Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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sujets de réflexion pour septembre 2011
L’AVENIR DE L’HOMME (editions DU SEUIL)

Chapitre 14 Agitation ou Genèse ? ‘(Paris 30 juin 1948)
Chapitre 15 Les directions de l’avenir (Paris 30 juin 1948)
Chapitre 16 L’essence de l’idée de démocratie (Paris février 1949)


CHAPITRE 14 : AGITATION OU GENESE ?
(Note de J.P. Frésafond : Les données traitées précédemment ne figurent pas dans ce texte afin de faire ressortir l’essentiel de la question posée dans ce quatorzième chapitre.)

Introduction
Le monde tel que nous le percevons est-il une agitation ou une genèse ?
-L’univers représente un système temporo-spatial de nature corpusculaire dont il est impossible de s’évader, même en pensée. Dans cette perspective tout apparaît et subsiste en fonction de l’ensemble. Tel est le sens inattaquable de l’idée d’un univers en évolution.
-Comment juger les mouvements de cet univers : agitation désordonnée ? Agitation dirigée ? Le monde perçu est-il amorphe dans sa structure ou bien laisse-t-il voir un axe préférentiel d’évolution ? Je suggère de montrer sa cohérence en développant successivement les quatre propositions suivantes :
1- La vie n’est pas un accident mais l’essence-même du phénomène d’évolution.
2- La réflexion n’est pas un incident, mais la forme supérieure de la vie.
3- Le phénomène social est profond, il résulte du progrès de la réflexion.
4- Dans l’organisme social humain, le phylum chrétien forme l’axe-même de la socialisation de l’espèce.

1ère proposition : La vie
Dans le cadre de la matière la vie paraît comme un fait négligeable, sa durée planétaire dans les développements sidéraux ne représente qu’une étincelle ou un peu de moisissure sur un grain de poussière. Si la vie est rare, c’est justement parce qu’elle représente une forme supérieure d’évolution.
La vie est en pression dans l’univers, elle apparaît dès que les conditions sont favorables à un processus de complexification croissante. Paradoxalement, la pseudo apparence de localisation de la vie n’est ni fragilité, ni infériorité et de ce point de vue le règne de l’organique qui pouvait paraître exceptionnel est en réalité la règle même qui gouverne l’inorganique. Considéré dans son ensemble l’univers n’est qu’un seul et immense mouvement d’enroulements successifs générateurs d’atomes, de molécules, de cellules, de métazoaires, etc … représentant une somme d’extrême complexité dans laquelle les progrès de l’univers, à travers la terre, deviennent mesurables. Dans ces plus extrêmes complexités la conscience devient discernable, elle est un paramètre d’appréciation du degré d’évolution.

2ème proposition : la réflexion
Naguère, l’instinct animal pouvait être considéré comme une grandeur homogène, variant linéairement jusqu’à la pensée humaine. Désormais il faut voir les choses autrement : ce n’est pas sur une seule ligne que doivent être considérées les choses, mais sur un immense éventail de nervures d’où a jailli et se propage la conscience, autant de formes animées, autant de longueurs d’ondes de conscience…Dans cette gerbe de psychismes y a-t-il une tige privilégiée ? Les biologistes hésitent à se prononcer. La question reste sans réponse, ce qui voudrait dire que, jusqu’à l’apparition de la vie, l’évolution a été dirigée et qu’au-delà la piste se perd ; sauf à reconnaître une valeur privilégiée à la conscience réfléchie.
Depuis Bergson, il est de bon ton de minimiser le phénomène de la réflexion par rapport aux autres formes de connaissance (comme les instincts animaux). Cette tendance est néfaste si elle banalise le phénomène de la réflexion, lequel se définit comme une force de prévision et d’inventions infinies. Pour l’évolution, le passage de l’irréfléchi au réfléchi est le franchissement d’un seuil critique conduisant à la libération responsabilisante de l’Espèce humaine. Notons que ce succès est obtenu après l’échec de nombreuses tentatives de la nature vers l’élévation de la conscience. De ce point de vue, enfin, tout prend figure et tout continue dans l’histoire du monde.
3ème proposition : la vie réfléchie et son rôle dans le phénomène de socialisation de l’homme
En ce qui concerne les deux propositions précédentes le chemin a été tracé dans la jungle des faits, l’unanimité est presque faite dans le milieu scientifique quant à la position centrale de la vie. Mais au-delà de l’homme le chemin se perd et nous arrivons sur le front de la bataille : la pierre d’achoppement est l’impossibilité d’imaginer l’émergence de quelque chose de plus complexe que l’homme, d’où la tendance à regarder la marée vivante comme un milieu homogène. Arrivée au stade de la réflexion la vie se disperserait en unités ethno culturelles divergentes et indépendantes ; il faudrait donc se résigner à accepter que la vie débouche sur une impasse ; pour en sortir, la seule issue possible doit se trouver dans les forces de socialisation de l’humanité.
Par accoutumance et par ignorance nous reléguons dans le même placard le phénomène social et celui de la réflexion. Et pourtant, quoi de plus naturel que les éléments d’humanité que nous sommes éprouvent le besoin de s’organiser en réseaux. D’ailleurs certains scientifiques ne voient rien d’intéressant ou de prometteur à ce qu’ils qualifient d’épiphénomène juridique.
En réaction à cette position, pourquoi ne pas décider que ce n’est pas par hasard mais par raison de structure cosmique que l’homme naît « légion » car c’est inscrit dans son patrimoine génétique ? A partir de ce postulat les individus zoologiques que nous sommes s’organisent en dimension planétaire et ainsi l’humanité entière devient intelligible et fait mine de dériver vers un point critique d’évasion psychique. Au-delà de cette hypothèse nous ne distinguons plus rien , sauf dans le cas du phénomène chrétien qui utilise un centre source de connaissance, celle de la Révélation.
4ème proposition : dans le genèse de l’organisme social humain l’Eglise n’est pas un épiphénomène mais l’axe d’un rassemblement.
Pour ceux qui ne voient dans le phénomène religieux qu’une association purement conventionnelle d’esprits dans un monde imaginaire, cette proposition peut être suspectée d’illuminisme. Pourtant, absolument fondamental est pour le dogme chrétien l’idée que l’être humain ne s’achève que dans l’union en Dieu de tous les hommes. Or, voici qu’à ce super organisme mystique un mystérieux partenaire se découvre du côté de la biologie, à savoir, une noosphère rassemblée sous l’effet totalisant de la réflexion. Alors, comment ces deux entités, l’une surnaturelle et l’autre naturelle, ne se rapprocheraient-elles pas dans la pensée chrétienne ? Et dans ce cas, le point critique de maturation entrevu par la science ne serait que la condition physique et la face expérimentale du point critique postulé par la Révélation ? Cette configuration comporterait deux représentations complémentaires de la fin du monde : l’une étant rationnelle et l’autre étant religieuse. Ainsi nous voyons que la force ascensionnelle chrétienne s’embraye directement sur le mécanisme propulsif de l’évolution. C’est ici que commence à se dessiner dans la conscience humaine l’action transcendante d’un Dieu personnel et la perfectibilité immuable d’un monde en progrès.

Conclusion
Observée sous un certain angle, l’agitation cosmique cesse d’être désordonnée et s’oriente suivant un axe dynamique au terme duquel le phénomène humain se détache comme la forme la plus avancée du processus de l’évolution. En présence de tant de cohérence il faudrait avancer de sérieuses raisons pour se dérober.
Prise séparément, chacune des quatre propositions correspond à une intuition, soit une sorte de choix.
Bien entendu il demeure possible à chacun d’entre nous de se dégager du processus mais cela n’est pas sans conséquence sur sa réussite, ce qui est particulièrement vrai quant à la troisième proposition celle qui, précisément, traite de la socialisation de l’humanité. Dans ce cadre, l’individu n’arrive au bout de lui-même et ne se personnalise complètement que solidairement avec tous les hommes. Dans ce cas, la conscience ainsi éveillée fait de l’homme un élément responsable qui joue un rôle important dans une évolution en cours de rebondissement, et lui donne le goût et la motivation d’agir. Il est à la fois l’auteur et l’acteur de son propre scenario.
Dans de telles conditions, refuserions-nous de voir dans la socialisation autre chose qu’un arrangement de fortune et que l’échafaudage des relations politico économico sociales de la terre, système qui serait arbitraire, conventionnel et fugace ?
En présence d’une telle divergence d’attitude, comment ne pas voir que l’effort ici tenté pour déterminer un axe d’évolution est, en réalité, une condition unique de survie pour notre espèce ?

CHAPITRE 15 : LES DIRECTIONS DE L’AVENIR (Paris 30 juin 1948)
(Note de JPF : Dans ce chapitre j’ai aussi évité les redites par rapport aux chapitres précédents)

L’avenir humain est imprévisible à cause du nombre variable important de facteurs physiques et l’émergence continuelle des facteurs psychiques. Cet avenir échappe à tout calcul précis, la biologie n’est pas l’astronomie. Il serait cependant excessif et dangereux de penser que cet avenir est indéterminé comme l’estiment les existentialistes car il est scientifiquement inexact que l’avenir soit considéré comme une substance vierge. La vie n’est pas un simple état mais un mouvement dirigé, lié à la structure de la cosmogénèse et, de ce chef, elle a un fil que rien ne saurait supprimer qui doit être respecté. Il est essentiel d’énumérer les principaux axes de ces influences incontournables.


1- Les directions
Le monde de l’homme laisse prévoir certaines orientations de développements progressifs et définitifs :

(a) Montée continue de l’unification sociale.
On ne peut pas prédire le type d’organisation mondiale qui prévaudra, mais ce qui est certain c’est que l’humanité va vers toujours plus d’inter-liaisons, en voici la raison : après une période d’expansion de l’humanité, s’est produit un effet de compression que rien ne saurait inverser, en réaction duquel des arrangements surgissent qui, finalement, se dirigent vers une organisation de type unitaire.

(b) Conséquence, montée de la technique et du machinisme.
Dans une humanité sous pression qui s’unifie, le machinisme devient envahissant, il libère du travail physique et mental mais aussi, par effet de retour, il fait monter le niveau intellectuel et technique, satisfaisant ainsi notre double tendance innée de vouloir toujours plus avec un minimum d’effort ; comment pourrait diminuer l’attrait de tels avantages ?

(c) Montée de la vision
L’approfondissement de nos perceptions est dû à la puissance accrue de nos instruments et, grâce à cela, nous libérons des énergies utilisables plus en avant, dans des efforts de recherche et de création. L’envers de la médaille est l’accroissement symétrique de nos soucis et spéculations théoriques. Mais chacun sait maintenant que la chose la plus impossible à arrêter, c’est la marche d’une idée, rien ne peut empêcher l’homme de penser, chercher et expérimenter. Il faudrait être insensible à l’excellence de ce progrès humain pour le considérer comme humiliant et portant atteinte à notre liberté, car c’est à l’homme de réagir à ses propres progrès, le plus rapidement possible, pour utiliser les énergies disponibles et aller encore plus loin. C’est la loi d’un univers dynamique : le psychisme court derrière le technique.

2- Les Conditions
Parce que des facteurs incoercibles nous forcent à avancer, faut-il conclure que l’évolution biologique doive facilement aboutir ? Nullement ! Et cela pour une série de raisons concernant les conditions de survie, de santé et surtout de synthèse.

(a) Conditions de survie :
-Les risques de catastrophes sidérales se comptent en temps astronomiques par rapport à la brièveté de la vie, ce qui réduit considérablement la probabilité d’une fin prématurée de l’humanité sur une planète parmi les autres.
-Les risques de disparition totale de la vie par épidémies infectieuses sont peu probables en raison de la réactivité de la recherche médicale moderne.
-Quant à l’épuisement des énergies fossiles et des métaux, la chimie du carbone y pourvoira.
-Le problème le plus dangereux concerne l’alimentation des espèces animales (dont l’homme) car les terres cultivables sont limitées, fragiles et irremplaçables. L’humanité est un géant aux pieds d’argile.

(b) Conditions de santé :
(Note JPF ; étant donné que ce paragraphe n’est pas contractable, il fera l’objet d’un commentaire spécial que j’ai retranscrit intégralement.)
Et par là j’entends beaucoup moins le soin de l’hygiène et de l’entrainement physique que les problèmes vitaux, volontairement ignorés, posés par la génétique.
Sur terre, je le rappelais à l’instant, le nombre des humains après n’avoir accru que lentement jusqu’au XVIIe siècle environ 400 millions, s’est brusquement mis à augmenter de manière inquiétante . Nous en sommes à 2 milliards en 1940. Quantitativement et qualitativement, il est claire que cette explosion démographique fait apparaître des nécessités et des difficultés absolument nouvelles.
Depuis le paléolithique, et surtout le néolithique, l’homme avait toujours vécu en régime d’expansion : croître et se multiplier était pour lui une même chose.
Et voici tout à coup que devant nous surgit et se rapproche à vitesse vertigineuse le mur de la saturation. Comment faire, d’une part, pour que sur la surface close de la planète ne dépasse pas un optimum au-delà duquel tout accroissement supplémentaire signifierait famine et étouffement ? Et comment faire, surtout, pour que dans cet optimum numérique ne figure que des éléments aussi harmonieux en soi et aussi harmonisés entre eux que possible ?
Eugénisme individuel et eugénisme racial, soit du point de vue organisation technique, soit du point de vue résistance psychologique, on se heurte dans ces deux directions, je le sais bien, à des difficultés apparemment insurmontables. Il n’empêche que le problème d’une saine construction de l’humanité est désormais là, tout près, grossissant chaque jour sous nos yeux.

Aidés par la science, et soutenus par un sens renouvelé de l’espèce, saurons-nous franchir le tournant dangereux.

(c) Conditions de synthèse
Que veut dire ce terme ? Cosmiquement parlant, l’homme se trouve collectivement pris dans un tourbillon d’organisation qui le soulève vers une intensification de son pouvoir de réflexion, étant donné la nature de ce phénomène, à quelle règle doit-il obéir pour que sa transformation aille dans le bon sens ?
Si les hommes sont liés entre eux superficiellement par coercition, ils se détériorent, régressent et se mécanisent. Il n’y a donc pas d’autre alternative qu’une union réalisée par affinité mutuelle interne, laquelle rapproche les êtres de centre à centre, les personnalise tout en les différenciant. Pour plus d’information, voir le chapitre 10 de ce livre « Formation de la noosphère » écrit en 1947. Un an après l’avoir écrit, je me sens beaucoup moins disposé à penser qu’à soi seul le serrage de la masse humaine suffise à réchauffer psychiquement, mais plus fermement que jamais, je persiste à croire en l’existence cachée d’une force d’attraction liant les hommes, symétriquement placée, pourrait-on dire, aux forces nucléaires, de l’autre côté du spectre des complexités. Mais ces forces d’attraction que nous soupçonnons ne seraient-elles pas liées au rayonnement de quelque centre ultime de rassemblement psychologique, à la fois transcendant et immanent, ouvrant à l’action spirituelle humaine une issue irréversible ? Ce postulat parait indispensable pour conserver le goût de vivre. Mais ce postulat ne contiendrait-il pas un élément irréductible d’indétermination et d’incertitude ?

Conclusion
Entre ces diverses influences, comment la balance s’établit-elle ? Autrement dit, dans le dilemme biologique posé : s’unir ou périr, dans quel sens plutôt que dans un autre pouvons-nous admettre que tend à se résoudre l’indétermination essentielle de l’aventure humaine ?
Plus on observe la marche montante de la vie, plus on songe que la multitude croissante d’éléments réfléchis engagés dans l’édification de la noosphère, jouant les probabilités liées aux grands nombres, donne davantage de chances à l’issue heureuse postulée.

D’autre part, plus les libertés sont nombreuses, et par jeux concertés, plus elles se rectifient réciproquement pour avancer dans la direction pour laquelle elles se sont polarisées.
Non point un hasard cette fois, mais par calcul raisonné, je parie sans hésiter pour le triomphe ultime de l’hominisation.

Pour un Chrétien, le succès final de l’homme est non seulement une probabilité, mais une certitude. Cette certitude dérive d’un acte de foi surnaturel qui dans un sens laisse subsister dans le croyant toutes les anxiétés de la condition humaine.

CHAPITRE 16 : L’ESSENCE DE L’IDEE DE DEMOCRATIE (Paris février 1949)
L’idée de démocratie n’est pas un concept abstrait. A ses origines et encore maintenant, elle est une aspiration confuse qui relève de la psychologie plutôt que de la logique. Nous passons notre vie en gestes contradictoires pour essayer de nous déchiffrer mais, pour cela, encore faudrait-il que nous nous connaissions nous-mêmes.
L’idée de démocratie serait plus compréhensible si nous laissions provisoirement de côté ses aspects politiques et juridiques. Il faudrait en commencer l’étude en partant de la biologie.
Plutôt que la question « qu’est-ce que la démocratie ? » Demandons-nous : « qu’est-ce qui se cache derrière l’idée de démocratie ? »

1) Etat évolutif présent de l’humanité
Tous ceux dont la profession est d’étudier les sociétés humaines, travaillent comme si l’homme social était une pâte à modeler inerte, alors qu’il s’agit d’une substance vivante marquée de lignes de croissance bien définies.
La plus fondamentale caractéristique de la société humaine est de se trouver, par un double effet de compression et de compénétration psychique, en cours d’unification et d’organisation. Mais ceci sous réserve que pour être viable et stable, le résultat visé n’est pas d’étouffer mais d’exalter l’originalité incommunicable de chaque élément. La chose est possible comme le prouvent à échelle réduite certaines expériences réussies d’équipes et d’associations. L’attirance vers la généralisation de ce genre d’expérience est irrépressible, elle est de nature cosmique.


2) Définition et interprétation biologique de l’esprit de démocratie.
L’emballement vers cet idéal ne doit pas nous faire perdre de vue les fondamentaux que sont : le sens évolutif et le sens de l’Espèce. Pour ce faire, examinons les termes de la formule Liberté Egalité Fraternité qui sont indissociablement liés à l’idée de gouvernement du peuple par le peuple et ensuite examinons les conséquences avec les oppositions de la forme libérale et de la forme socialiste de la démocratie.

(a) Liberté, Egalité, Fraternité
Ce slogan a galvanisé l’Occident, bien que son contenu soit imprécis :
-Liberté ; pour tout faire ?
-Egalité ; sur tous les points ?
-Fraternité ; basée sur quels liens communs ?
Ces trois mots sont plus sentis que compris. Ne seraient-ils pas mieux définis en se plaçant du point de vue de la biogénèse ? Soit la proposition suivante :
-Liberté : chance offerte à chaque homme d’aller au bout de lui-même.
-Egalité : droit pour tous les hommes de participer, suivant leurs qualités et leurs forces, à l’effort commun destiné à promouvoir l’avenir de l’individu et celui de l’espèce ; ce qui répond à un besoin légitime éprouvé par chaque homme afin de participer aux affaires humaines ; besoin allant plus loin que les revendications matérielles qui agitent les classes défavorisées.
-Fraternité : c'est-à-dire, d’homme à homme, sens d’une inter liaison organique fondée d’abord sur le fait d’être à la pointe de l’évolution, bien plus que de faire partie d’un même groupe.

(b) Démocratie libérale et démocratie libérée.
Un questionnaire de l’UNESCO concerne le contraste entre démocratie et socialisme, l’objet de cette enquête étant de résoudre les tensions qui opposent l’Est et l’Ouest. Curieusement, les deux notions opposées mentionnées ci-dessus ne sont qu’apparemment contradictoires, car elles correspondent aux deux composantes naturelles que sont la personnalisation et la totalisation dont la conjugaison définit biologiquement les progrès de l’anthropogenèse et qui jouent par effet de balancier : un pas à gauche, un pas à droite ! Cette opposition est, sans contradiction de fond, vue sous un angle biologique. Il faudra bien un jour résoudre cette harmonisation, mais comment ?
3) La technique des démocraties
Ce questionnaire de l’UNESCO est un audit général sur les méthodes et les moyens employés en démocratie. Je donnerai mon avis du point de vue du biologiste, seul domaine où je sois compétent :
(a) Deux conditions générales doivent être respectées.
-La première est de laisser à l’individu un angle maximum d’orientation à l’intérieur duquel il développe son originalité pour s’ouvrir et atteindre un niveau de conscience plus élevé.
-La seconde est compensatrice de la première, elle consiste à favoriser les courants de convergence au sein desquels les initiatives personnelles peuvent trouver leur achèvement (c’est une des lois de l’anthropogenèse). En somme, il s’agit d’un judicieux mélange de laisser faire et de fermeté qui exige un maximum de tact et de savoir faire. C’est un art ; il n’y a que des cas particuliers.

(b) En deuxième lieu et par suite, c’est seulement par essais et tâtonnements que peut se développer l’idéal démocratique. Malgré les forces de compression unifiantes, l’humanité est formée de pièces hétérogènes maturées, la démocratisation ne peut s’opérer qu’à force d’imagination et de souplesse.

Conclusion
C’est de la découverte, de l’entretien et de l’accroissement du sens de l’espèce que dépend tout arrangement démocratique. Seule une puissante polarisation des volontés individuelles peut assurer la convergence de cette pluralité vers la fuyante essence de démocratie et de liberté.

Vendredi 1 Juillet 2011 17:07