Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Les idées lancées par Teilhard à propos du péché originel lui valurent son éviction du corps enseignant catholique en 1923. Pourquoi ?
Parce qu’il avait écrit que cette notion de chute était incompatible avec la théorie de l’évolution de la matière, telle qu’il la concevait.

En effet, pour un évolutionniste comme lui, il était logique et cohérent de refuser le concept de péché originel (ou de chute) que d’ailleurs les théologiens ne sont pas en mesure de définir clairement. Teilhard ajoutait à ce sujet que le péché originel barrait la route aux cherchants qui voulaient rejoindre l’Eglise.

Je n’engage que moi en supposant que l’Eglise a peut-être eu peur que la suppression de la faute originelle n’induise la caducité du principe d’un Rédempteur venu sur terre pour effacer cette faute et, en cela, Elle faisait semblant d’ignorer que, selon Teilhard, le Christ est avant tout le phare de l’humanité en l’éclairant et lui indiquant son issue glorieuse ; autre manière de la sauver. Rappelons que les luttes auxquelles se livrèrent les Eglises chrétiennes primitives étaient de même nature quant aux motifs (monophysites et autres sectes).

Pour Teilhard, entre l’AVANT et l’APRES de la création il n’y aurait pas eu la chute du Créateur dans la matière (ou dans la multitude selon d’autres langages) mais il y aurait eu un changement d’état avec lequel l’Esprit du Créateur serait passé d’un espace temps imaginaire à un espace temps manifesté. On peut figurer ce changement d’état en le comparant au phénomène chimique de la sublimation, passage de l’état solide à l’état gazeux (ou l’inverse) sans passer par la phase liquide. Selon Teilhard, il n’y aurait pas eu de chute mais un passage; d’ailleurs, il souligne cette conception en ajoutant la remarque suivante : « Y a-t-il eu seulement un haut et un bas ? » (allusion à la formule clé de la Table d’Emeraude : « Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

Pour se convaincre de la consubstantiation de l’Esprit et de la matière selon Teilhard, il faut lire son « Ode à la matière » (c’est moi qui la baptise ainsi), page 90, Tome 13 « Le Cœur de la Matière » : « Je te bénis, Matière, et je te salue … »

Avant la création la Perfection Divine est hors espace temps, après la création, la Perfection Divine se développe dans l’espace temps. Ce n’est qu’une « brève histoire de temps » comme le disait S. Hawcking dans son livre du même nom.

Dans certains milieux religieux on se complait à entretenir le mystère et il est sacrilège d’enfreindre cette règle. Dans certains milieux scientifiques, on se complait à tout soumettre au rationalisme et les hypothèses de travail devraient être démontrées d’avance ; enfreindre cette règle plongerait le scientifique dans le ridicule, il serait traité de « mystique », ce qui serait l’opprobre totale. Mais la Science fait semblant d’ignorer ce qu’elle doit aux rêveurs et spéculer sur l’avant big-bang est impardonnable.
Ni l’Eglise, ni la Science n’ont absous Teilhard de son intuition et de ses hypothèses.

Pour Teilhard, l’avant et l’après big-bang ne vont pas l’un sans l’autre, ils sont les deux phases du même phénomène. Selon lui, la meilleure approche de l’avant big-bang est la voie mathématique car elle peut aider à concevoir un espace temps imaginaire.
Dans son livre « Science et Christ » (p. 229) il se réfère à des fonctions algébriques contenant un terme imaginaire. Or, au cours des années 80, plusieurs astrophysiciens (Reeves, Capra, Nicolescu, Wheeler …)convergent sur cette abstraction de Teilhard (mais sans le citer). Ils la dénomment « Principe anthropique » que Wheeler résume par une question : La seule manière d’exister pour un univers, ne consisterait-elle pas à permettre le développement de la vie, de la conscience et de l’observation (par un observateur) au cours d’une petite fraction de son histoire ? »
L’évolution partant des particules élémentaires et arrivant à l’Homme ne prouverait-elle pas déjà que l’univers à un sens ? (autre manière de dire).

Je rapproche ce principe anthropique du principe d’émergence que Teilhard imagina dès les années 30 : Dans le monde, rien ne saurait éclater au grand jour comme final qui n’a d’abord été obscurément primordial . Sire Julian Huxley, prix Nobel et ami de Teilhard, approuvait cette formule. Cinquante années plus tard, Hubert Reeves, connu de tous, écrivait son livre « L’heure de s’enivrer » où l’on peut lire : « (…) la matière possédait, dès les temps les plus lointains, toute l’information requise pour aborder et poursuivre cette ascension. »
Reeves évoquait aussi une connivence mystérieuse entre la conscience et le cosmos, mais, précisait-il : « Cette remarque n’a rien de scientifique et n’est pas intéressante pour donner une explication finaliste dans laquelle l’univers aurait été programmé pour engendrer l’Homme. »

On constate la même hésitation dans les milieux astrophysiciens , y a-t-il eu un ou plusieurs big-bangs ? L’univers est-il en expansion ou en pulsation ? Mais ils rejettent l’idée d’une expansion nourrie en permanence par une insufflation d’énergie venue « d’ailleurs » (venue de Dieu !). Mais qu’en savent-ils ? Ils se réfèrent aux lois prouvées de la thermodynamique, ce en quoi ils ont raison, cependant, ils calculent une masse de l’univers, alors qu’ils n’en connaissent pas les limites… Là où ils sont tous d’accord : aucun d’eux ne fait allusion à une quelconque « chute ».

Il est certain que Teilhard dérange, pour s’en protéger beaucoup l’ignorent, d’autres le traitent de poète, de décalé par rapport à la science moderne. On ne peut laisser dire de pareilles inepties. Teilhard était contemporain de Planck et d’Einstein et il connaissait les théories quantiques et relativistes. Il admettait lui-même que dans sa jeunesse, entre 1905 et 1908 au lycée du Caire, que la physique qu’il avait alors enseignée était d’une autre époque.

Ce que Teilhard a apporté à la science est du même ordre d’importance que les pensées de Planck et d’Einstein. Tous les trois ont changé les règles de la recherche scientifique : théorie de la relativité, mécanique quantique et principe d’émergence sont d’une égale valeur révolutionnaire.

Teilhard ne sera probablement jamais canonisé par l’Eglise, cependant, en 1950, il fut élu à l’Académie des Sciences et, à ce titre, Membre de l’Institut, ce qui n’est pas moindre.

Dimanche 21 Février 2010 10:28