Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






Galerie
Ce thème correspond en trois points aux problèmes de la société occidentale
Actuelle. Mais le développement qu’en fait Teilhard dans son livre L’Activation de l’Energie n’est peut-être pas accessible aux personnes qui n’auraient pas lu son tome 1 Le Phénomène Humain aux éditions du Seuil. En effet, cette œuvre est une description scientifique de l’évolution de la matière depuis son origine jusqu’à l’Homme voire un peu au-delà.

Pour vraiment entrer dans la pensée de Teilhard, il ne faut pas avoir d’à priori, ses détracteurs médisants et de mauvaise foi lui reprochent de faire des rêves qui, en réalité, sont des hypothèses de travail, comme si tous les scientifiques n’agissaient pas de même. Or ces hypothèses sont le moteur de la recherche et sans elles aucune méthode scientifique ne pourrait être développée.

Non seulement il ne faut pas avoir d’à priori pour comprendre les thèses de Teilhard, mais il faut aussi entrer dans son mode de pensée et, surtout, les chrétiens ne doivent pas craindre que sa pensée puisse être dangereuse ; bien au contraire car elle complète la doctrine chrétienne de manière positive.

Voici comment je comprends ce chapitre :

-Tout d’abord, définissons le mot responsabilité. Il provient du mot « responsable » issu du latin « repondere » qui signifie répondre de, se porter garant.
Quant au mot responsabilité il signifie : capacité de prendre une décision sans en référer à une autorité supérieure. Juridiquement parlant, ces deux mots ne peuvent s’appliquer qu’à des individus ou des entités morales juridiquement établies. Si on l’applique à des groupes humains non formalisés sa signification est dévalorisée.

Selon Teilhard dans le présent contexte, le terme « responsabilité » serait défini par « assujettissement moral contraignant un être à ne pouvoir se développer sans avoir à tenir compte du développement des autres personnes qui l’entourent ». Cette définition soulève le problème philosophique de la notion d’obligation exprimant au fond de nous-mêmes le sens de la responsabilité.
Ces considérations m’amènent à penser que le mot liberté n’a de sens que s’il est jumelé avec la responsabilité. Ces deux notions sont destinées à croître ensemble dans nos propres consciences et dans la société humaine. Elles représentent des vertus humaines premières ; l’Homme n’est-il pas l’élément de base de l’édifice spirituel que nous projetons de construire ?

Pour saisir l’hypothèse de Teilhard sur l’achèvement et l’aboutissement du phénomène humain, il faut admettre son postulat fondamental, à savoir : la matière composant l’univers est « programmée » mystérieusement par une information transcendantale, afin d’évoluer et d’accéder à des zones supérieures où « la clef de sol » est « responsabilité réfléchie ». Dans cette zone supérieure d’évolution, la matière se constitue en arrangements de complexité et de performances diverses. Les scientifiques évoquent fréquemment un univers courbe et un univers en expansion. Pourquoi ne parlent-ils pas d’un univers qui s’auto arrange ? Je soupçonne qu’ils se méfient d’un univers qui serait dirigé par un Dieu ; ce qui dérange un athée, il faut en convenir.

Cet arrangement ne se fait pas d’une manière géométrique à la manière des cristaux par exemple, mais il se fait de manière organique c'est-à-dire centrée et synergique. Cet arrangement est observable dans tout le monde animal mais il culmine dans le phénomène humain. Teilhard postule qu’il est extrapolable à l’univers, qu’il s’agisse des formes tangibles de la matière, de ses formes « énergie » et même spirituelles. Sous tous ses aspects, la matière s’enroule, se complexifie, se centre, s’arrange et finalement s’organise ; cela fait dire à Teilhard que l’univers peut être considéré comme un immense système organo-psychique convergeant sur lui-même y compris sous sa forme psychique et spirituelle.

Ainsi donc, Teilhard présente schématiquement l’univers en trois zones d’organisation :

1- La zone inférieure constituée par la plus grande proportion de matière dont les éléments cosmiques, insuffisamment arrangés, ne dégagent aucune spontanéité. C’est le monde minéral.

2- La zone médiane dont les éléments sont moins nombreux que dans la zone minérale mais qui, en revanche, sont déjà bien organisés. C’est le monde vivant non encore réfléchi.

3- La zone supérieure, enfin, composée de quelques rares éléments. Elle est représentée par l’Homme qui a franchi le pas de la réflexion. Cette zone est encore inachevée et elle dirige son évolution elle-même sur la voie montante conduisant à l’ultra hominisation. Cette zone est l’espace des interactions réfléchies, des libertés-responsables mais aussi (puisque tout se paye) des souffrances et des fautes. Nous reviendrons sur ce point un peu plus loin.

« Responsabilité et liberté sont une dimension nouvelle, co-originelles et coextensives à la totalité de l’espace temps ».

A partir de cette hypothèse de Teilhard je tirerais presque la conclusion que l’Homme est responsable de toutes les misères de la société humaine. Là est peut-être la raison pour laquelle les chrétiens dénoncent la faute originelle, étant donné que ces misères sont dues à l’imperfection de l’Homme fait, selon eux, à l’Image de Dieu. S’il y a « faute » alors il vaut mieux en faire porter la responsabilité au premier homme et envoyer un Rédempteur pour effacer cette « faute originelle »ou chute adamique.
Selon Teilhard, il n’y a pas de faute originelle, chute qu’il qualifie de « repoussoir » mais, bien au contraire, il y a eu l’inverse, une montée. C’est en partie cette théorie qui lui valut l’exile… bien qu’il expliquât le rôle du Rédempteur Jésus, selon lui, venu éclairer l’humanité sur le tracé de la voie qu’elle devra suivre désormais, l’aidant ainsi à évoluer en direction d’une relative perfection. Dieu dans l’Homme est parfait, mais pas tout de suite.

Pour Teilhard, l’évolution de la responsabilité n’est pas autre chose qu’une face particulière de la cosmogénèse ; celle-ci ne se mesurerait pas uniquement en terme de liberté/responsabilité/conscience, mais en terme de liberté/responsabilité/inter influence montante, agissante au sein de la multitude moins consciente et dispersée.

La seule voie de salut est celle de la solidarité d’une masse réfléchie, aspirée par le tourbillon des forces de socialisation. Dans ce contexte il existe un facteur important, celui du rayon d’action individuel des hommes, freiné par l’infime proportion de ceux qui détiennent la majorité des pouvoirs. L’influence de ces hommes est accrue de manière illimitée par l’évolution montante des techniques et des technologies dans tous les domaines sensibles, et dont ils se réservent l’utilisation exclusive. Potentiellement, ces pouvoirs démesurés pourraient jouer dans les deux sens, le bien et le mal ; d’où l’importance vitale de fonder une éthique pour auto réguler l’utilisation de ces techniques par l’influence des notions de responsabilité/liberté diffusées à la multitude. C’est à ce niveau que la diffusion de la pensée de Teilhard a un rôle planétaire à jouer.

A cet effet, un travail immense reste à accomplir.
A titre d’exemple, actuellement, on offusque beaucoup de personnes dans tous les milieux évolués lorsqu’on parle de sujets chers à Teilhard comme la réalité physique d’un phénomène mental (psycho-physique), ou encore de la nature biologique de l’organisation des sociétés, des lois sociales et morales qui les régissent. Mais attention prévient Teilhard « tant que nous pensions avoir en face de nous, pour les respecter ou les enfreindre, que des préceptes plus ou moins arbitrairement décrétés par l’Homme à l’usage d’autres hommes » une infraction est envisageable. Mais à partir du moment où nous avons à faire à un réseau de liaisons organiques, c’est l’effet de socialisation de l’humanité « qui nous enlace ». « Parce que, avec le juridique, on peut toujours, par quelque compromission, arriver à s’entendre. Tandis que l’Organique, lui, si on le viole, ne pardonne pas ». L’écologie au sens large est l’application par excellence de ce principe.

Teilhard pense « qu’à aucun moment de l’Histoire (…) l’Homme s’est trouvé aussi complètement lié (…) par le fond même de son être, à la valeur et au perfectionnement de tous les autres autour de lui. Et ce régime d’inter-dépendance, tout indique qu’il ne fera que s’accentuer (…) renforçant la gamme entière des vertus et des fautes. »

Cette position rejoint parfaitement les préoccupations de l’humanité du XXIe siècle ; et dire qu’elle est le fond même de ce qu’avait dit Teilhard en 1923 et qui lui valut son exile et l’interdiction de communiquer. J’espère sincèrement que l’Eglise actuelle qui a encore un rôle important à jouer, et qui a évolué en presque un siècle, comprendra, acceptera et diffusera les pensées du visionnaire Teilhard.

J’espère aussi n’avoir pas trahi la pensée de l’auteur dans l’interprétation de ce chapitre.

Lundi 18 Janvier 2010 18:02