Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






SUJET DE TRAVAIL A PRESENTER LE 25/11/2011
CONTRACTION DE TEXTE DU CHAPITRE 19
L’AVENIR DE L’HOMME, TOME-5, Editions du SEUIL


Note de JPF : Ce chapitre, composé de quatre paragraphes, reprend dans les trois premiers des éléments déjà traités mais dont le rappel est indispensable pour la compréhension du quatrième sujet, extrêmement important, et peu traité par Teilhard : « l’âme », exemple d’atomisme de l’esprit dont l’énergie produite par le corps est un concept centré et immortel.

1- Définition physico biologique de l’humain : un super état, spécifique de la matière vivante

D’un point de vue expérimental et approximatif, l’humain représente une portion définie de matière portée à des états de complexité et de corpuscularité extrêmes, dans le but de faire émerger le jeu déterminé des centres individuels, par-dessus les effets du hasard dans le milieu des grands nombres, afin d’accéder à un état réfléchi.
Des milliers d’années avant l’homme, l’animal sentait et savait mais, chez lui, cette conscience est restée simple et directe. Plus tard, l’homme bouclant au fond de lui-même le cercle de la connaissance est le seul à savoir qu’il sait. On parle souvent de frange intellectuelle de l’instinct ou de l’intelligence animale, mais dans la mesure où le mot « intelligence » est pris dans son sens premier de psychisme réfléchi, ces expressions sont scientifiquement fausses pour autant qu’elles infirment le reploiement ponctiforme du psychisme sur lui-même.
Bien entendu, on peut considérer tous les phyla biologiques comme s’élevant chacun en direction du « réfléchi », mais ce qui saute aux yeux c’est la révolutionnaire supériorité du pensé sur l’instinctif car s’il n’en était pas ainsi, il n’y aurait jamais eu d’homme sur terre, en dehors d’un éventuel phylum d’animal surdoué ayant déjà pris la première place . L’homme est le SEUL animal hyper psychisé à posséder le pouvoir d’auto évaluation raisonnée.

2 La croissance de l’humain, période historique d’expansion

Entre l’enveloppe vivante de la terre et son enveloppe pensante, une discontinuité majeure se place, mais cela ne veut pas dire que l’humain est sorti achevé du premier coup, bien au contraire.
Considérons d’abord la bande obscure qui s’étend et résiste à nos méthodes modernes d’investigation du passé, rien ne distingue extérieurement le « réfléchi » (déjà né pourtant) de l’irréfléchi, notamment dans les phases de développement du foetus. Même en admettant que par chance nous rencontrions des vestiges d’os et d’artefacts , il n’est pas certain que nous reconnaissions les premiers êtres pensants.
Considérons aussi d’autre part les zones les mieux définies d’une humanité déjà presque cosmopolite qui apparait au début du quaternaire, dont les caractéristiques de la réflexion se dévoilent de plus en plus nettement quand elles se rapprochent de nous. Ainsi nous voyons apparaitre un phénomène indéniable : le pouvoir de réflexion de l’espèce humaine se comporte de plus en plus comme une énergie de la physique, irrésistiblement montante.
Après ces deux observations nous pouvons conclure qu’il s’agit de deux phases de l’évolution : l’une anatomique et l’autre sociale.

a) Phase anatomique
C’est une question récurrente en anthropologie : dans quelle mesure les caractères ostéologiques permettent-ils de remonter jusqu’au cerveau en vue de connaître sa morphologie et sa puissance psychologique ?
De manière générale, le cerveau des mammifères en s’hominisant augmente brusquement de volume et se renforce spécifiquement dans sa région frontale, il est plus compacte, on constate un stade préhominien duquel apparait un sub phila dont les caractéristiques sont plus différenciées qu’aucun groupements raciaux ne l’ont jamais étés après.
Autant d’indices suggérant que le « réfléchi » n’avait pas encore atteint le degré de perfection que nous lui connaissons aujourd’hui. Il faut arriver aux populations « artistes » du pléistocène final pour atteindre les caractéristiques de l’homo-sapiens.

(b) Phase sociale
L’humanité est en pleine voie d’achèvement et c’est en ce point que le « social » vient relayer «l’anatomique » pour justement achever l’hominisation en cours. Pour la majorité de nos contemporains le phénomène social est encore regardé comme un épiphénomène parbiologique, très inférieur en valeur organique aux autres combinaisons réalisées aux échelles moléculaires et cellulaires par les forces de la vie. Or, en bonne science, cette attitude minimisante ne se justifie justement pas. Comment refuser la dignité d’organisme ,au sens plein du terme, aux groupements si fortement psychogénétiques réalisés au sein de la masse humaine par jeu de socialisation ? Rien de changé dans l’agencement des neurones depuis la fin des temps glaciaires mais en revanche, par apparitions, association et opposition des techniques de vision et de passion des idées, quel extraordinaire et irréversible progrès dans la conscience collective !
Le grand problème posé par l’homme n’est pas de savoir si l’anthropogenèse a continué sa marche physicopsychique au cours des trente derniers millénaires, mais de décider si, parvenue aux limites de son épanouissement matériel et géographique, l’humanité plafonne, par excès de ses dimensions de toute nature. Mais ici une surprise nous attend…

3 Croissance de l’humain, période moderne de surcompression

Pour que l’humanité puisse être considérée comme socialement achevée, il faudrait qu’elle réagisse contre son expansion démographique en réduisant son taux de natalité. Or, elle fait l’inverse, comme le démontre un siècle de statistiques, elle continue sur cette lancée qui était vitale à ses débuts est qui est néfaste maintenant.
A l’origine de la chaine, un serrage démographique de plus en plus violent obligeait la foule humaine à se disposer le mieux possible à la surface fermée de la terre. Compression inévitable , entrainant de nécessité vitale un effort concerté des individus pour découvrir les meilleurs moyens d’arrangement. Effort d’invention, donc, et monté du réfléchi à l’intérieur de la noosphère avec, en effet de retour, un resserrage de la compression planétaire et ainsi de suite …la compression l’emportant sur le mouvement d’expansion. Il s’en suit un développement explosif des techniques et de la recherche, mainmise théorique et pratique sur les secrets de l’énergie, puis élévation de la température psychique de la terre … montée implacable à l’horizon d’un véritable ultra humain.

4 La figure de l’ultrahumain

Rien ne pouvant arrêter cette compression et ce tourbillon, la société ne peut pas s’évader de cette ambiance. Il devient donc extrêmement important de réfléchir au comportement le plus approprié qui s’impose. Face à ce danger de deshumanisation, nous devons nous surhumaniser par intensification de nos pouvoirs de compréhension et d’amour ? L’esprit est le moyen de survivre, mieux, il devient une raison de vivre. La liberté et la responsabilité sont le moteur de l’anthropogenèse, une détermination désormais irréversible est la situation devant laquelle nous sommes placés.

La chaine planétaire génératrice de l’humain ne saurait plus continuer à fonctionner que dans une certaine atmosphère de consentement, c'est-à-dire sous l’action de quelque désir.

Par structure, l’humain devenu conscient de son inachèvement, ne doit rester sans révolte ni se donner sans passion au mouvement général au fond duquel se dessine quelque consommation définitive et définie, un esprit de l’univers non pas dispersant et dissolvant mais convergent. Ce sommet de l’anthropogenèse, comment l’imaginer ? C’est ici que deux solutions partiellement divergentes se présentent.

1- Selon une solution « collectiviste » pour assurer le succès biologique de notre évolution, il suffirait que l’humain s’organise en une sorte de circuit fermé suivant lequel chaque élément pensant, connecté avec tous les autres, parvienne au maximum de maîtrise individuelle d’un état supérieur de conscience diffusé dans les nappes ultracérébralisées de son environnement …mais ceci ne peut se faire sans apparition d’un centre universel de commandement.

2- Selon une solution personnaliste dont le principe serait « l’effet de voute » que peut produire l’amour au cœur même de l’évolution, lequel « effet » serait plus fort que tous les égoïsmes pour produire une noosphère suffisamment forte fin de vaincre totalement la mort ; l’esprit qui survit au physique…
Pour cohérer sans la broyer la multitude humaine, un champ d’attraction est indispensable, en se configurant en voute d’énergie-amour, vous l’aurez compris, c’est la noosphère qui jouera ce rôle. Ainsi doivent raisonner tous les chrétiens, qu’ils soient biologistes, psychologues, physiciens ou gens d’Eglise.
Le plus grand évènement qui nous attend est la découverte graduelle de ce phénomène par ceux des humains qui sauront voir au sommet, non pas quelque chose , mais Quelqu’un.
Beaucoup hésitent à me suivre aussi loin dans mes intuitions .

Pour nous en tenir à ce qui est exposé ci-dessus, deux conclusions paraissent se dégager pour qui a les yeux ouverts, elles me semblent incontestables.

-La première conclusion c’est que l’humain qui est en nous correspond bien à une ségrégation définie d’étoffe cosmique portée à un état supérieur, toujours croissant de complexité et de conscience, encore que cet « humain » ne trouvera son équilibre final qu’en se reployant sur lui-même jusqu’à former... une" âme" … (Teilhard n'a pas utilisé le mot "âme" mais à mon sens ce vocable pourrait bien résumer la phrase)

-La seconde conclusion est que cette ... "âme", encore bien jeune, ne peut être considérée scientifiquement maintenant et dans sa forme actuelle que comme un organisme n’ayant pas encore dépassé un état embryonnaire.
Ceci dit, un vaste domaine de l’ultrahumain se découvre en avant de nous dans lequel nous ne saurions ni survivre ni super vivre qu’en épousant et poussant toutes les forces disponibles de l’unanimisation.

Mardi 18 Octobre 2011 17:22