Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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sujet de travail pour le 28/10/2011
L'Avenir de l'Homme, tome-5, Editions du Seuil


Chapitre 17 : L’HUMANITE SE MEUT-ELLE BIOLOGIQUEMENT SUR ELLE-MEME
Sous-titre : UNE NOUVELLE QUESTION DE GALILEE


La réflexion de Teilhard porte sur le contenu du message chrétien qui doit s’adapter aux époques traversées. Avant Galilée, et dans toutes les religions, les dogmes reposaient sur le primat de la terre autour de laquelle tournaient les planètes, les étoiles et tout l’univers. De ce fait, il n’y avait pas de place pour la méditation et la réflexion mystico-philosophique, les dogmes étaient une sorte d’ astrologie religieuse sur fond de révélation.
Copernic bouscula le système avec sa théorie astronomique mais, prudemment, il ne la publia pas de son vivant ; Galilée le fit à sa place en la diffusant au péril de sa vie. Il fallut attendre plusieurs siècles pour que l’Eglise de Rome reconnaisse que ces deux hommes avaient raison.

Selon les naturalistes contemporains de Teilhard, l’homme était une créature de Dieu, hors du règne animal, qui avait atteint son apogée et son équilibre. Mis à part son psychisme plus éveillé, rien ne le distinguait des animaux.
Enfin, à cette époque pas si lointaine, le mot « évolution » était tabou. Quand Teilhard, se référant à Einstein, proclama que si l’univers est courbe, toutes les manifestations de la matière le sont aussi, y-compris le comportement de l’énergie spirituelle, les boucliers des conservateurs se levèrent pour exprimer leur opposition à cette idée. Il faut préciser que c’est Teilhard qui conçut et développa l’idée de l’évolution de la matière. Darwin n’a fait que reprendre la théorie de l’évolution des espèces animales que ses prédécesseurs Buffon et Lamarck avaient déjà ébauchée.

Mais revenons à notre sujet ; La contestation fut à son comble quand Teilhard ajouta que la société humaine suivait la même loi (l’enroulement de la vie sur elle-même) en se comportant comme un organisme biologique. Espérons que cette dernière idée de Teilhard sera admise avant le XXVe siècle.

Sous l’action de la progression fulgurante de la démographie, la visibilité des effets de compression est de plus en plus évidente. ; citons entre autres l’organisation mécaniciste de la société qui dilue dans les grands nombres une individuation de plus en plus souhaitée par chacun d’entre nous.

Mais Teilhard prévoit un phénomène caché inverse : par effet de synergie la compression induit un échauffement psychique qui propulse l’homme vers des sommets de spiritualité… à condition toutefois qu’il fasse ce « pari de casino » que l’Eglise nomme espérance. Le message est difficile à faire passer, mais nous n’avons pas le choix. Espérons que l’esprit critique qui se développe dans l’humanité n’aura pas que des effets négatifs. A mon avis, les effets positifs ont des chances non négligeables car ils vont de paire avec la surinformation qui sévit dans tous les domaines. Les seuls facteurs négatifs à vaincre sont la paresse et les plaisirs futiles qui vont de paire avec l’instinct grégaire. Cet instinct, Teilhard le classe dans le jeu des grands nombres inorganisés mais, remarque-t-il, si la société humaine n’est pas encore majoritairement génératrice de vertus, il faut reconnaître que c’est bien d’elle que provient le formidable élan scientifique qui bouleverse et renouvelle notre conception de l’univers. Ainsi devons-nous convenir que la totalisation humaine est le moteur de la psychogénèse, phénomène d’ordre et de dimension biologique, dans l’axe même de la cosmogénèse, soit donc le processus évolutif universel.
L’univers serait-il un système destiné à transformer de l’énergie en informations ? Teilhard prolonge cette idée qui tournait dans sa tête depuis longtemps et il la récupère pour secouer l’humanité :
« Le monde poursuit en nous son évolution et il nous appartient désormais de choisir entre deux jugements antagonistes sur lesquels nous devons nous prononcer au plus tôt :
-Soit la collectivisation est un effet de super arrangement biologique destiné à nous ultra personnaliser, ce qui est bon.
-Soit cette collectivisation qui nous attend est un phénomène de mécanicisation deshumanisant. »


L’heure de choisir est arrivée : d’un côté de la balance , un état hautement probable d’entropie maximale qui tend vers le fer, de l’autre, un état de néguentropie hautement improbable mais possible, qui tend vers le Point Omega ; refus de l’effort ou esprit d’espérance dynamisant ? Ce choix est un bouleversement aussi important dans notre conscience que le furent autrefois les découvertes de Copernic et de Galilée. Maintenant que l’homme est « savant », il choisit en connaissance de cause par un raisonnement logique.

Chapitre 18 : LE CŒUR DU PROBLEME

Teilhard le dit clairement, et pourtant il n’était pas anticlérical :[« L’un des aspects de l’homme actuel est l’insatisfaction généralisée en matière de religion, celle-ci ne laissant aucune trace d’espérance, sauf en matière d’humanitaire. »

Je dirais que ce n’est déjà pas si mal, cela témoigne d’une certaine foi en l’homme, mais c’est insuffisant. Et Teilhard d’ajouter :« L’athéisme est irrésistiblement montant … »
Il écrivait cette réflexion en 1949 lors d’un séjour en France ; que dirait-il de plus au XXIe siècle ? Je peux témoigner : en 1949 j’avais treize ans. A cette époque les églises lyonnaises étaient toujours combles pendant les trois messes du dimanche matin. Maintenant, il n’y a plus qu’une messe le dimanche matin et le dimanche soir où on s’y ennuie terriblement. Le rituel de Vatican-2 n’est pas seul responsable de cet ennui. Les gens confondent dans leurs discours l’anticléricalisme et l’athéisme ; il y a confusion entre le contenu d’un sermon et ce que représente celui qui le prononce ; beaucoup de prêtres n’y croient plus. Le Pape actuel écrit dans ces livres des choses parfois intéressantes, mais peu de gens le lisent, ils n’entendent que les rumeurs médiatiques.
Le problème de l’Eglise catholique est qu’elle ne sait pas communiquer la foi qu’elle propose. Il ne s’agit pas de basculer dans l’excès des hommes politiques qui ne décident qu’en fonction de l’opinion publique, ce qui conduit à une absence de gouvernance des affaires de l’Etat. L’Eglise est dans l’excès inverse, tout aussi mauvais, elle prétend diriger des milliards d’âmes avec un discours suranné, incompréhensif, et surréaliste qui ne génère que sarcasmes et désintérêt chez les athées. En France, pour ne citer que ce pays si particulier en matière de convictions religieuses, à première vue, il est difficile de discerner la différence entre un athéisme intellectuel profond et un athéisme superficiel de convenance. Mis à part une marge infime d’infrahumains, je ne pense pas qu’il puisse exister des personnes qui ne croient en rien ; surtout à notre époque de vulgarisation massive de données culturelles et scientifiques. Même les rationalistes, et surtout eux, personne ne peut croire que l’univers est sorti du néant ; personne parmi ces gens là ne peut écarter l’hypothèse d’un Principe Créateur, voire même d’un Principe spirituel suprême. (cf page 305 du tome-5 collection Point du Seuil). Même une personnalité connue comme André Comte-Sponville, philosophe athée s’il en est n’écarte pas cette hypothèse spirituelle ; jusqu’à son confrère, le philosophe Michel Onfray, « prince des athées » s’il en est ne s’en prend qu’à la « légende biblique » et aux a priori définitivement fixés ; sur la spiritualité, il ne dit rien …Pourtant, un homme de sa qualité a certainement des choses à dire dans ce domaine.

Mais pour ces deux philosophes très caractéristiques de notre époque, pris comme exemple, leur discours médiatique est leur fond de commerce ils publient ce qui se vend bien, ce sont les
« épiciers de l’âme ».

Je laisse le dernier mot à Teilhard sur ce sujet : « Quoi qu’il en soit, les religions doivent s’adapter au fait que l’univers ne doit plus être considéré comme un Ordre mais comme un Processus … l’homme entre dans une phase critique d’intenses rejaillissements, il n’est pas encore zoologiquement adulte, l’ultra humain est un état qui se construit en avant de nous ».

Je voudrais faire une remarque sur un conseil de Teilhard lequel, à mon avis, peut être un élément répulsif à l’égard des rationalistes (p. 305)b[ « La foi néo humaine au monde, dans la mesure-même où elle est foi (c'est-à-dire abandon) implique nécessairement un élément d’ADORATION … »]b etc

Dieu veut-il qu’on l’adore, ou préfère-t-Il que l’on soit convaincu de son existence afin de transmettre la mission qu’Il nous a implicitement confiée, c'est-à-dire, l’aider à la réussite de l’évolution de la matière (« La sainte matière » comme la nomme Teilhard ? Dieu ne nous demande certainement pas d’être serviles, confits en dévotion et craintifs. Il nous demande exactement l’inverse. Adorer c’est passif, Il veut que nous soyons actifs à son image (ainsi qu’Il nous a conçus).
Mais tout cela, c’est de la « com » (pour communication), c’est donc un principe actif. Mais comme chacun le sait, les théoriciens de la morale ont horreur des gens actifs. Ma philosophie se résume dans cette formule : il n’est pas nécessaire de prier Dieu pour être un homme, être un homme c’est déjà du divin.

Je terminerai ce papier par un élément hyper actif de la pensée de Teilhard, son schéma OY-OX-OR , que je vais tenter d’expliquer à ma manière :
Signification des termes, dans ce contexte
-O, comme Organisme (l’homme)
-Y, comme Yahve (Dieu de la Bible, je ne vois pas ce que la lette « Y » pourrait signifier d’autre dans ce contexte)
-X, comme l’inconnu de notre destin
-R, comme Rectifié (il s’agit d’une trajectoire qui est rectifiée par les influences extérieures)
-Toutes les trajectoires partent de O, ce qui est logique puisqu’il s’agit de nous-même.

Présentation du schéma
1- Soit la ligne verticale OY qui représente la trajectoire directe de l’homme attiré par son Créateur ; c’est l’adhésion sans réserve de l’homme à la Révélation divine du dogme chrétien.
2- Soit la ligne horizontale OX qui représente les convictions de l’athée rationaliste quant à l’avenir de l’homme, qui se dit agnostique par principe (sans connaissance) et qui se refuse à toutes spéculations mystiques, ces dernières étant par définition irrationnelles.
3- Soit la ligne oblique OR qui représente la troisième voie, synthèse de la trajectoire OY, OX

Morale du schéma
Cette interprétation des choses de la foi est typiquement teilhardienne. Elle stigmatise le propre problème de l’auteur qui, durant toute sa vie, oscilla entre ses racines culturelles religieuses familiales et ses convictions philosophiques induites par ses conclusions scientifiques. Selon lui, seule la trajectoire médiane peut sauver le monde et il déplore : « Non seulement l’Eglise chrétienne dédaigne cette troisième voie mais elle la condamne. »
C’est sans appel !

Suivons Teilhard. Maintenant, les bûchers sont éteints mais les murs construits autour de lui existent encore. Il faut les faire tomber avec le bulldozer de sa pensée scientifique.

Mercredi 12 Octobre 2011 18:46