Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






Déjà, dans la Grèce antique, apparaissaient les trois notions que sont l’eros, la philia et l’agapè pour exprimer les différentes couleurs du désir d’amour.

De ces trois notions de l’antiquité, aujourd’hui, nous pourrions résumer ceci :

1. De l’eros : ils se rapporte à un manque, à une incomplétude de l’être qui recherche dans l’autre les dimensions qui lui sont absentes. Il a des tendances narcissiques. C’est un amour qui se prend. Sur le plan Psychologique il représente l’énergie vitale, l’instinct de vie, et est en opposition avec thanatos, l’instinct de mort.
Sa dimension pervertie bascule vers un égoïste stérile qui détruit plus particulièrement les couples. Je cite Saint Exupéry dans « Citadelle » : « Et si elle te demande de t’occuper d’elle tout entière et de t’enfermer dans son amour elle te sollicite de n’être plus qu’égoïsme à deux, lequel, faussement, on nomme lumière de l’amour quand il n’est là qu’incendie stérile et pillage des granges. »
2. De la philia, amour désintéressé et inconditionnel qui exprime plus l’amitié, le désir de rendre heureux l’autre. C’est un amour absolu, fraternel, qui fait que nous aimons un être pour ce qu'il est et non pour ce qu'il peut nous apporter. Il est libéré de l’ego. « Aimer ce n'est point nous regarder l'un l'autre mais regarder ensemble dans la même direction. » A. de Saint-Exupéry - Terre des hommes (p.234)
3. De l’agapè, reprise par le monde chrétien, il est amour désintéressé et absolu dans lequel la dimension spirituelle prend toute sa place. Amour de l’Univers, de la vérité. Il est synonyme d’adoration, de culte, d’hommage à la Divinité. Des trois vertus théologales de foi d’espérance et de charité, seule la charité subsistera à la fin des temps. « L’amour est avant tout, audience dans le silence. » A. de Saint-Exupéry - Citadelle » (Chap CCIII p562)
Dans l’œuvre du père Teilhard de Chardin et particulièrement dans « Esquisse d’un Univers Personnel » T6 Energie humaine, nous retrouvons dans l’ordre ces trois étages de la « fusée » que sont le Sens Sexuel, le Sens Humain et le Sens Cosmique.

1. Le Sens sexuel : « L’attraction mutuelle des sexes est un fait fondamentale » pour construire le Monde. Le père Teilhard nous met en garde des dangers de cette phase critique, ceux de construire « un Univers à deux ». Il nous engage à reconnaître entre l’homme et la femme personnalisés le «Terme final ». et il nous donne une définition de l’Amour : « une fonction à trois termes : l’homme, la femme et Dieu »
2. Le Sens Humain : l’amour passion ne suffisant pas, c’est, je cite, « par la totalité des molécules humaines » que « l’énergie de personnalisation se manifeste.» « Les grandes amitiés se nouent dans la poursuite d’un idéal, dans la défense d’une cause, dans les péripéties de la recherche.» Par tâtonnement et expériences heureuses et malheureuses, les hommes fraient ainsi leur chemin vers la « noosphère »
3. Le sens Cosmique : voici la définition du père Teilhard : « C’est l’affinité plus ou moins confuse qui nous relie psychologiquement au tout qui nous enveloppe. » c’est la conscience de participer à un « Univers Personnel »
Nous pourrions rapprocher ces visions aux 4 niveaux des castes de la société indienne, dans lesquelles l’individu serait conscient d’habiter de un à quatre corps :

1. Un corps pour les çudras (ou serviteurs), le sien propre. Il a mal quand on fait mal à son corps, le reste lui serait indifférent
2. Deux corps pour les vaiçyas. Le sien propre et celui de sa famille, (hommes libres s'adonnant à la production, éleveurs, artisans ou commerçants.) Il a mal lorsqu’on fait mal à ses parents, à ses enfants, à ses cousins. Sa famille est son corps analogue.
3. Trois corps pour les kshatryas. Le sien propre, celui de sa famille et celui de sa Patrie, (exerçant les fonctions guerrières, politiques, et pour certains la souveraineté temporelle) Il a mal lorsqu'on porte atteinte à la Cité. Il a mal à sa Patrie.
4. Quatre corps pour les Brahmanes. Le sien propre, celui de sa famille, celui de sa Patrie et celui de l’univers ou du Cosmos. il a mal lorsqu'on fait mal à une fleur, ou autre version lorsqu'on fait violence à la vérité.
Les frontières ainsi positionnées entre les différentes formes de l’amour ne reste qu’un moyen d’accéder à une perception acceptable par la raison d’une notion qui nous dépasse. Il y a bien évidemment, continuité dans toutes ces formes de l’amour pour former un tout homogène représentatif de ce que le père Theilhard désignait : «amour énergie ».

C’est dire combien de couleurs et de teintes peux prendre l’amour, seul mot que nous propose la langue française pour exprimer cet élan.

Pour l’animal, seul son instinct accommodé de quelques grognements intimidants seront suffisant pour exprimer les besoins de pérenniser sont espèce.

Pour l’homme en revanche, plus il se personnalisera plus la communication lui sera difficile. Voici ce que nous dit le père Teilhard à ce sujet toujours dans « l’esquisse d’un univers personnel » :

« Plus l'individu pensant avance dans sa propre pensée, plus il devient, en apparence, imperméable aux autres, et comme emprisonné dans son propre succès. L'Homme, par le fait même qu'il s'individualise, paraît devenir incommunicable et incompréhensible aux autres Hommes qui l'entourent. Et alors il lui arrive de ne plus apercevoir d'autre issue au besoin de communion universelle qui malgré tout le travaille, que le retour en arrière, et la ré immersion inconsciente dans la multitude :
- Seigneur, vous m'avez fait puissant et solitaire.
- Laissez-moi m'endormir du sommeil de la Terre. »

Dans la conscience nouvellement acquise de l’homme, des sentiments et des réflexions plus complexes lui imposent des lois nouvelles et parfois contradictoires à sa nature biologique, pour s’extraire de sa nature physique. Par devoirs et responsabilités, l’humanité est ainsi amenée, au travers de sa conscience à participer par désir au plan divin.

L’humanité se densifie ainsi dans un gigantesque vortex, une gigantesque spirale vers un seul et unique point. C’est l’Union personnifiante, dans laquelle toute les personnes s’unissent dans l’Ultra-personnel. C’est la plêromisation, un processus amorisant, une Christogénèse. Voici le vocabulaire particulièrement imagé et signifiant appartenant au père Teilhard, largement inspiré de St Jean et de St Paul.

Et je fini par les paroles du christ :

« Père juste, le monde ne t'a pas connu; mais moi je t'ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m'as envoyé.
Je leur ai fait révélé ton nom, et je le leur révélerai, pour que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux, et moi en eux. » Jean 17.25

Lundi 21 Avril 2008 11:56