Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Pages 203 à 216, tome-10 « COMMENT JE CROIS »
(inédit, écrit à Pekin le 11 novembre 1945)

Sujet de travail remis le 5 juillet 2013 pour être présenté vendredi 25 septembre.
Résumé fait par Jean-Pierre Frésafond
Les notes de JPF sont écrites en italiques


(I) La SITUATION RELIGIEUSE PRESENTE, FOI EN DIEU et FOI AU MONDE : UNE SYNTHESE NECESSAIRE

Dès la première page Teilhard donne le ton.

Aujourd’hui mes idées ont mûri ; ces idées sont des suggestions et pas des affirmations.
Voici mon fidèle résumé.
-Aujourd’hui la terre ne se refroidit pas spirituellement, bien au contraire elle se réchauffe d’un feu nouveau, la cosmogénèse devient évidente.
-Comme l’a remarqué Nietzsche, le goût de l’Evangile se perd, même chez les prêtres. Pourtant le christianisme est la seule religion à proposer une survie de l’âme après la mort.
-La situation psychologique du monde se présente comme ceci. Ici émergence depuis les tréfonds de la conscience humaine d’une montée tumultueuse imprécise et impersonnelle, d’aspirations cosmiques. Et là, maintenue par le dogme chrétien, mais de plus en plus désertée, la vision d’un pôle transcendant de l’univers, l’ancienne foi en Dieu contre un néo-paganisme ; soit d’un côté un cône très élargi et sans sommet et de l’autre côté un cône qui a perdu sa base.
-Après 2000 ans d’histoire, le christianisme pour continuer à être doit se rajeunir en se renouvelant, ses forces traditionnelles doivent s’unir avec les forces de l’évolution. Comment dans le double modèle de la théologie et de la mystique, cet élargissement sans déformation est-il réalisable dans le contexte de la pensée scientifique moderne ?

(II) UNE NOUVELLE ORIENTATION THEOLOGIQUE : LE CHRIST UNIVERSEL

-La préoccupation de la théologie, au début du christianisme, était de déterminer la position du Christ par rapport à la Trinité. Actuellement la préoccupation de la théologie est de préciser la relation entre le Christ et l’univers. La question la plus importante qui se pose maintenant est : quelle est la valeur propre de l’être participé ? (La définition de ce terme selon Claude Cuenot est la suivante : l’homme, tout en devenant autonome n’existe que par la volonté de Dieu. Cependant, du fait de son autonomie, il forme un deuxième pôle par rapport à l’Etre absolu, mais il ne deviendra jamais Dieu).

Le monde créé, regardé du point de vue moderne en chrétien, se découvre également insatisfaisant. Que nous importe d’être béatifiés si nous n’ajoutons rien d’absolu à la totalité de l’Etre. Comparé aux souffrances inhérentes au processus évolutif, nous ne comprenons pas pourquoi Dieu s’est lancé dans une telle aventure ; serait-ce un cadeau ? Un jeu divin ? Pourquoi Dieu montre-t-il un intérêt pour ce mystérieux plérôme ? En principe, Dieu devrait être self-suffisant et, cependant, l’univers lui apporterait quelque chose de vitalement nécessaire ? Qu’est-ce qui se cache derrière cette apparente contradiction ? Malgré le processus évolutionniste une telle antinomie parait insurmontable.

-La physique n’a pas hésité à changer sa « géométrie » (voir la physique quantique). Nous devons, nous aussi, créer une autre métaphysique dans laquelle figureraient quelques dimensions de plus …soit la substitution de la métaphysique de l’esse (l’être, en latin) par une métaphysique de l’union.

(a) Dans la métaphysique de l’être, l’acte pur une fois posé, épuise tout ce qu’il ya d’absolu et de nécessaire dans l’Etre (Dieu) et plus rien ne justifie l’existence de l’être participé.

(b) Dans la métaphysique de l’union, on conçoit que l’Unité divine immanente une fois achevée, qu’un degré d’unification absolue soit encore possible, le système universel comporterait ainsi un degré de plus …Autrement dit on pourrait penser que tout se passe comme s’il y avait eu deux phases dans la théogenèse :
-Première phase, Dieu se pose dans sa structure trinitaire ;
-Seconde phase, Dieu « s’enveloppe » avec l’être participé en utilisant une « unification évolutive » ; opération née de la potentialité trinitaire précédente.
-Quelle que soit l’origine de l’univers, il faut repousser cette notion d’autosuffisance divine ; Dieu s’achève dans le plérôme.
-Dans les conceptions anciennes Dieu pouvait créer instantanément des être isolés aussi souvent qu’Il le voulait. Dans la conception nouvelle Dieu ne peut créer que selon un processus évolutif selon une synthèse personnalisante, Il ne peut faire cela qu’une seule fois ; et quand tout cela est fait, rien ne reste à unifier, ni en Dieu, ni en dehors.
Accessoirement, reconnaître que Dieu ne peut créer que selon un processus évolutif, résout radicalement le problème du mal qui est un effet direct de l’évolution. Le processus évolutif explique en même temps la mystérieuse association matière/esprit.
-La relation Christ-Monde s’explique par la montée de la conscience ; elle conduit à la notion nouvelle de Christ Universel. Jusqu’à maintenant les chrétiens ne distinguaient que deux aspects du Christ : l’homme Jésus et le Verbe de Dieu. Il est évident qu’une troisième face demeurait dans l’ombre : celle de Celui en qui tout a été créé, Celui qui ramène tout à son Père.

(note de JPF : voir la prière sacerdotale du Christ avant son arrestation, Evangile de Jean chapitre XVII, 1-26).

-La cosmogonie moderne prend la forme d’une cosmogénèse au terme de laquelle se dessine un foyer suprême de « personnalité personnalisante » : le point Omega de la science.
(Note de JPF : c’est la première fois que Teilhard qualifie ainsi le fameux point !). L’évolution physico-biologique du monde n’est plus indéterminée.

(Note de JPF . Je n’ai pas repris les pages 210 et 211, car ce sont des répétitions)

-Au premier siècle de l’Eglise on assimile le Jésus de l’Evangile au Logos alexandrin sur lequel s’appuie la philosophie moderne.

(Note de JPF : Il s’agit de la doctrine du Verbe-Lumière, fondement des religions pharaoniques, introduites par Moïse dans le judaïsme, et que St Jean l’évangéliste a reprise dans son Prologue).

A cette généralisation du Christ Rédempteur en un véritable Christ évoluteur ; à cette élévation du Christ historique à une fonction physique universelle ; à cette identification ultime de la cosmogénèse avec une Christo genèse ; avec tout ce qui précède, on peut objecter qu’elle risque de faire s’évanouir l’humaine réalité de Jésus ; rien ne parait moins fondé que cette hésitation.

(Note de JPF : de l’avis même des agnostiques , à mettre ainsi le Jésus historique dans toutes les arcanes de la théologie, ont fini par discréditer le Jésus historique qui, en fin de compte, était un être humain extraordinaire, certes, mais humain malgré tout. Il est tout simplement le point d’orgue présumé du Créateur de la planète terre. Il n’acquiert une notoriété universelle que si d’autres planètes sont dans ce cas, ce qui est probable. Le Christ universel est une « appellation contrôlée » par le christianisme, sans plus. . Peut-être que l’inverse serait contradictoire avec la définition teilhardienne : « Etre participé » laquelle selon son auteur ne sera jamais Dieu.)

-Il est évident que le développement dogmatique de la théologie du Fils, objet d’amour, doit avoir un retentissement dans la théologie du Père, le « vrai patron ». C’est lui qui gouverne, qui pardonne, qui récompense (comme le rappelle trop le catholicisme), mais pourquoi n’est-Il pas davantage Celui qui vivifie et qui « engendre » ?
Faisons briller le foyer trinitaire du point Omega et c’est alors que nous pourrons dire « Notre Père qui êtes aux cieux… ».

-Création-Incarnation-Rédemption, trois mystères fondamentaux de la foi chrétienne. Dans la vision moderne de l’univers, ces trois mystères tendent à n’en formuler plus qu’un seul. Pour Dieu, créer c’est s’unir à son œuvre, s’engager dans le monde en voie d’achèvement.
Dieu pourrait-Il se passer de l’univers ? Ces trois mystères sont les trois faces d’un même processus, ensemble ils forment un quatrième mystère, celui de l’union créatrice.

(III) UNE NOUVELLE ORIENTATION MYSTIQUE. L’AMOUR DE L’EVOLUTION

Réduit à sa forme brute, le nouvel esprit religieux est comme la vision anticipée d’une super-humanité ou comme un « collectif impersonnel » se traduisant en terme d’intelligence raisonnée dans laquelle le Christ universel prend la fonction de point Omega ; soit une christo-genèse muée en christologie. Quelque chose en gestation devient quelqu’un.
Ainsi le « Tu aimeras ton prochain comme toi-même pour l’amour de Dieu » devient : « Tu aimeras Dieu à travers la genèse de l’univers et de l’humanité », formule prononcée dans l’acception panthéiste la plus absolue.

-La société actuelle reproche au discours évangélique d’être impraticable dans le monde moderne. Comment ce monde pourrait-il se construire avec l’esprit de non-résistance au mal et de détachement terrestre, tel que cela est prêché dans « Le sermon sur la montagne » (Matthieu chapitres 5,6 et 7) ? On a parlé de faillite et de compromission chrétienne … c’est sans compter qu’aimer Dieu, dans et par l’univers en évolution, est la formule d’action la plus performante qui soit, car elle est néo mystique, en elle disparait l’écartèlement entre matière et esprit.
Cette nouvelle attitude religieuse, d’un point de vue psychologique, représente l’état le plus avancé auquel ait accédé la conscience humaine ; et l’on ne voit pas dans quelle autre direction elle pourrait aller. Il s’agit ici « d’énergie amour » sous une forme phylétique du catholicisme, axe principal de l’hominisation.

Jeudi 11 Juillet 2013 12:16