flot soit décanté et calmé. Alors seulement, on peut constater, on doit avouer, qu’elle est infaillible dans ses démarches. Après chaque nouvelle crise, l’Humanité doit se rendre à l’évidence qu’elle a changée à son avantage, qu’elle a progressé. Car la Vie, et la Vie seule, sait ce qui convient à ses enfants ; et la réalité, par ailleurs, cède toujours dans le sens le plus favorable de poussée. » le service de la terre TdC p71,

Changeons notre vision du monde et découvrons la « diaphanie divine » à l’œuvre dans le monde, et cessons de cultiver ce défaitisme dévastateur. Sachons reconnaître les centaines de millions de femmes et d’hommes qui besognent depuis toujours dans ce sens — que ce soit à panser les plaies, à éduquer, à inventer, à créer, à prier, à défendre, à donner, à servir, à s’user et à mourir dans leurs propres dons de leurs vies, ils nous permettent aujourd’hui à notre tour de vivre.
Qu’ils soient chrétiens ou non, croyants ou non, ils participent consciemment ou non, dans le dessein de l’Éternel.

Émerveillons-nous, réenchantons le monde, participons à notre vie commune dans une fraternité humaine active dans la Bienfaisance.

Jean 3,8 : Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit. "
Voilà les conditions structurelles des soi-disant « bien et mal » dans notre monde physique. L’enfer est donc déjà là, bien présent, véritable expérience de l’expiation (dans la vue classique), mais aussi du « prix d’un travail de développement (dans les idées de la Vie cosmique) ». Teilhard p60-61

« Dans la coïncidence des deux points de vue », Teilhard n’exclut donc ni l’une ni l’autre des visions de l’enfer. La souffrance est bien une réalité de notre état d’être déchu qui a voulu et qui veut encore la séparation d’avec sa propre Source.

Le seul moyen d’exorciser ce sort qui nous tient, c’est d’accepter la Grâce qui nous est donnée afin d’effectuer le chemin du retour, celui de la réintégration.

C’est à cette condition qu’il y aura disparition de cette même souffrance, mais aussi de l’enfer du même coup — pas demain, ni au-delà de la mort, mais dès maintenant.

b[« On est chez soi. Partout où s'étend le ciel on est chez soi. En tout lieu de cette terre on est chez soi, lorsqu'on porte tout en soi. » Etty Hillesum
La plupart des gens ont une vision conventionnelle de la vie, [...], il faut avoir le courage de se détacher de tout, de toutes normes [...] il faut oser faire le grand bond dans le cosmos : alors la vie devient infiniment riche, elle déborde de dons, même au fond de la détresse » ]btoujours Etty Hillesum

On croirait entendre Pierre TEILHARD de CHARDIN !
 

Lundi 4 Mai 2015 11:29