Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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„Jusqu’à ce jour, il était présumé impossible d’incorporer la Conscience et la Pensée dans les construction de la physique, car celle-ci, faisant abstraction de la NATURE du MONDE VIVANT, a bâti exclusivement son Univers, suivant un axe de développement où le vivant n’apparaît pas… » (JP.Frésafond Manuel d’étude… II pp. 15-16)

Ce paragraphe m’inspire les réflexions suivantes :

1. Interpréter l’histoire ou l’évolution, non pas à partir de son début mais à partir de son terme.

La pensée génétique commence toujours par la cause initiale. On remonte ainsi du big bang jusqu’à aujourd’hui. On va de la préhistoire à l’histoire, de l’Antiquité aux temps modernes, etc. en essayant de faire découler, par cause et effet, ce qui suit de ce qui précède. Là est l’erreur car ce qui suit est plus que ce qui précède , or en voulant que ce qui précède cause ce qui suit, on est obligé d’admettre que le plus sort du moins et comme cela finit par nous déranger, la tentation va être de réduire ce qui suit à ce qui précède. C’est la base des conservatismes.

« La physique, dit Teilhard, a bâti exclusivement son Univers, suivant un axe de développement où le vivant n’apparaît pas… » Parce que la physique s’occupe du mesurable, du quantifiable, des forces, attractions, répulsions… - un univers de causalités extrinsèques, parfaitement exprimées par la mécanique newtonienne - la vie qui est autonomie, initiative, auto organisation s’est retrouvée exclue et reléguée hors des « sciences exactes » dans l’univers nébuleux des « sciences humaines ».
On peut trouver d’autres exemples de la « pensée génétique » par exemple les déterminismes et les conditionnements : l’hérédité (origine) vous prédétermine nécessairement à telle réussite ou à telle déchéance. On dira aussi que tout n’est que hasard et nécessité ! Cf. Teilhard : « Nous raisonnons comme si, portés par la marée montante, nous nous trouvions maintenant achevés, c'est-à-dire arrêtés… » (p.19)

Teilhard au contraire s’efforce de reconstruire l’évolution à partir de son résultat actuel, de son état de perfection, c'est-à-dire de l’être humain, dans sa réalité personnelle et sociale. La société aujourd’hui, à son niveau de développement, révèle, dévoile, met au jour ce qui était en germe dans l’origine ; elle « sait » donc des choses que l’origine ne pouvait pas savoir, il est donc inutile de vouloir « expliquer » l’aujourd’hui en l’enfermant dans son origine. Mais si nous partons du point maximum de développement, de l’aujourd’hui, nous pouvons en reconstruire la genèse et découvrir avec admiration les enchaînements et les bifurcations qui y ont conduit. Cf. « … pourquoi donc l’homme est-il plural ? Tout simplement parce qu’il est la molécule la dernière formée, la plus compliquée et donc la mieux centrée… » (p. 17)
Partons donc de la globalisation actuelle pour remonter à la cellule et à l’atome et nous serons en admiration en découvrant les « promesses » de conscience, de liberté, d’amour, d’autonomie, d’organisation déjà cachées dans les plis de la matière originelle.

2. Complexité-conscience
La matière est, d’après le sens commun et les apparences, ce qui est indéfiniment divisible ; elle est pure extériorité, pure multiplicité, elle est inorganique, informe ; c’est l’état le plus probable, le résultat de la décomposition, de la désorganisation.
Dans ce sens, elle exclut évidemment la conscience qui est exactement son contraire.
Or Teilhard nous dit qu’il faut penser la matière comme un moment de la réalité. La réalité, ou l’être, se présente comme une dynamique qui comprend en permanence un moment centrifuge, de désorganisation, de mort – voilà la matière - lequel moment est en permanence surmonté et recueilli par l’énergie de centration, d’organisation – mouvement centripète – (entropie-néguentropie) cf. « Etre intérieurement centré exprime l’idée de reploiement sur soi. Voir, sentir, penser c’est agir comme un foyer de convergence. » (p.16)
La vie est une énergie de décomposition surmontée, de multiplicité vaincue, du pur inerte qui s’organise, de mort surmontée… et cela à de multiples niveaux cf. « Il y a une infinité de façon inégales pour la Matière de se trouvée centrée… » (p.16)

Ceci bien compris, aide à ne plus penser l’histoire comme une série d’états successifs ; comme s’il existait des phases stables où règnent l’ordre et la tranquillité, phases auxquelles succèderaient les révolutions, les remises en question et le désordre… mais comme une construction permanente, où en permanence il faut réparer les brèches, inventer, trouver des solutions, identifier les forces de déconstruction et les convertir en énergies nouvelles, etc. C’est un peu plus fatigant mais probablement plus vrai.


Mercredi 29 Octobre 2008 13:57