Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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le thème le thème de notre réunion du 5/07/2013 était
Complémentarité de la théorie de l’évolution et de la théologie de la création


-Je ne reviendrai pas sur le thème de cette conférence, ayant déjà traité ce sujet plusieurs fois. En revanche, je vais traiter un thème corollaire, celui de la communication.

-Une question soulevée, si grave soit-elle, n’a que l’importance que l’on veut bien lui donner, telle est la loi médiatique. Ainsi, le thème central de la conférence a été pour le conférencier une pierre d’achoppement. Mea culpa, j’aurais dû savoir que ce qui concerne le Créateur, l’évolution de la matière, le péché originel et le Rédempteur n’intéressent pas le grand public et pas davantage scientifiques et théologiens. Quant aux ecclésiastiques ils ne veulent pas en parler car le sujet est tabou; Il est tabou car il est inconnaissable à l’homme. Autant le dire tout de suite, on perd son temps en essayant de résoudre cette énigme.

-L’Eglise adore nous raconter des histoires de mystères pour nous occuper l’esprit. Mais maintenant cela ne marche plus. Notre Association n’abordera plus délibérément ce thème, sauf en cas de textes susceptibles de relancer le débat, qui nous seraient adressés de l’extérieur.
Quand je dis « tabou » le terme n’est pas tout à fait exact car l’archivage de ce thème par l’Eglise signifie qu’elle a d’autres problèmes concrets, beaucoup plus importants à régler, l’humain passe avant le dogmatique, faire respecter la loi morale dans le monde est une priorité. Par la voie diplomatique l'Eglise sait le faire, mais sa communication avec les peuples est surannée et je vais aborder la question.

-Peut-être l’Eglise répugne t-elle à utiliser les techniques modernes de communication ? Si tel n’était pas le cas elle s’apercevrait que cette histoire de péché originel et de Rédempteur qui rachète la faute, et toutes les souffrances auxquelles nous sommes soumis pour participer au « rachat », sont des produits de communication « invendables », ils projettent une image de tristesse. De fait, l’Eglise Catholique n’inspire pas la joie et ce n’est pas la promesse d’un salut dans l’au-delà qui changera quelque chose. L’argument bien connu utilisé par l’Eglise « en dehors de nous il n’est point de salut » ne vaut plus rien et les gens vont voir ailleurs si le salut n’y serait plus facile et plus joyeux.
C’est le cas (entre autres) dans les rites funéraires de l’Islam et du Bouddhisme où la mort n’est plus une disparition mais une ultime initiation, soit le retour à la vie de l’esprit.

-L’Eglise catholique est en récession par le nombre de ses adeptes pratiquants en Occident où, d’autre part, les ordinations de prêtres sont dix fois moins nombreuses qu’il y a cinquante ans. La cause principale de cette évasion n’est pas forcément l’interdiction du mariage des prêtres mais sans doute aussi, et plus encore, le doute et la baisse d’intensité de la foi. Je rappelle que Teilhard a connu, pendant toute sa vie, l’alternance du doute et de l’exaltation.
L’enseignement de la doctrine utilise trop les enfantillages, les mystères, les miracles. De plus on demande trop et n’importe quoi à Dieu. Les thèmes majeurs de l’Ancien et du Nouveau Testament sont mal présentés, on a oublié que ces textes écrits en diverses langues utilisaient le mode symbolique, totalement étranger à la sensibilité occidentale. Le Pape Benoît-16 a souvent répété cela dans ses livres ; il a aussi indiqué les textes majeurs sur lesquels s’appuyer : Genèse et Prologue de Jean. Benoît-16 a même été jusqu’à recommander la lecture de Teilhard de Chardin et ce bien avant la réhabilitation en octobre 2012 de celui-ci..

-Le langage de la théologie est obscure dit Thierry Magnin et selon lui, Dieu ne doit pas être utilisé comme un « bouche-trou » dans nos ignorances; on ne peut que l'approuver sur ce point.

Personnellement, j’ajouterai que pour initier à la spiritualité on utilise trop la théologie et pas du tout la psychologie, autre frein au développement du christianisme car le « religieux » est une pulsion qui relève beaucoup de la psychologie; d'ailleurs, ne savons-nous pas déjà que les rites funéraires sont aussi anciens que l'humanité, puisqu’ils sont l’indice révélateur du « pas de la réflexion ».

-Pour développer le christianisme catholique, il ne s’agit pas de copier les discours des sectes protestantes qui se développent de manière foudroyante dans les deux continents américains depuis un demi-siècle ; elles sont maintenant de l’ordre de 250… Devant un tel résultat on est obligé d’admettre qu’avec les techniques modernes de communication on peut faire passer n’importe quelles idées et même des âneries invraisemblables. La situation est d’autant plus dangereuse que plus les populations ciblées sont dans de grandes difficultés et plus elles sont vulnérables ; surtout si le discours est accompagné d’actions sociales et c’est dans ce domaine que les sectes américaines sont très fortes. Mais l’Action Catholique n’a rien à leur envier au plan de l’action sociale. C’est uniquement les techniques de communication qui doivent inspirer une stratégie nouvelle à l’Eglise Catholique, en ce qui concerne les sectes. On remarquera que ces techniques sont les mêmes que celles utilisées dans la grande distribution : utilisation de l’instinct grégaire et de la volonté de puissance …entre autres leviers utilisés par la psychologie, science dans laquelle les publicitaires sont passés maîtres.

-Utiliser la psychologie en matière de religion n’est d’ailleurs pas une nouveauté. Déjà au XVIe siècle le Vatican lança une opération de communication gigantesque pour lutter contre la Réforme et enrayer le Protestantisme qui se développait dans toute l’Europe. C’est ce que nous nommons maintenant la contre-réforme, opération qui consistait à prendre le contre-pied du protestantisme obscure et austère soit, promouvoir par la beauté, le luxe, la joie et le bonheur par l’intermédiaire de toute expression artistique. Cela donna naissance à l’art baroque lequel changea l’atmosphère du catholicisme qui devint le contraire des religions protestantes ; avec quelques excès aussi … Cette renaissance fit passer le catholicisme de l’obscurantisme à la lumière.

-Il s’agirait donc de réinventer un « baroque spirituel » adapté au XXIe siècle. Par ailleurs, secouer certains cardinaux, comme l'a fait récemment le Pape François est une bonne chose, mais cela ne suffit pas il va falloir changer le décor spirituel et moral du catholicisme. Il y aura beaucoup de décors à changer. Teilhard est l’un ce ceux qui participent à ce mouvement. Dans sa spécialité, en tant que prêtre et scientifique, Teilhard passera mieux que le discours des scientifiques civiles. Il est « la Grèce Antique » à lui tout seul, c’est un « passeur » du message moderne ; ce que ne sont pas les pensées d’un Thomas d’Aquin, d’un Blaise Pascal, d’un Platon et autres penseurs classiques au discours ennuyeux mais que tout le monde cite sans les avoir lus intégralement.

-« Réinventer le baroque » est une idée que m’avait suggérée le Directeur de l’Ecole Doctorale de Philosophie, au cours du colloque Teilhard de Chardin que j’avais organisé en septembre 2009 à l’Université Lyon-3. Le Directeur de cette Ecole nous avait accueillis dans ses murs et, par son allocution, il avait été porteur d’une idée surprenante. Selon lui, l’œuvre de Teilhard s’apparente à l’art baroque, lequel contient des germes d’idées révolutionnaires. L’art baroque est susceptible d’animer une mémoire morte et de la transformer en courant.
Or, actuellement, la doctrine catholique est véhiculée par des mots gravés dans le marbre que le « baroque » teilhardien va transformer en un courant d’énergie qui réveillera la planète. Ces églises obscures seront transformées en forummoderne ».

-Une campagne de communication s’inscrit dans l’espace-temps. En vieillissant sa force cinétique diminue. Pour ne pas mourir, une idée aussi excellente soit-elle, doit sans cesse « changer de robe », même si le corps qu’elle contient est toujours vivant. Ce n’est pas l’idée qui s’use, c’est celui qui la propose. Une religion doit donner l’envie de se joindre à son action et non pas de gémir au fond d’une grotte.

-A défaut d’adaptation à leur époque, les religions meurent et il en est ainsi depuis des millénaires. La lassitude vis-à-vis d’une mode ou d’une idée surviendra de plus en plus rapidement, même si le fond de l’idée est éternel.

-A priori, croire en l’Etre Suprême et en l’immortalité de l’âme devraient être suffisants pour mériter le salut ! Mais comme l’homme est un animal social, il vit en société et dès lors une loi morale s’impose ; ce qui induit la nécessité d’un arbitre pour la faire respecter. Il faut modifier la forme des religions, pas le fond ! S’adapter ou mourir ! Telle est la loi de la vie.


Vendredi 9 Août 2013 15:25