Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Résumé proposée pour réunion d'octobre 2013
"Comment Je Crois" Editions du Seuil


INTRODUCTION

Le christianisme se présente actuellement (en dehors des considérations théologiques) comme le principal et le dernier courant religieux apparu dans les nappes de la noosphère ; exception faite de l’islam qui n’est qu’une récupération archaïque du judaïsme. Le christianisme constituera l’entière civilisation humaine de demain. Mais après deux mille ans d’existence ne manifeste-t-il pas des signes d’usure et de vieillesse ? Que se passerait-il s’il disparaissait ?
La baisse de notoriété du christianisme est une erreur de perception et bien au contraire le christianisme, s’il est mieux expliqué, est le monothéisme qui est psychologiquement le seul capable d’entretenir les progrès de l’évolution. Ce phénomène chrétien a une valeur exactement coextensive en intensité et en durée au développement possible de l’humanité.

I) CHRISTIANISME ET MONOTHEISME

Le monothéisme peut être considéré comme la forme élémentaire unique du sentiment religieux. Pour l’Homme fraîchement éclos au stade de la réflexion, quel geste est-il le plus instinctif que d’animer et anthropomorphiser un Dieu dont il découvre l’influence et les menaces ? Les populations les moins socialement évoluées en sont à ce stade. Cela n’empêche pas à toute autre intuition ou aspiration psychique profonde de se développer en monothéisme évolué dont les termes élevés sont encore loin devant nous. Comme d’habitude, en matière de psychogénèse, les premiers stades du développement religieux échappent à notre vision, aussi bien en termes de modalité mystique que dans leur répartition ethnique et géographique. Par contre, un point est bien assuré, c’est qu’il y a trois ou quatre mille ans, ce qui devait devenir le trône du monothéisme moderne, émerge distinctement dans les régions qui s’étendent du Nil à l’Euphrate ; à la chaleur dégagée par l’Egypte, l’Iran et la Grèce en sont la tige judéo-chrétienne.
Le long de cet axe privilégié, deux tendances majeures se dessinent : l’une d’universalisation, l’autre d’amorisation. Le IAVEH hébreu n’est encore que le plus puissant des dieux et ce n’est que sur un seul « Peuple choisi » que son pouvoir se concentre. En fait, il faut attendre plusieurs siècles pour que les potentialités cosmiques du Démiurge de la Genèse s’explicitent et s’humanisent dans l’adoration d’un Dieu, non seulement redoutable, mais Père aimant de tous les hommes. En dépit de l’opinion commune, nous sommes très éloignés de l’ « achèvement ».
Malgré les paroles humaines de Jésus, est-il possible de ne pas voir que la foi judéo-chrétienne continue à s’exprimer dans les textes évangéliques en fonction d’un angélisme typiquement néolithique, c'est-à-dire, des sociétés tribales et familiales. Dans de telles conditions, comment ne pas imaginer que le monothéisme n’ait pu se traduire qu'en termes de « Dieu, Grand Chef de famille » et propriétaire du monde habité ? Tel est le cadre depuis lequel notre conscience moderne est en train d’émerger.
Dans de telles conditions, comment « Dieu le Père » d’il y a deux mille ans, encore « Dieu Cosmos » ne se transfigurerait-il pas en un Dieu de cosmogénèse, c'est-à-dire un « Dieu de Principe »et de foyer animateur d’une création évolutive, au sein de laquelle l’individu apparait moins comme un serviteur que comme un élément actif qui unit ? Et voilà bien ce qui de nos jours représente une des principales caractéristiques du phénomène humain.
Grâce aux antiques courants orientaux de type cosmique, cette nouvelle voie christique, étendue dans l’espace et le temps, jaillit sous nos yeux non plus seulement en domination, mais en une convergence au sommet de laquelle, par action victorieuse de l’amour sur les forces cosmiques de multiplicité et de dispersion, rayonne et se plérômise en un centre universel des choses. Maintenant, à ce stade, observons ce qui va se passer dans le courant des consciences humaines.

II) MONOTHEISME ET NEO HUMANISME

Dans le conflit constructif et fécond qui oppose néo-darwinistes et néo-lamarckiens, il est curieux de constater que les deux écoles de pensée postulent sur un « certain ressort », ou dynamisme, sans lequel les mécanismes évolutifs resteraient inertes. En effet, que la transformation des espèces s’opère du dehors par effet de sélection naturelle ou, au contraire, du dedans par effet d’invention, n’est-il pas claire que dans les deux cas il soit nécessaire d’imaginer qu’au coeur de l’être s’insinue une certaine polarisation en faveur du « survivre » , voire du « super vivre » ?
Prenons l’expansion de l’univers, si elle est admise, elle présuppose entre les corpuscules une certaine action répulsive issue de l’explosion de l’atome primitif. De même, pour soutenir l’épanouissement, tout à fait incontournable celui-là, de la biosphère, force est de recourir à l’existence primordiale et à l’émergence d’une certaine « pression d’évolution ». A cette pression d’évolution, il serait naïf de vouloir une expression définitive valable à tous les niveaux de la biosphère. Par contre, à partir de l’accès au seuil critique de la réflexion, la nature des éléments vivants se psychise en se manifestant par le goût de vivre.
Il n’est pas une seule conférence ou publication où je n’ai insisté fortement sur le rôle vital de cette énergie fondamentale sans laquelle, malgré l’appui de toutes les ressources planétaires, le phénomène humain s’arrêterait si le goût de vivre disparaissait. Pensez y toujours et de plus en plus pour que l’homme, encore embryonnaire, parvenu à l’état adulte, maintienne le désir d’arriver au bout de lui-même. Autrement dit, pour ne pas décevoir la pensée à laquelle il a donné un fond. Je vois deux raisons pour qu’il en soit ainsi : il serait inutile d’aller plus loin si, en avant de nous, nous pouvions soupçonner que le monde est hermétiquement clos, débouchant sur un sous-humain, ou la mort totale de l’esprit … L’une ou l’autre de ces deux tristes perspectives serait suffisante pour que s’installe le « virus » foudroyant de l’ennui, de la peur et du découragement.
Tout cela veut dire que la seule forme possible de l’univers avec la présence de la pensée de la terre est celle d’un système psychiquement convergent sur un foyer cosmique de conservation et d’ultra personnalisation. Cette exigence biologique correspond à l’aspiration monothéiste de tous les temps.

III) CHRISTIANISME ET AVENIR

Ainsi donc, un évènement psychologique est en train de se produire : c’est la confluence des consciences mystiques et le sens de l’évolution, ces deux formes de foi s’éclairant réciproquement. Est-il prématuré d’imaginer le processus planétaire qui est en train de se produire ? On pourrait faire à ce propos une analogie entre l’état religieux actuel et l’état zoologique de la terre vers la fin de l’ère tertiaire il y a un million d’années. Dans cet objectif, un observateur averti examinant la foule des grands primates africains eût-il pu reconnaître qu’une certaine lignée d’hominoïdes portait en elle des promesses d’avenir ? De la même manière, une différence et une avancée radicale se dessineraient, séparant le phénomène chrétien des autres phénomènes religieux.
Tout cela est confirmé par le fait que les autres religions buttent sur l’obstacle d’un univers qui se révèle de plus en plus « organique », ce qui n’est pas le cas du christianisme qui s’élève au-dessus des découragements. Par son ultra monothéisme, la religion de Jésus se montre capable de résister aux tensions générées par l’idée d’évolution et, de ce fait, elle s’affirme comme la religion définitive du monde, grâce à la prise de conscience de ses dimensions et possibilités de développement (ou de dérives) dans l’espace-temps.
Mais, nous transportant un million d’années en avant, une question se pose : que restera-t-il du christianisme à cette époque ? Par rapport à une telle échéance, il est vain d’imaginer ce que seront devenus la liturgie et le Droit Canon, la théologie du surnaturel et de la Révélation. Quelle sera l’attitude des moralistes face aux problèmes qui se poseront dans un million d’années ? En revanche une chose est certaine : l’humanité poursuit sa trajectoire de réflexion, le goût de vivre n’aura pas fini de monter en elle, grâce à un monothéisme de plus en plus christifié qui « aèrera » l’univers et amorisera l’évolution.

Vendredi 4 Octobre 2013 18:19