Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Ce travail est une nouvelles contraction de texte, avec de nouveaux commentaires,
par rapport au chapitre 15 du manuel d’étude, tome 2

-Absorbé qu’il est par les développements explosifs des techniques et de la science, l’Homme tente d’émerger de cette marée pour se demander s’il y a seulement un navire qui le transporte, s’il se déplace vers une direction et si cette direction a un but.

A ce sujet, dans ce chapitre, Teilhard signale « l’extraordinaire et déterminante influence exercée sur le comportement humain par l’accession de notre esprit à la perception d’un monde en état de déplacement organique sur lui-même. Ce changement d’état de conscience est dû à la découverte que notre vision du monde n’est pas celle d’un cosmos fixe, mais celle d’une cosmogénèse dynamique. Ce changement de décors secoue fortement le dogme chrétien. »

-Pendant les XVIIIe et XIXe siècles le classement des espèces vivantes permit la prise de conscience de la cosmogénèse et de l’évolution. Au début du XXe siècle cette prise de conscience fut renforcée par le début des connaissances de l’atome et des étoiles.

-En regardant le « Monde religieux conservateur on discerne l’idée enfantine (sic) que sous le mot « évolution » se cache une dispute de détail sur l’origine des espèces vivantes, en ce sens qu’il y a confusion entre darwinisme et évolutionnisme . Cette dispute sans fondement dissimule le fait que l’ontogenèse du microcosme n’a de sens que replacée dans la phylogenèse du rameau humain, lui-même placé dans la cosmogénèse . L’idée d’évolution ne peut être placée que dans ce contexte et les dimensions des effets psychologiques sur l’humanité sont ainsi considérablement transformées ».

-Jusqu’ici, l’homme n’imaginait pas que sa conception fixiste fut contradictoire avec la cosmogénèse : il pensait que seul le monde vivant naissait, croissait, mourrait, avait un âge au sein d’une matière éternellement identique à elle-même.

-Cependant, de nos jours, est né le sens d’un espace/temps einsteinien dont la courbure particulière est de rendre ce qui s’y meut de plus en plus arrangé (complexité).

-Nous l’avons compris, cette transformation n’est ni un mouvement d’oscillation ni d’écoulement mais une genèse, grâce au jeu favorable des chances et des libertés. Un tel mouvement se propage additivement dans le seul sens possible, c'est-à-dire vers un ultra humain de conscience.

-En cette perception de convergence physico-psychique insoupçonnée réside le pas de l’évolution le plus phénoménal de la cosmogénèse .

-Voyons maintenant quelle situation résulte de ce phénomène sur nos vies spirituelles individuelles et quels en sont les changements induits ?

-Jusqu’alors les relations esprit/matière étaient obscures et insolubles, maintenant tout s’éclaire avec la 4ème dimension nouvellement ressentie qui est la relation espace/temps.

-En régime « cosmos à l’ancienne » une ruineuse notion de dualisme brouillait nos conceptions à cause de l’opposition esprit/matière. Ici je cite Teilhard : « Que ce qui était hier encore communément regardé comme deux choses, ne soit plus que les deux faces (-ou phases) d’un même arrangement intériorisant et l’on passe ainsi de l’infra-conscient à l’ultra-réfléchi ; cohérence ontologique évidente de la matière-génératrice. »

-En régime cosmos à l’ancienne
le mal, la douleur, la faute, sont inexplicables, sauf à les montrer comme étant le prix à payer pour notre irrespect des lois divines.

-En régime cosmogénèse, la notion d’univers en phase d’arrangements, avec tâtonnements, tout avance vers l’ordre en direction de la perfection et se paie par des ratés, des décompositions, des discordances, en proportion dépendante de certaines contraintes cosmiques logiquement évidentes, mais impossibles à déterminer avec précision.

-Dans la vision fixiste du cosmos, le mal apparaît comme une chute, une dégradation. Tandis que dans la perspective évolutive d’une cosmogénèse, le mal se révèle comme un inachèvement en voie de perfection, sous l’influence d’un Pôle d’Attraction transcendant.

Le mal est un effet secondaire, sous-produit inévitable de la marche d’un univers en évolution. » écrit Teilhard dans ce chapitre.
Je rappelle que ce point a constitué le motif sur lequel le Vatican s’est appuyé pour interdire la diffusion de la pensée de Teilhard. Pour définir cette opposition bien/mal on pourrait dire volonté/inertie.

-Si dispersées soient-elles, les particules d’un univers en cosmogénèse jouissent toutes de la propriété d’être coextensives à l’univers tout entier disait Teilhard, et ce principe est repris par les théories de la physique moderne. La convergence cosmique, induite en partie par ce principe, se manifeste par la tendance de ces particules de ce paroxysme à se rapprocher les unes des autres et à se renforcer à la fois synergétiquement et individuellement. De là, Teilhard avait déduit que la valeur de chaque particule après ces rapprochements était supérieure à la somme de ces particules. Un tel axiome n’est pas démontrable, par définition, car il fait allusion à une énergie inconnue et non mesurable. D’ailleurs, Teilhard le savait très bien, notamment qu’en considérant les énergies connues et mesurables, la somme des valeurs énergétiques des éléments d’un arrangement est supérieure à la valeur énergétique de l’ensemble ; la différence étant expliquée par la dépense en énergies de liaison. Et c’est sur ce point, avec sans doute un soupçon de mauvaise foi, que certains scientifiques modernes démolissent Teilhard ; à moins qu’ils n’aient pas su le lire. J’en ai fait le constat à l’occasion d’un colloque organisé par le Réseau Blaise Pascal, alors que j’animais un atelier consacré à Teilhard.

-Les développements ci-dessus exposés confirment la notion d’un univers convergent vers un sommet paroxysmal. Nous devons désormais considérer -dit Teilhard- que ce paroxysme terminal, si semblable puisse-t-il être extérieurement à une mort, ne saurait être envisagé que comme un point critique d’émergence et d’irréversibilisation.

Nous devons désormais, ajouter à l’idée d’un Dieu Créateur du cosmos, celle d’un Dieu Evoluteur animant la cosmogénèse et de surcroît, comme l’écrit Teilhard dans un autre texte, y inclure l’idée d’un Dieu Attracteur. Voici une citation engagée de Teilhard :
« A ce nouveau Dieu de nécessité principielle, il faut maintenir une transcendance primordiale, car s’Il n’était pas préexistant à l’univers, comment pourrait-Il en servir d’issue ? Encore faut-il pour cela approfondir et admettre son caractère immanent. »

En régime de cosmogénèse, pour ce Dieu à la fois Créateur, Evoluteur et Attracteur, créer consiste à s’unir et s’immerger. Dans le « plural » s’immerger c’est se corpusculiser ; ce qui entraîne logiquement , dans ce contexte, le désordre. Notre « affaire » donc, dans cette situation, se situe entre théologie et christologie. Cette connexion humano divine -dit Teilhard- présente l’avantage de réduire le problème de l’infaillibilité divine ainsi que la gratuité de la création. Quel que soit en effet,la transcendance et la self suffisance de l’Etre Absolu, quelque chose de ses traits s’imprime inévitablement dans la nature dès lors qu’Il informe celle-ci en la faisant sortir du néant. (et dire que Teilhard ne se considérait pas comme théologien !)

-L’auteur continue dans cette voie en se référant à St Jean et à St Paul pour redéfinir la notion christique en la requalifiant avec la notion de Christ-Universel déshumanisé, devenant ainsi une sorte d’Energie Phare universelle, capable d’activer la totalité des psychismes engagés dans l’anthropogenèse. Arrivé à ce point de l’évolution, après avoir franchi le pas de la réflexion, l’élan vital qui est un réflexe inconscient ne suffit plus pour aller jusqu’au bout du phénomène humain. Désormais il faut remplacer l’instinct par le volontaire, c'est-à-dire : remplacer l’inconscient par le conscient.

-Avant la perception du phénomène christique, l’humanité avait seulement faim, et si on lui donnait du « pain » elle le mangeait et cela lui suffisait.
Alors, que faire maintenant que l’humanité est « rassasiée » ? Il convient de lui créer un besoin nouveau, faire du marketing spirituel en quelle que sorte pour employer un langage imagé ! Créer des besoins est incontournable.

-Teilhard a pourvu à ce besoin en «inventant » l’amour-évolution. Mais comment faire passer ce nouveau message auprès de personnes qui n’en soupçonnent pas l’utilisation et encore moins le besoin ? Sans cette nouvelle forme de l’amour l’avenir de la noogenèse est compromis, alors que là réside le dessein divin.

-L’idée du Créateur n’est certainement pas de concevoir une humanité stupide, mais de créer une humanité capable d’augmenter le quantum d’Energie spirituelle qui était disponible au commencement. Ce quantum initial était le seuil critique en deçà duquel le phénomène humain n’eut jamais débuté, et ne pas le faire croître eut été une opération à solde nul, fini le rêve d’atteindre le Point Omega, seul but de l’opération « phénomène humain ».

-L’amour de l’évolution s’inscrit précisément dans l’Energie Christique, plus ou moins enfouie au fond de la conscience humaine en fonction des individus. Que nous dit-Elle ? Ce qu’Elle nous dit, pris au premier degré, est complètement insensé, en opposition totale avec notre nombrilisme naturel et, qui plus est, Elle nous parle de l’avenir du phénomène humain, de sa fin probable dans quelques millions ou milliards d’années. Si on le présente ainsi, l’amour de l’évolution est perçu comme une maladie mentale. Il est déjà difficile de se forger une espérance pour les quelques années qui nous restent à vivre, alors anticiper d’un milliard d’années est presque une pathologie dangereuse risquant de compromettre la croissance économique si une telle épidémie se transforme en pandémie …

-Difficile à vendre l’amour de l’évolution !
Dans le domaine sportif, par exemple, la starisation des champions a un effet d’aspiration vers le haut, tout à fait avéré, dans le monde de la jeunesse.
Dans le domaine qui concerne notre propos, les seules vedettes proposées pour nous motiver sont les saints et les martyres de la foi ! A peu près tous morts dans la misère ou d’horribles souffrances. Pas très vendeurs comme exemples !

Depuis les deux ou trois cents millions d’années d’existence de l’humanité combien de Messies nous sont venus pour communiquer leur « secret » (c’est la définition même du mot « Messie » : Celui qui est oint et qui a le secret) ? Trois ou quatre « Messies » ,connus entre l’Asie et l’Europe. Mais depuis 2000 ans, plus rien ! Personne n’est venu nous apporter La Parole … Ah si ! Dieu nous a envoyé Teilhard. Merci mon Dieu ! Ce prophète là n’est pas encore passé dans la légende, il est difficile à vendre au grand public.
L’humanité adore les mythes et les légendes, c’est pour cette raison qu’elle a inventé les religions. Malheureusement le produit religieux se vend de plus en plus mal, exception faite pour les fausses religions qui, elles, vendent de la puissance pour dominer les autres, et pourtant, elles reviennent très cher en monnaie. Elles sont des leurres qui n’attrapent que les nigauds ! Pourtant, Il nous avait prévenus, le Galiléen (Matthieu VII-16-17) «Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans ce sont des loups rapaces. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un arbre gâté porter de bons fruits. (…) »

Jusqu’à présent, les vraies religions ne progressent malgré elles que par et dans les extrémismes. En cela, elles font plus de dégâts que les fausses religions annoncées par le Christ.

-Que faire ?
Que chaque être humain ayant un petit espoir développe un micro foyer de cristallisation, comme un minuscule four d’améthystes dans une montagne de granite. Dans une masse d’eau en surfusion, il suffit d’y jeter un grain de sable pour que toute la masse liquide se transforme en une multitude de cristaux de glace (cf les chevaux du lac Ladoga)



Jeudi 22 Avril 2010 18:33