Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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REFLEXION POUR LE 24/10/14
LE MILIEU DIVIN, Editions du Seuil


Jean-Marie MERMAZ / L’intensification du Milieu Divin par la Charité
Enthousiasmé par le sujet « les progrès collectifs du Milieu Divin », sur lequel nous devions travailler, je fus stoppé net dans mon élan par les désastreuses informations diffusées le matin même par la radio et les détresses qui les accompagnent.

Aussitôt, je me suis senti comme embarrassé dans le plus profond de ma conscience, mon cœur était ébranlé — la réalité du monde ne correspondait plus avec la réalité de mes actes.
L’harmonie confortable de mon raisonnement était rompue — n’avais-je pas choisi la tiédeur d’une pensée qui m’épargne l’effort ?

Où était la charité par laquelle je me devais de participer au salut du monde ?
Et puis, ces chapitres du Milieu Divin, ne deviennent-ils pas le prétexte d’un optimisme béat et destructeur ?
Faut-il impérativement se transformer en martyre ou en saint bienfaiteur pour participer au Plérôme ?

Certes, je ne suis directement ni la cause et ni je ne peux effacer les souffrances du monde entier. Mais la part qui m’est demandée, est-elle bien prise en compte ?

Face au doute, je reprends quand même la lecture de notre chapitre du Milieu Divin et je découvre ceci :
« À quelle puissance est-il réservé de faire éclater les enveloppes où tendent à s'isoler jalousement et à végéter nos microcosmes individuels ? À quelle force est-il donné de fondre et d'exalter nos rayonnements partiels dans le rayonnement principal du Christ
À la Charité, principe et effet de toute liaison spirituelle. La charité chrétienne, si solennellement prêchée par l’Évangile, n'est pas autre chose que la cohésion plus ou moins consciente des âmes, engendrée par leur convergence commune in Christo Jesu ?
»
Et un peu plus loin,
« Le Passionné du Milieu Divin ne peut supporter autour de soi l'obscurité, la tiédeur, le vide, dans ce qui devrait être tout plein et vibrant de Dieu. À l'idée des innombrables esprits, liés à lui dans l'unité d'un même Monde, et autour de qui n'est pas encore suffisamment allume le feu de la Présence divine, il se sent comme transi. »

Je ne suis donc plus seul à me poser ces questions, Teilhard les prend bien en compte dans sa vision du Milieu Divin !

Et encore plus loin, il va carrément se remettre en question :
« Mon Dieu, je vous l'avoue, j'ai bien longtemps été, et je suis encore, hélas, réfractaire à l'amour du prochain — Mais « l'autre », mon Dieu, - non pas seulement « le pauvre, le boiteux, le tordu, l'hébété », mais l'autre simplement, l'autre tout court, - celui qui par son Univers en apparence fermé au mien semble vivre indépendamment de moi, et briser pour moi l'unité et le silence du Monde, - serais-je sincère si je vous disais que ma réaction instinctive n'est pas de le repousser ? Et que la simple idée d'entrer en communication spirituelle avec lui ne m'est pas un dégoût ? »
Jusqu’où Teilhard va-t-il pour remettre en question sa propre capacité d’aimer ?

Déjà nous avions débattu du sujet de l’amour, mot générique qui ne veut rien dire s’il n’est associé de son complément qualificatif d’origine grecque, complément caractérisant sa nature.
Pour simplifier, nous avions, il y a quelque temps déjà, abordé je sujet d’éros, de Philia et d’Agapè, pour exprimer une coordination de plusieurs mots de force croissante, dont le dernier est manifestement hyperbolique.

Qu’en est-il de la Charité ? Quelle est sa position dans cette gradation amoureuse ?
Jean-Yves Leloup nous propose une échelle de pas moins de 10 états amoureux dans laquelle apparaît la forme « Charis », et cela, juste avant « Agapè ».

10 : agapè : amour gratuit : " l’Amour qui fait tourner la terre, le cœur humain et les autres étoiles " - ce n’est pas seulement moi qui aime et qui t’aime, c’est l’Amour qui aime en moi
9 : charis : amour célébration : je t’aime parce que je t’aime - c’est une joie - c’est une grâce d’aimer et de t’aimer - je t’aime sans condition - je t’aime sans raison
8 : eunoia : amour dévouement : j’aime prendre soin de toi - je suis au service du meilleur de toi-même
7 : harmonia : amour harmonie : que c’est beau la vie quand on aime - nous sommes bien ensemble - avec toi tout est musique - le monde est plus beau
6 : storgè : amour tendresse : je suis meilleur(e) que moi-même quand tu es là - j’ai beaucoup de tendresse pour toi -je suis heureux(se) que tu sois là
5 : philia : amour amitié : je te respecte - je t’admire - j’aime ta différence - je suis bien sans toi - je suis mieux avec toi - tu es mon meilleur ami(e) - j’aime être avec toi - tu me fais du bien
4 : eros : amour érotique : je te désire - tu me fais jouir - tu es belle - tu es beau - tu es jeune
3 : mania pathè : amour passion : je t’aime passionnément - je t’ai dans la peau - tu es à moi, rien qu’à moi - je t’aime comme un fou, je ne peux pas me passer de toi
2 : pothos : amour besoin : tu es tout pour moi - j’ai besoin de toi - je t’aime comme un enfant
1 : porneia : amour appétit : je te mangerai - je t’aime comme une bête même il faut aimer beaucoup la vie pour aimer encore davantage la mort.

Mais cette vision continue de toutes ces conditions nous embarrasse plus qu’elle nous éclaire, puisqu’elle fait surgir la question des questions, à savoir :
Sur cette échelle, à partir de quand sommes-nous élus ou sommes-nous précipités aux enfers ? À partir de quand le têtard n’est pas encore grenouille ou à partir de quand la grenouille n’est plus têtard ?
Il en est de la Justice Divine un mystère dont, peut être, pourrions nous avoir la réponse dans l’évangile de Mathieu :
Mt 12:31- "Aussi je vous le dis, tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas remis.
Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera remis ; mais quiconque aura parlé contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde ni dans l'autre.
Prenez un arbre bon : son fruit sera bon ; prenez un arbre gâté : son fruit sera gâté. Car c'est au fruit qu'on reconnaît l'arbre. "
Et l’Évangile de Luc 18,10
"Deux hommes montèrent au Temple pour prier ; l'un était Pharisien et l'autre publicain.
Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même :" Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain ;
Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que j'acquiers
."
Le publicain, se tenant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine, en disant :" Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis !"
Je vous le dis : ce dernier descendit chez lui justifié, l'autre non. Car tout homme qui s'élève sera abaissé, mais celui qui s'abaisse sera élevé."
Et un peu plus loin toujours chez Luc, 18,22
Jésus lui dit :" Une chose encore te fait défaut : Tout ce que tu as, vends-le et distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi."

Retour à la case départ, je reste toujours aussi troublé par ma passivité !
Et puis après tous, dois-je attendre une récompense ?
Une récompense ? Le don de moi-même devrait suffire !
Alors, j’admire l’abnégation de nombre de non-croyants agissant sans même attendre de salut !

Dimanche 26 Octobre 2014 13:50