Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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L'AVENIR DE L'HOMME, Editions du SEUIL


Dans cette conférence écrite à Pekin en mars 1945, Teilhard analyse les causes de la deuxième guerre mondiale qui est en train de s’achever : L’humanité tremble, se fissure et se referme par blocs immenses, nous sommes le jouet d’énergies qui dépassent des millions de fois nos énergies individuelles. Ce conflit mondial n’est pas une simple affaire de réajustement périodique d’équilibre. Ce que nous vivons et subissons sont des évènements liés à l’évolution générale de l’humanité, et c’est à l’échelle de la planète que nous devons nous situer pour les observer et les comprendre.

Ce n’est pas la première fois que Teilhard s’exprime sur le sujet de la guerre, puisqu’il a vécu celle de 14/18 dans les tranchées, il peut parler de ce problème avec une hauteur de vue assez unique, il utilise pour cela des propos très lucides qu’il faut avoir le courage de lire. Ces propos peuvent évidemment déplaire, surtout quand il écrit par ailleurs (PHENOMENE HUMAIN, ACTIVATION DE L’ENERGIE, etc …) que la guerre est une phase inévitable et malheureusement nécessaire à l’évolution de l’humanité. J’entends ici les remarques connues : « Si Dieu existait il n’y aurait pas de guerre »… ou encore : « Comment Dieu peut-il tolérer la guerre ». Dieu est muet, peut-être surveille-t-il les différentes phases de la divine manip qu’il a lancée … Peut-être considère-t-il cela comme la dissipation d’énergie résultant de toute organisation en cours d’élaboration ?

Mais ne serait-ce pas plutôt les êtres humains qui sont responsables lorsqu’ils répondent à l’appel des « fous de guerre » qui leur disent : « Dieu est avec nous » ? Pourquoi les é »clésiqstiques bénissent-ils les canons ? Pourquoi des missionnaires de diverses religions veulent-ils imposer leur religion à des populations qui en pratiquent une autre, tout autant respectable et adaptée à la population locale ?

Je note que Teilhard dans ce chapitre fait un rappel, une analyse et une synthèse des connaissances scientifiques avérées et amassées depuis cinquante ans dans les domaines de l’astrophysique, physique, biologie. Ses connaissances étaient visionnaires. Ses conclusions sont plus que jamais d’actualité et donnent un sens à la vie à n ul autre pareil, une espérance inégalée ; données reprises et récupérées par tous les vulgarisateurs actuels.

C’est lui qui, l’un des premiers, a proposé ce qui n’est plus une hypothèse, la victoire de l’improbable sur le probable. Il est le pionnier et l’artisan de ce qu’il nomme « disparition de la vieille irréductibilité entre la biologie et la physique ». Et il conclut : Au-delà du billion d’atomes, tout se passe comme si les corpuscules matérielles s’animaient si bien que l’univers s’arrange en une seule grande série clairement orientée et montante, de l’atome à l’être humain… l’Homme est la plus complexe des molécules, etc … »

De proche en proche, Teilhard nous amène à l’humanité contemporaine en phase de planétisation. On retrouve un Teilhard combatif qui n’a pas peur des mots : Lorsqu’on lit un traité philosophique, scientifique ou social sur l’avenir de l’humanité, fut-il écrit par Bergson, on est frappé par les présupposés selon lesquels l’Homme est parvenu à son état suprême, définitif et indépassable. Le processus de super-molécularisation serait complètement arrêté. Ces allégations sont décourageantes, gratuites et scientifiquement fausses, c’est un préjugé immobiliste. Au contraire, tout suggère que nous entrons dans une phase particulièrement critique de super-humanisation sociale… L’idée d’une totalisation planétaire de la conscience humaine (idem sur les autres planètes) n’est-elle pas l’extrapolation de la courbe cosmique de molécularisation ?

Pour appuyer cette idée, Teilhard cite son ami Sir Julian Hyxley, prix Nobel de biologie, qui diagnostique et traite de l’humanité comme s’il s’agissait d’un cerveau des consciences.

Cette deuxième guerre mondiale, selon Teilhard, est une crise d’enfantement proportionnée à l’énormité de la naissance attendue. Enormité qui donne la dimension que prend la notion nouvelle de Liberté/Responsabilité , deux termes à jamais inséparables désormais ; nouveau seuil critique que nous devons intégrer ce commandement de Teilhard digne du Décalogue : Il faut que les unités humaines prises dans le mouvement se rapprochent entre elles, non pas sous l’action de forces externes, mais sous l’action directe de centre à centre, par attirance VOLONTAIRE.

Voici énoncés les mots clefs : CENTRE A CENTRE et VOLONTAIRE QUE Teilhard complète par cette idée : C’est par sympathie que dans un univers personnalisé les éléments humains peuvent accéder à une plus grande synthèse.

Cette vision des choses est utopique, comme le dit lui-même Teilhard, mais à mon avis « utopique » ne signifie pas irréalisable.
Prenons l’exemple d’une équipe de footbal : les onze joueurs représentent une masse de 80 kg x 11 soit 880 kg. Les efforts fournis par l’équipe représentent 300 KW x 11 joueurs, soit 3 300 KW. On peut aussi ajouter le facteur « buts marqués » en 10 matches soit 25 buts, divisés par 10 = 2,5 buts par match. Et pourtant, ces données ne seraient pas suffisantes pour pronostiquer le match à venir. Il faudrait pour cela connaître l’état de cohésion de l’équipe et le niveau de sa stratégie et, aussi, confronter ce bilan à celui de l’équipe adverse. Nous achoppons ici contre l’état physique et mental des deux équipes adverses le jour du match, mais ce n’est pas une raison pour négliger ces éléments connus avant l’épreuve. C’est cela une utopie, il faut jouer tous les jours, parier sur des résultats escomptés. Avec le moral on a une chance de gagner ; sans le moral on n’en a aucune.

Pour le salut de l’humanité, il faut s’obliger d’opposer des forces positives aux forces négatives, telle est la lutte du bien contre le mal ; si non, la fin de la matière étant une certitude, aucune « vapeur d’esprit » ne se dégagera des « cendres froides » de la fin du monde.

Il faut injecter à l’humanité une drogue qui s’appelle amour de l’évolution. On peut la trouver dan L’HYMNE A LA MATIERE que Teilhard a écrit dans « LE CŒUR DE LA MATIERE » (SEUIL, tome 13, page 90) et qui commence ainsi : « Je te bénis, Matière……. »

Je conclus mon propos par une citation de Teilhard, extraite du chapitre 6 : Dans quelles conditions ne devient-il pas concevable que l’humanité atteigne un seuil critique au-delà duquel, laissant ce qui reste de matière retourner à la masse évanescente de l’énergie primordiale, tandis que l’énergie psychique, enrichie de nos individualités, rejoindra le point Omega ?

Sauf erreur de ma part, c’est le message que Teilhard a voulu faire passer dans ce chapitre 6.

Dimanche 27 Mars 2011 15:59