Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Réunion du 27/03/09
L’ACTIVATION DE L’ENERGIE, chapitre 6
Ou chapitre 5 du MANUEL D’ETUDE, tome II


Pour entrer dans ce chapitre très dense nous avons l’embarras du choix quant aux accès possibles et j’ai opté pour l’approche suivante. Je cite Teilhard :
« Regardée à un trop fort grossissement, la plus belle peinture se résout en taches confuses, la courbe la plus pure en traits divergents, le phénomène le plus régulier en agitation désordonnée, le mouvement le plus continu en saccades (… )

Cela signifie que pour comprendre la vie il faut prendre du recul afin de considérer simultanément plusieurs repères, les relier entre eux, traçant ainsi une courbe qui met en évidence une évolution dynamique.

Je prends une autre idée de Teilhard que je cite :
« Pour résoudre l’antinomie matière/vie, il ne s’agit que d’établir entre les deux termes une relation structurelle vraisemblable de l’un à l’autre, s’élever par synthèse et descendre par analyse. »

" Descendre par analyse »
Plus on recherche des indices vers la source d’un phénomène, plus les traces se raréfient. Il en est ainsi de l’apparition de l’Homme. Il a été trouvé sur divers points de la terre quelques squelettes ou des fragments de squelettes présentant des différences d’âges de plusieurs dizaines, centaines, voire millions d’années. A partir de ces éléments, il a fallu analyser et trouver la relation possible entre ces différents restes humains… on arrive ainsi à la limite de la méthode scientifique. Pour aller plus loin dans la cognition du phénomène humain il devient nécessaire de raisonner par intuition afin d’établir une synthèse car il n’y a plus d’expérimentation possible. On ne peut que tracer une courbe qui montre un sens, une élévation de conscience.
Mais lorsqu’on découvre enfin des restes humains dont l’environnement et les positions témoignent sans contestation possible de l’existence d’un rite funéraire, on peut alors conclure avec certitude qu’on est bien devant l’apparition de la conscience et donc de l’Homme au sens plein du terme.

La même méthode peut être utilisée pour situer et comprendre ce que fut l’apparition de la vie. Par exemple, en consultant la table de Mendeleïev des 103 éléments chimiques, on s’aperçoit que pour aller de l’atome à la molécule, la différence de complexité entre les deux atteint un facteur de un à mille, voire davantage. Maintenant, si on prolonge la courbe de complexité pour aller de la molécule à la cellule vivante, on observe le même facteur différentiel ; et ainsi de suite, entre l’être monocellulaire et le cerveau humain. Dès lors, il est possible de conclure que le lien entre complexité et conscience est incontestable. Méthode empirique diront les scientifiques biologistes. Peut-être, mais ce n’est pas la première fois que, faute de preuve directe, les scientifiques établissent une corrélation entre la cause et ses effets.


"S’élever par synthèse"
Regardons maintenant vers le haut, comme le suggère Teilhard, et progressons en utilisant la voie de la synthèse. Une fois encore je vais le citer :
« Rien de plus évident que l’existence du fait de la vie dans le monde autour de nous. Et cependant, rien de plus élusif, de plus insaisissable que cette même vie, dès qu’on essaie de la traiter par la méthode générale de la science ».
Je reviendrai sur ce point à la fin de mon travail.

Le génie de Teilhard est d’avoir eu l’intuition de son célèbre « principe d’émergence » : « Rien ne saurait paraître, tout au long de l’évolution, qui ne soit déjà obscurément présent depuis le début de cette évolution de la matière ».
Il s’agit là, bien entendu, du « dedans des choses » sans lequel il n’y aurait pas eu d’évolution de la matière. Il s’agit de cette « information » qui la pousse à se complexifier jusqu’à atteindre un niveau suffisant d’arrangements pour atteindre « le pas de la réflexion ».

Et l’Homme dans tout cela, serait-il déterminé, lui aussi, vers des états de plus en plus improbables ? Peut-être, mais pour en arriver là il doit surtout s’aider lui-même à évoluer et pour atteindre un niveau de conscience supérieur à celui qui était le sien au début de sa propre vie.
Imaginons : quant il vient au monde un être humain est placé au pied d’une pyramide de probabilités. Soit une pyramide construite avec des cubes blancs et des cubes noirs empilés alternativement les uns contre les autres, couche par couche jusqu’au pyramidon sommital. Placé au pied de cet édifice, l’Homme ne distingue que la couche des probabilités (cubes noirs et cubes blancs) placés immédiatement autour et au-dessous de lui. Il ne distingue pas les couches suivantes de l’édifice pyramidal dont il ne soupçonne pas l’existence. Il ne sait pas où il est, sauf s’il réfléchit.

Si l’Homme ne réfléchit pas, il n’aura aucune perspective s’offrant à lui et il progressera à l’aveuglette, de couche en couche, choisissant au hasard l’option noire ou l’option blanche la plus proche de lui. Il n’anticipera pas, ou peu. Ainsi, sans boussole, il va certainement sortir de la pyramide par l’un de ses flancs, mais la probabilité qu’il sorte par le sommet est quasiment nulle, sauf … oui, sauf s’il a l’intuition qu’il est dans une pyramide et qu’il y a un sommet à atteindre. Grâce au facteur intuitif, il raisonne, il a une foi, une espérance en l’accomplissement de lui-même et de l’humanité.

En marge de ce travail, comme je l’ai annoncé précédemment, je ferai la remarque suivante : j’ai l’impression que les biologistes modernes, dans leurs recherches sur les origines de la vie, ne mentionnent jamais le principe de complexité/centréité en tant qu’outil parallèle (mais néanmoins indissociable) de marquage pour observer l’évolution de la matière en direction de la vie. Serait-ce dû au fait que le principe de complexité/centréité implique obligatoirement celui de centréité/conscience ? Serait-ce un moyen d’esquiver le principe de « dedans des choses » conférant ainsi au hasard une force organisatrice qu’il n’a pas ?.

Lundi 23 Mars 2009 15:43