Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Nous allons réfléchir sur l'être pensant que nous sommes , que je suis . L' humanoïde bipède comme on sait, est vieux de quelques millions d'année et donc plutôt jeune s'il est comparé dans sa nature, à l'espace-temps de la matière, affaire de relativité si l'on peut dire... Mais ne revenons pas sur ce qui n'est pas le propos de maintenant, et arrivons à des temps moins anciens pour regarder plus intensément l'histoire « récente ». Elle m'intéresse parce qu'elle est ma mémoire en temps qu' être de la Terre, vivant et participant.

Donc, le pas de la réflexion franchi, qu'on me permette d'insister sur le fait qu'avant, comme après, un mouvement dynamique est, comme une route qui se parcoure, il est non stagnation .

Plusieurs siècles avant notre aire ainsi que le précise PT , l'âme humaine peu à peu se métamorphose. Cette mouvance se précise dans les régions près des fleuves Tigre et Euphrate ainsi que vers les contrées du Nil ; dans la Bible s'est faite pour une bonne part, la transcription des traditions et des témoignages oraux ou autres...
Rougeoiement du Monde, il est vu, PT en fait état, que deux transformations majeures se précisent : l'universalisation et l'amorisation du Dieu Yahvé Hébreu ; le plus puissant des dieux s'impose,se cristallise. Il est celui qui dirige, commande récompense ou punit , selon le comportement des siens.
Le temps de l'alliance est là, existe, impulsion de la vitalité du monde, d'autres élans vont suivre, nature même de la Vie !
L'histoire est en route, continue;
Il y a environ deux milles ans, hier donc, comme le dit si bien le père, la révolution chrétienne se produit. Le Dieu craint, devient aimant et aimable (qui peut être aimé) ; la conscience dévoile et se dévoile, évolution de l'âme, ce qui avant n'était pas vu peu à peu arrive au grand jour ;
Des écrits des Évangiles le message est révolutionnaire si je veux bien en lire l'esprit et non pas que la lettre ; les Béatitudes par exemple :
« ...bienheureux les cœurs purs...»(Matt V, 3-12)

Et, comme au début de notre aire se fit la transformation radicale du monothéisme, aujourd'hui, maintenant, dans la pensée humaine se dessinent des horizons nouveaux ;
Certainement est-il* (*PT) visionnaire, de la terre, à l'écoute des autres, qu'on relise sa messe sur le Monde :
« ...Je m'élèverai par dessus les symboles jusqu'à la pure majesté du Réel, et je vous offrirai, moi votre prêtre, sur l'autel de la Terre entière le travail et la prière du Monde ».

Il nous suggère ce que nous n'avions peut-être pas pensé ou pas vu :
« Le Dieu-Père d'il y a deux milles ans ne se transfigurerait-il pas insensiblement, sous l'effort même de notre adoration en Cosmogénèse ».
C'est à dire que le créé, chacun, à la mesure de son vouloir, converge, va vers Celui qui est ; amorisation, goût dynamique de plus vivre : harmonie de vivre avec soi-même, avec les autres, avec Celui qui est ; en somme encore une foi tout le programme des Béatitudes !
Maintenant permettez-moi de vous rapporter cette histoire qui peut donner à réfléchir :
Cela se passait il n'y a pas plus d'un an au cœur de l'Australie grand pays aux visages si différents (est-ce un pléonasme ?), écoutons la suite.
Un journaliste, également cinéaste, peut-être sociologue moderne , et français, après avoir fait plusieurs reportages dans les grandes métropoles modernes (Sydney, Melbourne), voulait connaître et faire découvrir d'autres gents, de ceux qu'il n'avait guère trouvé dans la ville, les aborigènes.
Ceux-ci sont établis généralement loin des grandes agglomérations et se regroupent souvent en des communautés d' une vingtaine de familles dans le bush fait de contrées plutôt arides et souvent inhospitalières pour l'homme dit moderne.
Notre reporter d'une grande perspicacité, nous offrirait c'est sûr, un reportage original et comme il sait le faire, empreint de vérité et de simplicité, qui serait un délice pour les prochains fidèles de son émission. Autre particularité de notre ami, c'est seul qu'il va, avec une caméra fixée au bout d'un pied télescopique, « vision satellitaire » oblige, dont le système bricolé maison est d'une surprenante efficacité.
A la recherche de nouveaux échanges, avec son sourire désarmant et son parlé vrai les portes les plus verrouillées étonnamment s'ouvrent, la table est offerte...en somme il fait découvrir la vrai vie à ses auditeurs.
Antoine donc, cinéaste solitaire, après s'être documenté, s'en va pour trouver une ethnie de l’Australie primordiale au nord-est, du côté de Mata-mata.
Plusieurs milles après et plus de trois heures passées dans un 4x4 soulevant un nuage de poussière, à rouler sur une piste jaune bien cabossée, l'arrivée n'est pas loin, se devine après un ou deux virages derrière quelque colline ou ravine. Le parcoure en stop a bien marché et il a hâte d'être parmi ce peuple étonnant et mystérieux ; il y aura tant de choses à apprendre. Ça y est, on est arrivé. Le lieu se compose d'une place plus ou moins entourée de quelques bungalows, une dizaine et de baraquements ; l'ensemble fait sobre et presque confortable, aménagé par le gouvernement fédéral pour touristes en quête de dépaysement .
Une plus grande maison toujours en bois sans étage assez centrale fait office de lieu d 'accueil avec sa grande pièce. Là, à l'intérieur, au fond de l'espace, quelqu'un, le responsable sans doute, est assis derrière un comptoir. La peau couleur ébène il semble attendre ou peut-être pas, visiblement dérangé par notre nouvel arrivant.
Antoine, avant d'entrer, a remarqué que sur la petite place il n'y a presque personne sous ce soleil déjà haut et qui très vite deviendra accablant. Les deux ou trois éventuels interlocuteurs vont d'un pas plutôt lent visages masqués par des chapeaux et casquettes sans âge ; l'un va vers un pick-up des années cinquante, l'autre le bras accroché à un jerricane donne à boire à une chevrolet qui doit dater de la prohibition, quand au troisième sans doute dérangé par le bruit du nouvel arrivant va chercher de l'ombre un peu plus loin.
L'atmosphère est pesante, Antoine n'est surement pas le bien venu.
Notre journaliste donc, avec un sourire qui pourrait faire ouvrir à lui seul plus d'une porte de pénitencier, s'adressant à l'homme à l'intérieur de la pièce, après avoir salué, demande s'il est possible de parler, d'échanger avec les gents de la communauté ; les bungalows sont déserts et le véritable village se situe à l'extérieur, à quelques cinq minutes là bas caché derrière des talus de terre et quelques arbres décharnés témoins d'une eau trop rare.
A la demande la réponse n'arrive pas à sortir de la gorge de l'homme fermé mais pas méchant plutôt décontenancé;quelle drôle de question lui pose-t-on ; venir jusqu'ici lui un blanc,pour parler et échanger; la demande doit cacher quelque chose ; un blanc c'est fourbe, avide, voleur et pire encore ; c'est un prédateur, impossible de lui faire confiance ; toute les injustices, les frustrations se sont ravivées dans ce non gêné.
Nullement décontenancé le français va demander au chauffeur du pick-up pourquoi il n'est pas possible de venir les voir, parler, chanter, rire avec ceux d'ici . L'homme au visage noir aux rides profonds et dont le nez n'a pas été sculpté au couteau ne veut pas répondre, il ne dira rien et répond par un sourire avant que son visage se referme. Décidément il faudra se faire une raison, la caméra n'ira pas au village ; Antoine sait que ce soir pourtant une fête barbecue y aura lieu mais il n'y est pas le bienvenu, il est persona non grata.
Combien de mains tendues faudra-il encore pour que s'efface de leur mémoire toutes les injustices que d'autres blancs ont commises envers ces peuples ?
Antoine sait aussi que beaucoup de désespoir s'est accumulé, installé, et que chez nombre d'entre eux l'alcool a remplacé le dieu-soleil.
Notre témoin de la vie laisse une page blanche là ou des échanges auraient enrichi chacun... la négation de vivre elle aussi peut exister...
Mais si le temps garde la mémoire, il aide aussi au pardon.
PT parle du virus du découragement ; certes cet état n'est pas incurable mais il existe bien.
Comme il dit plus haut sous l'effort de notre adoration Celui qui est, imprègne la Terre c'est à dire chacun ;
N'est-ce pas un appel à « la connexion », à la méditation, le rendez-vous de la Terre avec le ciel, l'ultra-personnalisation, le système psychique convergeant pour dire compliqué (clin d’œil...).
Notre adoration c'est :
 la méditation du don
 la méditation d'ouverture, active
 la méditation de la communion des Saints
 la méditation de la quête, de la nuit de l'âme, de la recherche
 la méditation du vide-plénitude
 la méditation contemplation de l'Unité

Peut-être est-il bien de terminer par ces quelques mots que Paul au début de notre aire, adressait aux Romains :
« O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont insondables, et ses voies incompréhensibles ».(Romains XI,33-36)


Mardi 29 Octobre 2013 13:49