Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Le sens premier du mot espèce est ainsi défini par le Larousse : Réunion de plusieurs êtres ou choses ayant un caractère commun.

Les sens secondaires sont nombreux et s’appliquent à des contextes très divers. Dans le domaine de la biologie il est en queue de liste : famille, ordre, genre, espèce. Le caractère qui définit une espèce animale est la possibilité de se reproduire, ensuite, on trouve parfois une inhibition empêchant les individus de s’entretuer. Ce qui fait dire à Teilhard : Chez les animaux, la vie de l’individu est clairement dominée, contrôlée, par ce qu’on pourrait appeler « sens de l’espèce ». Si les réflexes instinctifs sont dominants chez les animaux, il n’en est pas de même chez les humains où ils sont enfouis, récessifs, réduits à l’état de fossile, et c’est le raisonnement qui prend le relais des combinaisons des combinaisons produites par l’intelligence ; et les boucles de rétro action pourraient être qualifiées de réflexes de réactions ultra complexes, ou de super instinct. Nous sommes davantage les enfants de notre milieu de vie que les enfants de nos parents biologiques.

Certaines tournures de langage dévoilent une nostalgie de nos racines animales : cette personne est une bête de travail, cette entreprise est réglée comme une fourmilière, etc …
En revanche, d’autres réflexions témoignent d’une frayeur non feinte à l’égard d’une société humaine de type « fourmilière » ; ce que l’on retrouve dans certaine fictions et, malheureusement aussi, dans la réalité de sociétés communistes totalitaires. Heureusement, ce modèle de société a toujours abouti à un échec. L’espèce humaine n’est pas conçue pour ce genre de vie et cela s’explique par les différences qui existent entre les combinaisons neuronales d’un cerveau humain dont le nombre tend vers l’infini, en comparaison avec un cerveau de fourmi qui restera fourmi jusqu’à l’extinction de l’espèce qui n’a pas évolué depuis son apparition.

C’est le franchissement du pas de la réflexion par l’Homme qui définit son espèce, nouveau phylum apparu il y a quelques millions d’années. L’être humain « sait qu’il sait ». Entre pré hominiens et humains, les différences observées dans leurs squelettes, et surtout dans leurs boîtes crâniennes sont minces, mais réelles. Ce qui est la preuve indiscutable de la présence d’un squelette humain est l’environnement dans lequel il a été découvert : position spéciale du squelette, prouvant l’existence d’un rite funéraire (les objets disposés autour du corps sont apparus plus tard).
Les rites funéraires prouvent que l’Homme sait qu’il va mourir et qu’il projette une pulsion d’éternité en imaginant une vie de l’esprit au-delà de la mort, ainsi que la présence d’êtres divins dont il faut attirer la bienveillance. C’est ainsi que naquirent les religions primitives, les codes moraux pour vivre en société et la qualité qui en découle : l’altérité, soit le sens de l’espèce.

Le sens de l’espèce chez les humains est similaire à celui des animaux, sauf que dans le cas de l’animal, le sens de l’espèce est inscrit dans son inconscient, alors que chez les humains, en plus d’être inscrit dans l’inconscient, il est voulu par eux et se transmet par l’éducation.

Le sens de l’espèce chez les humains est le résultat des intérêts individuels bien compris, à savoir, rendre plus performantes toutes les actions nécessaires à la survie : la chasse, la défense, la construction, la culture, etc … Dans de telles circonstances, l’autre n’est plus considéré comme un ennemi potentiel, mais comme un associé dans une coopération librement consentie ; la preuve : certains individus refusent ce mode de vie et les codes moraux nécessaires pour la vie en société.

-Pour donner davantage de poids à ces codes moraux, l’Homme a inventé les religions et proclame qu’elles lui ont été révélées par le ou les dieux. Désormais, les codes moraux sont sacrés ; les rois de ces sociétés sont consacrés par les représentants des dieux sur terre et malheur à l’individu qui transgresse de telles conventions. Voici une citation de Teilhard sur laquelle j’étaye ce raisonnement : Chez l’homme, en vertu de deux phénomènes conjugués, de réflexion et de totalisation sociale, l’équivalent transposé de ce dynamisme intérieur ne saurait être qu’un élan raisonné d’achèvement individuel et collectif, poursuivi en direction d’un arrangement optimum de toute substance hominisée de la planète, que nous appelons noosphère.

-Sachant cela, pourquoi les individus humains actuels se replient-ils sur eux-mêmes ? Parce que personne, sauf quelques rares exceptions, ni les religions qui avaient pourtant un fort potentiel d’écoute, personne n’a expliqué aux hommes comment a fonctionné l’évolution de la matière, de la particule, jusqu’à l’Homme ; personne, sauf Teilhard, qui lui a dit que l’Homme était partie intégrante du cosmos.

Le pas de la réflexion a généré tous les développements techniques, les aménagements environnementaux et les règles de société, qui rendent l’homme plus dépendant. Si on ajoute à cela l’effet de compression dû à l’augmentation de la population, tout cet ensemble produit sur l’homme une sensation d’isolement et d’amoindrissement moral et physique. De telles conditions expliquent les réflexes de panique, d’angoisse existentielle et d’égoïsme.
Si on ajoute à tout cela l’illusion que la science a remplacé les religions, plus aucune autorité morale ne peut transmettre un code de vie. Ainsi, l’homme est livré à lui-même et obéit à l’élan vital primitif. Telle est la cause des barbaries sociales, économiques, militaires, etc …vortex effrayant qui n’a aucune probabilité de s’atténuer si l’Homme libre, conscient et responsable ne fait rien pour maîtriser la vie sociale de l’humanité. Dieu n’est en rien responsable de nos misères, seule l’humanité peut exercer un pouvoir sur sa destinée dont le choix est simple : vivre ou disparaître. Comment ? Le nombre des êtres humains qui, malgré cet état, n’ont pas la possibilité de réfléchir et de s’instruire sur le sens de la vie sont une immense majorité. Le sens de l’espèce nous commande d’initier nos semblables si nous en avons la possibilité. C’est un devoir. Il ne s’agit pas de s’ériger en commandeurs du bien ou du mal, mais de promouvoir ce qui est BON et de lutter contre ce qui est MAUVAIS, dans le quotidien du cas par cas. (1) Il faut convertir la volonté de puissance en volonté d’aimer.



(1) Dans l’une de ses conférences, le Père François Euvé s.j. a utilisé les mots « Bon » et « ‘Mauvais », à la place des mots « Bien » et « Mal ». Voici mon interprétation du profond changement que cela induit :
-Le « Bien » et le « Mal » sont des substantifs désignant une entité générale.
-Le « Bon » et le « Mauvais » sont des adjectifs qualificatifs utilisés au cas par cas.

Bien et Mal constituent une entité générale dont le sens peut basculer d’un terme à l’autre selon le contexte, par exemple : l’élan vital est une bonne chose dans le monde biologique, il pousse chaque espèce vivante à occuper toute la surface du globe.
Mais ce même élan vital peut devenir une mauvaise chose dans un contexte de société ; ne dit-on pas que la liberté d’un individu s’arrête où commence celle d’autrui ?

En résumé, une chose peut être bonne dans un cas et mauvaise dans un autre.
Le « Bon » est une force naturelle qui, à un certain niveau, s’oppose à une autre force naturelle qualifiée de « mauvaise »

Cette opposition est livrée au jugement de l’Homme s’il est libre, responsable et conscient de son état.


Mardi 24 Novembre 2009 10:25