Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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pour le 28/01/2011 à Brignais


Ce chapitre est en deux parties :
1- L’avenir de l’homme vu par un paléontologiste
2- Sur les bases possibles d’un credo humain

1) La première partie trace le parcours de l’évolution humaine : Quand l’homme découvre l’abîme du temps en arrière, et donc avant lui-même, sa première impression fut une immense espérance : l’enthousiasme émerveillé pour le progrès qu’ont connu nos pères… En ce moment, à la suite de multiples déboires causés par le progrès, justement, une vague de scepticisme inquiet passe sur le monde… réaction au pessimisme maladif, il est devenu de bon ton de railler et de suspecter tout ce qui ressemble à une foi en l’avenir… Doute mortel qui tend à tuer le goût de vivre, force vive de l’humanité, fin de citation.
Cette première partie se poursuit en posant les causes du problème, avec l’argumentaire scientifique et philosophique du PHENOMENE HUMAIN et de L’ACTIVATION DE L’ENERGIE.
La science est devenue une religion qui s’oppose, dans l’esprit de certains croyants, à la religion chrétienne.
Le phénomène humain est arrivé à un seuil critique qui met en péril le goût de vivre et par là même l’avenir de l’homme. L’homme doit prendre conscience que maintenant rien ne peut se faire sans sa participation : les forces de la volonté doivent lutter contre les forces de l’inertie. Le problème est posé : être ou ne pas être ; noosphère ou pas noosphère ?

2) La seconde partie va intervenir à son tour en proposant les bases possibles d’un credo humain devant convaincre de l’existence d’un espoir, qui motivera notre espèce afin qu’elle joue le rôle qui lui est dévolu. Teilhard est conscient de la difficulté de cette mission apostolique qu’il définit ainsi : Il faut non seulement réconcilier superficiellement, mais faire coïncider par leur axe les diverses formes sur lesquelles s’oppose l’esprit humain. Vaste programme oecuménique et universaliste ! Hélas, Teilhard ne se réfère qu’aux religions chrétiennes, mais cela ne modifie pas les données du problème si l’on considère l’accès par lequel il veut le pénétrer avec un paradoxe :
-Les adorateurs du « Dieu-Nature » d’une part qui divinisent la matière et placent ainsi la recherche scientifique au rang de religion, grâce à l’aspect métaphysique qui la caractérise,
-D’autre part, à l’opposé, il place les adorateurs d’un Dieu révélé, qui est hors du monde tangible.

Teilhard étant lui-même adepte des deux théories, c’est incontestable, pense et espère que les concepts qu’il nomme « foi en Dieu » et « foi au monde » peuvent et doivent s’unir. Mais, ajoute-t-il où trouver le principe générateur de cette synthèse si ce n’est dans l’élévation de la conscience totale du monde ! Teilhard pose bien la question, ce qui donne une indication sur la voie à suivre. Puis il affirme que la foi en l’avenir sauvera le monde en donnant le goût de vivre et de l’action. L’action est le maître mot de ce chapitre, Teilhard s’adresse aux générations futures car tout n’a pas été fait et essayé par les religions dans ce domaine ; théologiens et philosophes sont prisonniers du pouvoir religieux, tandis que la science institutionnelle se tient prudemment à l’écart du débat. En effet, ce qui n’est pas scientifiquement mesurable ne peut être pris en compte par la science et malheur aux savants qui s’aventurent dans cette zone d’hypothèses. Pourtant, que ferait la science sans émettre d’hypothèses ? Sans questions posées, que serait la science ? Sans constat d’effet existerait-il des questions ? Pendant des siècles ces constats d’effet n’ont eu pour seule réponse que des messages obscures, austères et incroyables, empêchant en cela le dogme religieux d’évoluer en même temps que les sciences et les différentes cultures de l’humanité.

Pendant des millénaires les conversion ont été faites avec le sabre et le goupillon car les théocraties et l’anaphalbétisme étaient majoritaires dans le monde. Depuis quelques siècles, grâce à l’imprimerie et aux révolutions la population terrestre est intellectuellement et spirituellement mieux éduquée et commence à penser par elle-même, acquérant ainsi une certaine autonomie religieuse. Et, ô surprise, cette indépendance d’esprit n’engendre pas globalement l’absence de sens moral annoncé par les différentes confessions ; tandis que chez les croyants l’adhésion à un dogme religieux n’atténue pas toujours l’intolérance, le racisme et l’intégrisme ; « en dehors de nous, point de salut » dort toujours sous les cendres.

Les religions doivent urgemment s’occuper du « théisme insatisfait » qui envahit l’âme des croyants.

La charité est un impératif pour les chrétiens mais les non-croyants se sont emparés de cette obligation. La charité est davantage qu’un devoir, elle doit être un état d’esprit nommé l’altérité qui va plus profondément encore en tant qu’extériorisation de l’amour du prochain, seul critère valable pour identifier la présence de la foi. L’amour et la foi, double message de Jésus repris par Teilhard qui inventa le vocable « Christ Universel », concept qui, au sens propre du terme, représente la Parole Perdue qui est en chacun de nous et qu’il faut extraire de nos inerties biologiques.
Le personnage Jésus est reconnu et vénéré à des degrés divers par un grand nombre de non chrétiens , même l’idéologie communiste a tenté de flirter avec l’exemple de Jésus. En dehors des individus non sortis de l’animalité, le message d’AMOUR UNIVERSEL peut être reçu par tous les êtres humains quelle que soit leur culture, seuls les mots pour le dire sont interchangeables et c’est ce que doivent faire les religions. Quelle différence existe-t-il entre morale et spiritualité, entre les mots Dieu et Principe Créateur , etc … ? Aucune. Tout malentendu, tout sectarisme, toute haine résultent d’une mauvaise communication ; des problèmes de mots, en somme. On s’entretue depuis des millénaires pour de fausses différences dogmatiques qui servent à cacher les sentiments les plus vils comme l’incitation à la haine, la volonté de puissance, l’appât du gain et l’orgueil.
J’ai connu des gens qui se disaient athées, rationalistes, matérialistes et, bien entendu, anticléricaux : confusion générale des mots. J’ai même rencontré un noble vieillard adepte de la « libre de pensée » qui, de plus, était le Président de l’Association des Athées de France … Après un long entretien (arrosé de Gigondas) nous sommes convenus que nous n’étions pas plus athées l’un que l’autre ; personne ne croit en rien. Il faut voler au-dessus du nuage des mots fourre tout, ambigus, mal utilisés. Voici justement ce que Teilhard propose pour résoudre ce problème de communication :
1- Faire ressortir les causes du découragement.
2- Placer en face de chaque cause les axes d’actions correspondantes.
Pour cet état de causes et de moyens il faut choisir des mots appropriés à chaque individu, ce qui exclut la communication de foule. Il n’y a rien de plus animal qu’une foule où les individus agissent par mimétisme. On crie« vive Machin » et on ne dit pas « je pense donc je suis ».

A titre indicatif voici deux listes non exhaustives de causes et de moyens :

1- Causes de découragement :
Refus de voir,
Intolérance,
Pessimisme,
Paresse,
Impatience,
Egoïsme,
Nihilisme,
Matérialisme, Refus d’un Principe Créateur,
Superstition,
Angoisse existentielle.

2- Axes d’actions possibles :
Principe Créateur Universel,
Goût de vivre (foi)
Ouverture d’esprit,
Sens de l’émerveillement,
Tolérance,
Dynamisme individuel et universel,
Indépendance d’esprit, raison
Altérité, transmission,
Croyance en l’âme individuelle et en sa rencontre avec l’Esprit de l’univers.

Ces deux listes de causes et de moyens ont été suggérées, voire écrite dans le texte de Teilhard à l’ordre du jour en particulier, mais on les retrouve dans tous ses livres.
Ces deux listes ramènent à un binaire où les termes opposables peuvent faire l’objet d’un débat. Elles sont un moyen de se construire par soi-même une règle de vie spirituelle personnalisée, dans l’intimité d’un petit groupe de personnes. Seul on ne peut rien et « l’autre » évite le risque d’enfermement dans ce que l’on croit être une vérité absolue. Il n’y a que des vérités relatives. Aucune pensée n’est valable si elle n’est pas appliquée à soi-même et aux autres.

Le bonheur en tant que tel n’existe pas, il est le sous-produit de ce que l’on a fait et réussi de nous, pas de ce que l’on a acquis et possédé pour nous seul. Rien ne sert de courir après le bonheur car il nous tombe dessus quand on ne pense pas à lui.

CONCLUSION

Le thème central est dans le titre : « Sur les bases possibles d’un Credo humain. »
Prenons le relais de Teilhard et allons plus loin.

Un seul Credo en appelle d’autres dont le fond est identique mais dont la forme est différente.

1- Un Credo humain universel, sous des formes différentes car adaptées aux diverses cultures des sociétés humaines qui se sont développées sur une base commune, soit un besoin religieux irrépressible, celui de la conception d’un Dieu Créateur dont les noms qui lui sont donnés reflètent les qualités qu’on lui attribue : Eternel, Etre Suprême, Très Haut, Tout Puissant, Principe Créateur, Dieu, Esprit de l’Univers, Grand Architecte, etc … L’Islam en invoque 99 dont le 100ème est imprononçable, on dit alors « IL » ou Allah. Les Juifs disent Yahve ce qui signifie, Celui qui est, qui a été et qui sera. Tous ces noms devraient fédérer les religions de la terre.

2- Il faudrait s’entendre sur la fonction de ce Dieu Universel et ne plus dire des choses comme : Le Dieu des Musulmans, le Dieu des Juifs, le Dieu des Chrétiens. Toutes les religions s’entendent tacitement sur la fonction divine et créatrice de l’univers et rêvent, chacune à leur manière, sur ce que je nommerai « les détails de fabrication » dont personne ne connaîtra le principe exact. Rêvons et respectons les rêves des autres. Dieu Créateur = Force et information de toutes choses serait une formule acceptable pour tout le monde.


3- L’ordre est venu du désordre apparent (c’est la définition du mot chao) . Avant, pendant et après le commencement, la Genèse décrit ce laps de temps en termes symboliques et poétiques qui correspondent au langage scientifique et mathématique de la pensée moderne. D’ailleurs, les trois Religions du Livre ne se querellent pas sur ce point et, dans leur esprit, les religions asiatiques et animistes ont un langage assez proche.

4- Quant aux rituels religieux, on peut dire qu’ils proviennent tous de la Tradition Initiale de l’humanité et qu’ils ne posent pas de problème. C’est sur la nature unitaire ou trinitaire qui les différends se basent mais la sagesse et la lucidité devraient les placer en second plan, question de mots encore : un seul Dieu en trois personnes peut signifier trois dieux ou trois facettes du même Dieu.


5- Les préceptes de vie : Toute religion définit des codes sociaux et moraux. Si on les regarde bien, ils sont calqués sur les Dix Commandements rapportés par Moïse. A ma connaissance, aucun conflit ne s’en est inspiré, tout le monde est d’accord sur l’interdiction de tuer, de voler, de mentir, etc … tout en faisant le contraire d’ailleurs.

6- Comme source de conflit, il reste le point crucial -et c’est le cas de le dire- Jésus. Les Chrétiens disent qu’Il est Dieu, les Musulmans déclarent qu’Il est un grand prophète, et pour cela ils le vénèrent, quant aux Juifs, ils en parlent très peu . Alors, qui est-Il, ce Jésus casus belli ? Affirmer qu’Il est Dieu serait maladroit et ne serait-il pas préférable de dire qu’Il est la plus extraordinaire manifestation de Dieu ? Il est le phare de tous ceux qui le vénèrent. Toutes les religions pourraient s’entendre sur ce point : Jésus est un homme historique et réel, habité par l’Esprit divin, Il sauve l’humanité en prouvant que Dieu habite en tout homme. D’ailleurs les Musulmans disent « Dieu est plus proche de toi que ta propre jugulaire ». Or cette conception n’est pas contraire à la Parole de Jésus.

Voici l’exemple possible d’un Credo humain universel, qui ne ferait pas fuir aucun « cherchant ». Seul un non cherchant ne l’entendra pas .

7- Exemple de communication selon le Prologue de Jean destiné à un cherchant agnostique et non religieux.
-Imaginons un Dieu d’une puissance virtuelle et dont la pensée est infinie, mais sans objet, sans volonté.

-Sans volonté, Il restera seul, nulle part, inutile et sans objet, comme une illusion éternelle. INSUPPORTABLE !

-Il eut la volonté et Il devint LE CREATEUR. Il était le TOUT, bien réel, mais imparfait …du moins pour le moment seulement.

-Son énergie était : volonté, force, information de toutes choses, Trinité Créatrice. Rien de ce qui existe n’aurait pu exister sans Lui.

-L’univers a un but : devenir parfait et éternel. A cette fin, la matière se consomme et l’Esprit s’en dégage, les âmes naissent, elles sont Dieu.

Quand tout sera consommé, Dieu se retrouvera dans toutes les âmes réunies dans le Centre Suprême de toutes les énergies. Nous serons LUI, IL sera Nous, éternel et parfait.



Samedi 8 Janvier 2011 16:00