Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Février 2013/ « Comment je Crois »réflexions sur la seconde partie du chapitre 8, tome 10


(I.F. = idée forte)

I.F. 1, 2 et 3
Je suis presque d’accord avec ces trois idées fortes (I.F.) de Teilhard, à quelques nuances près. Bien sur que le phénomène religieux est une résultante des montées de consciences des individus et de l’évolution de la matière, mais je voudrais ajouter que le besoin religieux est une réponse à l’angoisse existentielle due à l’inconnu de l’au-delà. Je dirais même que les humains « inventèrent » les dieux pour y répondre. Cette pulsion religieuse est inscrite quelque part dans notre cerveau ; tous les cerveaux humains ont un même schéma, d’où un effet de groupe. C’est ainsi que les religions sont devenues des faits de société.
Je ne pense pas que le fait religieux soit qualifiable de stade « primitif » de spiritualité puisqu’il évolue, c’est incontestable (on ne fait plus de sacrifices humains ou animaux). Les religions se dégagent progressivement de leurs superstitions, les croyances laissent la place aux réflexions. Teilhard a raison de dire que le fait religieux est une caractéristique du phénomène humain.
De la même manière, le besoin d’adoration dont parle Teilhard doit, lui aussi, laisser la place à des sentiments plus réfléchis, comme une cognition grandissante du phénomène humain afin de se sentir « partenaire » du Principe Créateur ; Dieu a besoin des hommes autant que nous avons besoin de Lui. Teilhard écrit : « plus l’homme sera homme, plus il lui sera nécessaire de savoir adorer. »
SAVOIR ADORER, mots clefs qui ne signifient nullement une attitude d’abaissement mais, au contraire d’élévation. Etre homme est une élévation, l’espèce humaine n’a pas chuté mais au contraire, elle monte. La faute n’est pas derrière nous, elle est devant nous. Ne pas prendre conscience de la place de l’homme dans l’évolution, ici serait la vraie faute.

I.F. 4,5,6,7,8 et 9
La notion de « miracle », si chère aux religions, devrait perdre de son importance, à l’inverse du concept d’évolution qui tend à se développer. En effet, la christologie selon Teilhard prend un tout autre sens : le Christ dans ce contexte ne rachèterait pas une hypothétique faute originelle mais, bien mieux, Il éclairerait la perspective du destin de l’humanité. La « faute » n’est plus en arrière, mais elle risque d’être devant nous, si l’homme ne participe pas davantage à son destin glorieux. Mais il n’est pas évident de remplacer un mystère qui tient du miracle par une probabilité s’appuyant sur une logique scientifique. La pulsion religieuse s’appuie sur le rêve ; les mystères et les miracles interdisent de poser les questions auxquelles la théologie ne peut apporter de réponse et, dans ces conditions, on comprend mieux l’interdiction de « manger les fruits de l’Arbre de la Connaissance » faite à cet invraisemblable premier couple. « Le foisonnement des religions qui serait dû à l’insatisfaction des fidèles » évoqué par Teilhard, n’est pas étranger à la nouvelle tendance de recherche qui prospère actuellement. A mon avis, cela n’est pas inquiétant, bien au contraire, c’est l’indice d’une montée du niveau de conscience. En revanche, le succès des religions exotiques et orientales m’inquiète bien davantage car leurs caractéristiques universalistes existent aussi dans la mystique chrétienne qui, hélas, est rangée dans le tiroir de l’ésotérisme, donc interdite. L’Eglise devrait accompagner ces courants de pensée plutôt que de s’y opposer.

I.F.10,11,12,13,14,15

Teilhard se dit déçu par la mystique hindoue, uniquement parce que selon elle, l’Esprit ne converge pas vers un point suprême, mais bien au contraire, il se diluerait dans l’univers des énergies. Evidemment, on peut imaginer que la convergence est une conception plus réjouissante que la dispersion qui induit par principe une perte totale de la personnalité des âmes,
Mais sur quoi donc s’appuie Teilhard pour choisir la « convergence » ?
A mon avis, la réponse doit se trouver dans sa théorie de l’atomisme de l’esprit fondée sur l’extrapolation d’un certain principe de la physique newtonienne : la centréité. Malheureusement, aux abords de la physique quantique, la centration des éléments est moins évidente ; mais la théorie du chaos pourrait peut-être venir à son secours en appliquant une autre théorie de Teilhard, son célèbre principe d’émergence dont il est l’un des inventeurs (voir tome 1, Le Phénomène Humain où il relate sa surprise en découvrant dans les publications du biologiste anglais JSB Haldane, une théorie similaire à la sienne dont je vais me permettre de rappeler les termes : « Rien ne saurait éclater au grand jour qui ne soit déjà obscurément présent depuis toujours »). Je regrette que chez les teilhardiens scientifiques ce principe d’émergence ne soit jamais rappelé car il est fondamental dans la pensée de Teilhard. Ce principe n’est pas antiscientifique puisqu’il s’appuie sur une intuition et un raisonnement logique. Rien ne peut sortir du néant, si non il ne serait plus ne néant. Le néant absolu n’existe pas, même dans les mathématiques, puisque de zéro peuvent sortir tous les nombres.

Dans l’IF 15, le père Teilhard présente lui aussi bien des mystères dans sa personnalité lorsqu’il dit qu’il ne s’était pas reconnu dans les Evangiles, et ce dans un premier temps. C’est peut-être pour cette raison qu’il ne les cite presque jamais, même pas celui de St Jean qui n’est pas un évangéliste factuel mais l’évangéliste de l’Esprit (Il est représenté par un aigle).

I.F. 16,17,18,19,20,21

-Dans l’IF 16, Teilhard décrit le christianisme comme étant une religion créationniste, fermée au panthéisme, dans laquelle le »chrétien moyen » (ce sont ses mots) considère l’âme comme un hôte de passage dans le cosmos et une prisonnière de la matière (IF 17) et, pour ce même chrétien, l’opération de salut serait une affaire de réussite personnelle, sans pour autant qu’il ne croit au progrès humain (fin de citation).
Alors, je me demande : comment Teilhard peut-il encore adhérer à une telle religion dont le dogme moyenâgeux est un repoussoir ? Heureusement, il existe quelques chrétiens évolués, souhaitons qu’ils n’aillent pas voir ailleurs. De toute façon, l’idée de Christ Universel mérite d’être développée, elle est la seule voie de salut, encore faut-il avoir envie de la comprendre. Tentons une explication : le Christ Universel serait une apparition d’un Jésus-Christ dans chaque planète habitée de l’univers, afin d’éclairer la voie à leurs habitants. Un Christ est un être humain particulièrement doué pour atteindre un niveau de conscience quasi divin ; Il est à la pointe du cône et, la franchissant, Il est dans ce fameux « point de singularité » (voir chapitre 9, page 156 de ce livre). Hélas, rien de tout cela n’est écrit, la catéchèse n’aborde pas le sujet

-Dans l’IF 22,Teilhard pose justement la question : « Comment la puissance divine doit-elle combiner l’univers pour que l’incarnation d’un Christ y soit biologiquement possible ?

-Dans l’IF 23 Teilhard donne la réponse une nième fois : « Sous la pression combinée de la science et de la philosophie, le monde se présente à nous comme un système d’activité s’élevant graduellement vers les plus hauts niveaux de conscience et de liberté, lesquels convergent en direction d’un centre cosmique universel. »
On aura beau répéter cette information à l’infini, elle ne passera pas tant que le dogme chrétien ne sera pas modifié ; encore faudra-t-il trouver une formule compréhensible au milliard de chrétiens capable d’intégrer ce message et que le clergé accepte cette transformation. A mon avis, ce n’est pas encore possible tant que les prêtres ne répètent pas urbi et orbi cette phrase de Teilhard (IF 27) qu’il se répétait à lui-même : « La notion de Christ Universel ne me sauvera que si je fais corps avec l’univers et ce sont mes aspirations panthéistes qui seront satisfaites, tout le Monde qui m’entoure devient divin et pan-christique. »
-Dans l’IF 28 Teilhard déclare qu’il s’adresse à tous les humains … je voudrais me tromper mais je crains que seuls les ésotériciens des religions de la terre soient capables de comprendre ces paroles, ainsi que les courants laïques libres penseurs (en 1957, le Grand Orient de France a très bien accueilli « Le Phénomène Humain ».)

I.F. 30 ET 31
Mais si Teilhard ne croit pas à son message qui y croira ? « Je suis de plus en plus persuadé qu’il me faut marcher comme si au terme de l’univers m’attendait le Christ ; je n’éprouve cependant aucune assurance particulière de l’existence de celui-ci ; croire n’est pas voire. »
Heureusement, notre Pape Benoît-16 croit au message de Teilhard, il l’a répété à plusieurs reprises dans ses livres. Mais j’ai l’impression que ses cardinaux ne le suivent pas tous dans cette direction risquée. Comme toujours dans l’histoire du monde, les grands progrès sociaux ont toujours réussi à passer mais au prix de quels souffrances et sacrifices , le conservatisme a encore de beaux jours devant lui ( voir note de bas de page 1- voir ndlr), les universités catholiques, le clergé, tiennent leurs fidèles en main. « Nos doutes comme nos maux sont le prix à payer et la condition même d’un achèvement universel ». C’est bien ce que je disais plus haut , le mal est devant nous et pas derrière ; idem pour l’âge d’or, il est devant nous. Dieu était dans la purée initiale, le tohu-bohu dans lequel Il commença à mettre de l’ordre en séparant la lumière des ténèbres.



-1- Nous verrons dans les chapitres 9 et 10 les énormes problèmes que soulèveraient les modifications du dogme chrétien, simple en apparence, mais combien complexe et difficile serait une modification fondamentale. Et pourtant, il faudra bien le faire un jour.

b[

Dimanche 17 Février 2013 18:43